En plein milieu de l'incertitude que vivent des milliers de Cubains sous le formulaire I-220A, beaucoup se demandent s'ils peuvent quitter volontairement les États-Unis et se diriger vers un autre pays, comme le Canada, sans attendre un ordre de déportation formel ou une résolution finale de leur situation migratoire.
Le journaliste de Univision, Daniel Benítez, spécialisé dans les questions d'immigration, a abordé cette préoccupation sur sa chaîne YouTube, répondant directement à la question d'un migrant cubain.
Sa explication clarifie qu'en principe, oui, il est possible qu'un cubain avec un I-220A se déporte de lui-même vers un pays tiers, mais elle avertit que cet acte volontaire dépend de multiples facteurs légaux et pratiques.
Oui, mais seulement si le pays de destination l'accepte
La clé pour comprendre cette possibilité réside dans le principe d'acceptation par le pays récepteur.
Un migrant avec un I-220A peut quitter les États-Unis, mais cela ne signifie pas qu'un autre pays est obligé de l'accepter.
Dans le cas du Canada, par exemple, le migrant devrait avoir un visa valide, une résidence permanente ou la citoyenneté canadienne pour pouvoir entrer légalement.
Sans l'un de ces documents, il n'y a aucun moyen légal d'entrer, et les autorités frontalières canadiennes peuvent - et probablement le feront - refuser l'entrée.
Ce principe s'applique à tout autre pays que Cuba, qui est le seul contraint par le droit international à accueillir ses citoyens.
C'est-à-dire que la seule issue garantie pour un migrant avec un I-220A sans visa vers des pays tiers est la déportation - volontaire ou forcée - vers l'île.
Risques de quitter les États-Unis sans clore le processus migratoire
Un des aspects les plus sensibles signalés par Benítez est le fait que de nombreux migrants avec un I-220A sont en cours de demande d'asile et, par conséquent, ont des dates limites en attente devant un juge de l'immigration.
Dans ces cas, sortir du pays sans clore le processus migratoire au tribunal peut avoir de graves conséquences.
Si un migrant quitte les États-Unis sans avoir comparu devant le tribunal ou sans avoir demandé formellement la clôture de son dossier, il peut recevoir une ordonnance d'expulsion par défaut.
Cet ordre n'affecte pas seulement votre histoire migratoire aux États-Unis, mais il complique également ou bloque votre éligibilité pour de futurs visas ou entrées dans d'autres pays, y compris le Canada.
De plus, bien que les États-Unis puissent faciliter le départ volontaire du migrant, cela ne garantit pas que son cas soit "propre" ou sans conséquences.
Au contraire, cette issue est souvent considérée comme un abandon de l'affaire, avec les répercussions légales que cela implique.
Et si le Canada n'est pas une option viable ?
Pour ceux qui n'ont pas de voie légale pour entrer au Canada ou dans un autre pays tiers, la situation se resserre considérablement.
Sans options migratoires valables, la destination finale la plus probable sera Cuba, qui, comme mentionné, a l'obligation légale d'accepter ses ressortissants, même lorsqu'ils reviennent en tant que déportés ou "autodéportés".
Ce point est particulièrement douloureux pour de nombreux migrants cubains, qui ont quitté le pays en fuyant la répression politique ou des conditions économiques insoutenables, et qui craignent des représailles s'ils reviennent.
L'"autodéportation" dans ces cas n'est ni une solution sûre ni souhaitable.
Canada et le mythe de la « migration facile »
La migration croissante vers le Canada de la part des Latino-Américains, y compris des Cubains, s'est accompagnée d'une série de mythes concernant de prétendues facilités migratoires.
Cependant, comme l'indique Benítez, le Canada possède l'une des législations migratoires les plus strictes de l'hémisphère occidental.
En outre, l'accord sur le "tiers pays sûr" entre le Canada et les États-Unis stipule que les deux pays peuvent renvoyer des demandeurs d'asile au premier pays sûr par lequel ils sont entrés.
Cela signifie qu'un migrant cubain qui tente de demander l'asile au Canada après avoir séjourné aux États-Unis peut être renvoyé sur le territoire américain, même s'il est déjà sorti volontairement.
Cet accord s'applique avec un rigueur particulière dans les ports d'entrée officiels, ce qui a poussé de nombreux migrants à tenter de passer par des points non autorisés, s'exposant à des risques juridiques, personnels et climatiques.
Recommandations avant d'envisager l'autodéportation
Face à cette réalité complexe, la principale recommandation est de consulter un avocat spécialisé en immigration avant de prendre toute décision.
Chaque cas de migration présente des nuances spécifiques, des antécédents différents et des possibilités légales uniques.
Voici quelques actions essentielles à entreprendre avant d'envisager une autodéportation :
Fermer tout processus judiciaire en cours : Si vous avez un rendez-vous avec un juge de l'immigration, ne l'ignorez pas. Parlez à un avocat sur la manière de procéder.
Vérifier les options de régularisation ou de protection : Il existe des voies légales qui pourraient être ouvertes et qu'il vaut la peine d'explorer avant de renoncer à votre présence aux États-Unis.
Consulter sur les départs volontaires ou les programmes humanitaires : Certains départs contrôlés peuvent être moins préjudiciables qu'une expulsion en l'absence.
Évitez les décisions hâtives dues à la désinformation : Les réseaux sociaux et les rumeurs distordent souvent la réalité juridique. Renseignez-vous uniquement auprès de sources fiables.
En fin de compte, le meilleur atout dont dispose un migrant dans cette situation est l'information juridique précise et le soutien professionnel approprié. Prendre des décisions basées sur l'ignorance ou le désespoir peut fermer des portes qui pourraient encore rester ouvertes.
Questions fréquentes sur le formulaire I-220A pour les Cubains aux États-Unis.
Les Cubains avec un I-220A peuvent-ils s'auto-déporter au Canada ?
Les Cubains avec un I-220A peuvent tenter de quitter les États-Unis pour se rendre au Canada, mais seulement si le Canada les accepte. Ils ont besoin d'un visa valide ou d'une résidence au Canada, sinon, ils pourraient être refusés à la frontière. Le Canada n'est pas obligé de les admettre, contrairement à Cuba, qui est tenue d'accepter ses citoyens.
Quels risques encourent les Cubains avec un I-220A en quittant les États-Unis sans finaliser leur processus migratoire ?
Sortir des États-Unis sans clôturer un processus migratoire peut entraîner un ordre de déportation par défaut. Cela affecte l'historique migratoire et complique l'obtention de futurs visas aux États-Unis et dans d'autres pays. De plus, le processus de sortie peut être considéré comme un abandon du dossier, avec toutes les répercussions juridiques que cela implique.
Quelles options les Cubains ayant un I-220A ont-ils pour régulariser leur statut aux États-Unis ?
Les Cubains avec un I-220A peuvent avoir des options de régularisation par le biais de voies telles que l'asile. Cependant, chaque cas est unique, et il est crucial de consulter un avocat en immigration. Un jugement récent pourrait ouvrir plus d'options légales, mais ne garantit pas un changement immédiat de statut migratoire.
Que signifie la décision de la Commission d'appel des immigrations (BIA) pour les Cubains avec un I-220A ?
La décision de la BIA pourrait impacter les Cubains avec I-220A en rouvrant le débat sur leur statut légal. Bien que Cuba ne soit pas mentionnée directement, cela pourrait influencer l'interprétation de la question de savoir si les Cubains libérés sans un parole formel peuvent accéder à certains droits légaux, tels que la liberté sous caution ou l'ajustement de statut.
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