La “offensive pour une meilleure capitale” : Propagande institutionnelle ou action gouvernementale efficace ?

Les dépotoirs sont-ils contrôlés dans la capitale ? Ont-ils été définitivement éradiqués ou réapparaîtront-ils après "la tempête" ? Díaz-Canel a-t-il prouvé son autorité ou son efficacité pour résoudre les problèmes de la capitale ? Avance-t-on réellement ou n'est-ce que de la propagande ?

Miguel Díaz-Canel et Esteban Lazo lors de la réunionPhoto © Facebook / Presidencia Cuba

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Un récent communiqué du Palais a annoncé avec un ton euphorique et positif une “offensive pour une capitale meilleure”, dirigée par le dirigeant Miguel Díaz-Canel afin d'améliorer les services de base à La Havane.

Selon le texte, le premier secrétaire du Parti Communiste dirige chaque samedi des réunions avec les principaux dirigeants du Parti Communiste, au cours desquelles sont analysés les progrès en matière d'électricité, d'approvisionnement en eau, de collecte des déchets et d'entretien urbain.

Capture d'écran Facebook / Présidence Cuba

La note rédigée par la cheffe de presse palatiale, Leticia Martínez Hernández, a présenté l'initiative comme une action coordonnée de l'État, du Parti, des organismes locaux et « du peuple habanero » pour redorer l'image de la ville et améliorer la qualité de vie de ses habitants.

Cependant, l'analyse du contenu et du ton du communiqué permet de l'identifier non pas tant comme un rapport de gestion, mais comme un exercice propagandiste, cohérent avec la stratégie de communication que le régime cubain a maintenue pendant des décennies : exalter la figure du leader, déplacer les responsabilités vers les niveaux inférieurs et projeter une image d'efficacité, même au milieu de l'échec structurel.

Les chiffres présentés dans le texte semblent davantage conçus pour soutenir cette narration que pour informer de manière transparente. Il est affirmé que 32 484 personnes ont récemment bénéficié de l'approvisionnement en eau et que 267 787 mètres cubes de déchets solides ont été collectés dans la capitale.

Cependant, l'information manque de contexte : il n'est pas précisé à quelle période ce supposé progrès a été réalisé, quelle était la situation antérieure ni comment la durabilité des actions est mesurée.

Dans le communiqué lui-même, il est reconnu que dans plusieurs municipalités, les cycles de distribution d'eau dépassent dix jours, un chiffre qui, dans n'importe quelle ville, serait un signe de crise et nécessiterait une intervention immédiate, dont les solutions seraient revendiquées par la population presque en état de guerre.

Dans le domaine énergétique, le texte officiel a parlé d'une "meilleure planification des coupures de courant", mais évite de fournir des données sur la fréquence, la durée ou l'impact des interruptions dans la vie quotidienne des Habaneros.

Au cours des dernières semaines, divers rapports de l'Union Électrique et de médias indépendants ont confirmé que les coupures quotidiennes persistent, même dans des zones centrales, en raison d'un déficit de production et de défaillances des transformateurs.

L'affirmation selon laquelle la planification s'est améliorée peut être techniquement vraie —les coupures sont peut-être annoncées de manière plus ordonnée—, mais cela ne signifie pas que le problème soit résolu. Au contraire, cela révèle la perception du gouvernement cubain concernant sa gestion : Díaz-Canel présente comme une gestion efficace une “amélioration dans la planification des coupures”, comme si une coupure bien planifiée constituait une solution à la crise énergétique.

Dans ce sens, le langage du communiqué renforce son caractère politique. Il est question d'« offensive », de « contrôles », de « rigueur » et de « priorité », des termes qui reproduisent le style militaire avec lequel l'État cubain a historiquement tenté de transmettre l'idée de contrôle et de discipline à la gestion civile.

Le protagonisme de Díaz-Canel en tant que figure centrale, accompagné de hauts responsables du Parti, répond à la logique des communiqués triomphalistes : le leader oriente, supervise et exige des résultats avec autorité et sévérité, tandis que les subordonnés corrigent les erreurs.

Martínez Hernández a articulé son message autour de la notion de l'effort collectif et du suivi permanent du dirigeant suprême, mais il a omis un élément essentiel : les résultats concrets.

À aucun moment, il n'a été question du manque de ressources, de l'obsolescence des infrastructures ou de l'inefficacité des entreprises d'État chargées des services. Les causes structurelles des problèmes, qui vont de la centralisation administrative à la corruption et au déclin de l'investissement public, n'ont pas été reconnues non plus.

Dans ce contexte, le communiqué a clairement rempli une fonction politique : gérer la perception de la crise.

L'« offensive » n'est pas seulement une opération matérielle, mais un mécanisme discursif permettant de retrouver l'initiative narrative à un moment de profond malaise citoyen. La mise en scène de réunions, de contrôles et d'orientations vise à convaincre la population que l'État maintient le contrôle, même si les conditions de vie continuent de se détériorer.

Il n’y a dans le texte ni de véritable reddition de comptes ni de description vérifiable des faits. Ce qui est proposé est une histoire soigneusement construite pour soutenir la légitimité du leadership et l’idée que la solution dépend, une fois de plus, du travail, de la discipline et de la fidélité au Parti.

La conclusion involontairement laissée par Martínez Hernández est que le régime cubain continue d'utiliser les anciens mécanismes de sa propagande politique pour dissimuler des insuffisances structurelles.

Au lieu de reconnaître l'ampleur de la crise des services qui frappe La Havane, le discours officiel préfère insister sur la rhétorique de l'effort et de la supervision. Mais le récit de l'action constante ne remplace pas les résultats : les rues restent pleines de détritus, les coupures de courant persistent et l'eau n'arrive pas régulièrement.

L'"offensive" peut être intense sur le plan médiatique, mais dans la réalité quotidienne des Habaneros, la capitale continue d'attendre des améliorations qui ne viennent pas.

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