Trump dit qu'à Cuba, il n'y a pas d'autisme parce qu'ils sont trop pauvres pour acheter certains médicaments

Le mandaté suggéra un lien entre la absence d'un analgésique et antipyrétique bien connu et les supposés faibles taux d'autisme à Cuba. Sur l'île, la pénurie de médicaments est chronique, affectant la population et le système de santé.

Des Cubains font la queue devant une pharmaciePhoto © Flickr / CiberCuba

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Le président des États-Unis, Donald Trump, a de nouveau suscité la controverse après avoir déclaré que l'absence d'autisme à Cuba pourrait être liée à la pénurie de médicaments comme le Tylenol. Lors d'un discours récent, le chef de l'État a déclaré :

« Il y a une rumeur, et je ne sais pas si elle est vraie ou non, selon laquelle à Cuba, ils n'ont pas de Tylenol parce qu'ils n'ont pas d'argent pour en acheter, et qu'ils n'ont pratiquement pas d'autisme. D'accord, dis-moi quelque chose à ce sujet », a déclaré le président lors de son allocution depuis la Maison Blanche.

Trump a utilisé cette affirmation pour suggérer un lien possible entre l'utilisation du paracétamol (ingrédient actif du Tylenol) et l'augmentation des cas de trouble du spectre autistique (TSA) aux États-Unis, bien qu'il n'ait présenté aucune preuve scientifique ni cité de sources fiables pour soutenir ses propos.

Le Tylenol, mentionné par Trump, est le nom commercial d'un médicament dont le principe actif est le paracétamol —connu sous le nom d'analgésique aux États-Unis—, un analgésique et antipyrétique couramment utilisé pour traiter la fièvre et les douleurs légères.

Bien que certaines études aient exploré des associations possibles entre l'exposition prénatale au paracétamol et le développement de troubles du neurodéveloppement, il n'existe à ce jour aucune preuve scientifique concluante qui l'associe directement à l'autisme.

Les autorités médicales telles que la FDA et l'OMS ne reconnaissent pas cette relation comme causale, et la communauté scientifique considère qu'attribuer cet effet est, au mieux, spéculatif.

La déclaration a provoqué des réactions immédiates parmi les experts en santé, les médias et les utilisateurs des réseaux sociaux, qui ont qualifié le commentaire d'irresponsable et infondé.

Que disent les données réelles ?

Selon le dernier rapport officiel des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, publié en 2023, la prévalence de l'autisme chez les enfants de 8 ans en 2020 était de 27,6 pour 1 000 enfants, ce qui équivaut à un enfant sur 36.

Ce chiffre représente une augmentation par rapport aux années précédentes et montre, de plus, des disparités entre les groupes ethniques : les enfants noirs, hispaniques et asiatiques ont présenté des taux de diagnostic plus élevés que les enfants blancs, par rapport aux études antérieures.

En ce qui concerne Cuba, il n'existe pas de données officielles récentes ni d'études épidémiologiques nationales publiées qui documentent avec précision la prévalence de l'autisme sur l'île. Le pays ne fait pas non plus partie de réseaux internationaux de surveillance tels que le réseau ADDM des CDC.

Cependant, cela ne signifie pas que l'autisme n'existe pas à Cuba. Des organisations de parents, des témoignages de professionnels et des études cliniques locales confirment la présence de cas, bien que leur enregistrement puisse être limité par le manque de ressources diagnostiques et de statistiques publiques.

Des experts ont expliqué qu'attribuer la prévalence de l'autisme à l'utilisation de médicaments comme le Tylenol n'a pas de soutien scientifique. Bien que des facteurs environnementaux et génétiques aient été étudiés, il n'y a pas de consensus liant directement le paracétamol au développement du trouble du spectre autistique.

Les mots de Trump, loin d'apporter de la clarté au débat sur la santé des enfants, s'ajoutent à une longue liste de déclarations controversées qui banalisent des sujets médicaux complexes et sensibles.

Après la viralisation de la vidéo, des utilisateurs sur le réseau social X (anciennement Twitter) ont ajouté un avis de "contexte supplémentaire" au clip, citant un prétendu fact checking publié par The Times qui indiquait que Cuba avait un taux d'autisme de 83,3 pour 10 000 enfants en 2023, légèrement supérieur à celui des États-Unis (80,9).

Cependant, ces données n'apparaissent dans aucun rapport officiel des CDC ni dans le Réseau de Surveillance de l'Autisme et des Handicaps du Développement (ADDM), la source citée. Le dernier chiffre officiel des CDC pour les États-Unis est de 276 pour 10 000 enfants (27,6 pour mille) en 2020. En ce qui concerne Cuba, il n'existe pas de chiffres publics vérifiables permettant de soutenir ou de réfuter cette affirmation.

Captura de pantalla web / thetimes.com

Le manque d'approvisionnement en médicaments à Cuba

Au-delà des déclarations controversées de Trump, la réalité est qu'à Cuba, il existe un manque chronique de médicaments essentiels, qui touche directement la population.

Les analgésiques aussi courants que l'aspirine ou le paracétamol manquent de manière récurrente dans le réseau étatique de pharmacies, ce qui oblige les Cubains à dépendre de dons venant de l'extérieur, du marché informel ou alternatives naturelles promues par le régime lui-même.

Dans les derniers mois, le gouvernement a annoncé qu'il prévoit de produire en Chine l'aspirine demandée par l'île, une mesure qui met en évidence l'incapacité de l'industrie pharmaceutique nationale à garantir un médicament d'usage quotidien.

La presse officielle, pendant ce temps, a tenté de “rescuer” des produits comme le noni ou de promouvoir des sirops faits maison et des plantes médicinales comme substituts face à la pénurie de médicaments essentiels.

Le ministre de la Santé publique, José Ángel Portal Miranda, a publiquement admis que il n'y a pas de médicaments ni de ressources suffisantes pour répondre aux besoins des patients, ce qui a approfondi l'effondrement du système de santé.

Cette pénurie n'affecte pas seulement ceux qui souffrent de maladies chroniques, mais également les soins pédiatriques, obstétriques et les traitements d'urgence hospitalière.

Le désapprovisionnement à Cuba n'est donc pas une rumeur ni une anecdote, mais un problème structurel qui aggrave la crise sanitaire du pays et qui contraint des milliers de familles à survivre sans accès à des médicaments de base considérés comme incontournables dans la plupart du monde.

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