Cubadebate accuse l'exil de "haine sur les réseaux sociaux" et cache la violence de l'État cubain contre la liberté d'expression



L'Observatoire des Médias de Cubadebate a accusé l'exil d'inciter à la haine et à la violence sur les réseaux sociaux, ignorant la répression étatique à Cuba. Le média officiel a justifié la censure du régime, criminalisant la dissidence et dissimulant la violence systématique et institutionnelle de la dictature.

Directeur de Cubadebate, Randy Alonso Falcón et Humberto López avec le ministre des FARFoto © Cubadebate - Facebook / Humberto López

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Le Observatoire des Médias de Cubadebate, un projet d'État au service de l'appareil de propagande du régime cubain, a publié un article où il a tenté de présenter la critique citoyenne et l'activisme numérique comme des expressions d'une supposée “escalade violente” promue depuis l'extérieur.

Sous l'apparence d'une analyse académique, le texte intitulé « De l'insulte à la violence contre les Cubains sur les plateformes sociales » a répété une narrative classique du pouvoir cubain : criminaliser la dissidence, délégitimer le débat public indépendant et confondre la dénonciation ou l'indignation sociale avec l'incitation à la haine.

En culpabilisant la société civile pour des narrations toxiques, le média officiel a évité toute référence à la violence structurelle de l'État lui-même, exercée contre des journalistes, des artistes, des activistes et des citoyens ordinaires tant dans l'espace numérique que dans la vie quotidienne.

Un « observatoire » qui ne regarde que là où cela l'arrange

Le rapport, qui a cité les politologues Kathleen Klaus et Aditi Malik, a soutenu que sur les réseaux sociaux, la violence devient "pensable, faisable et sans limites".  

Cependant, l'Observatoire a délibérément ignoré les discours officiels de haine promus par des médias contrôlés par le Parti Communiste, comme Cubadebate, Granma ou le Système Informatif de la Télévision Cubana, où les opposants et les critiques sont insultés, stigmatisés et criminalisés avec une totale impunité, allant jusqu'à demander pour eux “machete, qu'ils sont peu nombreux.

Paradoxalement, le texte a dénoncé la “déshumanisation” sur les réseaux, mais n'a pas appliqué cette même analyse au langage du pouvoir, qui depuis des décennies réduit les dissidents à “worms”, “mercenaires” ou “terroristes numériques”.  

En Cuba, la violence politique ne se "rende pas pensable" : elle est exercée systématiquement par l'État et s'institutionnalise à travers des lois, des campagnes médiatiques et une répression directe brutale.

La violence réelle : Prison, censure et peur

Mientras l'Observatoire de Cubadebate a signalé que l'activisme digital depuis l'exil était dangereux, il a gardé le silence sur la répression quotidienne à l'intérieur de l'île.

L'utilisation du Décret-Loi 370 pour punir les publications critiques, les arrestations arbitraires pour avoir exprimé un avis, les coupures sélectives d'internet lors des manifestations, ou les campagnes de diffamation contre des journalistes et des familles de prisonniers politiques... aucune de ces pratiques n'a échappé au filtre de Klaus et Malik

Le rapport a affirmé avoir analysé 230 publications "radicales" entre 2021 et 2025, la plupart provenant de l'étranger. Cependant, il n'a pas révélé la méthodologie, les sources ni les critères de sélection.

Son objectif ne consistait pas à comprendre la dynamique sociale, mais à renforcer le discours officiel qui transforme la liberté d'expression en un acte d'agression contre l'État.

De la critique légitime à la criminalisation du dissentement

Bien que l'Observatoire ait affirmé que “les critiques ne sont pas de la violence”, il a tracé une ligne aussi ambiguë que pour que tout message dérangeant puisse être considéré comme une incitation à la haine.  

Cette logique est la même que celle qui sous-tend le nouveau Code pénal cubain et la Loi de la communication sociale, des outils conçus pour censurer et punir l'opinion indépendante.

Ce que le régime craint ce n'est pas la “violence numérique”, mais l'organisation citoyenne et la visibilité du mécontentement. Les réseaux sociaux ont permis aux Cubains de documenter les abus, les coupures de courant, les files d'attente, la corruption et la répression sans dépendre du récit étatique.  

Cette autonomie informationnelle est la véritable menace au monopole du discours du pouvoir

Assassinats de réputation et silence imposé

Depuis les médias officiels du régime cubain, des campagnes systématiques de discrédit sont menées contre des activistes et des journalistes, comme Luis Manuel Otero Alcántara, Yunior García Aguilera ou les Damas de Blanco.

Ainsi, des médias indépendants comme CiberCuba, El Toque ou 14ymedio ont été la cible d'attaques constantes et de campagnes de diffamation. Ces actions —financées par des fonds publics— constituent une forme de violence politique et psychologique qui vise à isoler, humilier et neutraliser les voix critiques.

L'Observatoire, loin d'examiner ces pratiques, a préféré tourner son regard vers l'exil et les réseaux sociaux, où la critique libre reste l'un des rares espaces de résistance face à la censure institutionnelle.

Son analyse a encore une fois été une manœuvre de propagande déguisée en étude académique.

La véritable escalade : La censure comme violence

La violence à Cuba ne se nourrit pas des réseaux, mais des structures de l'État qui punissent la liberté d'expression

Chaque fois qu'un jeune est arrêté pour avoir publié un tweet, qu'une mère perd son emploi pour avoir pris la parole, ou qu'un site indépendant est bloqué par ordre du ministère des Communications, le régime démontre que le dommage symbolique et matériel provient de son pouvoir coercitif, et non de l'activisme citoyen. 

Le gouvernement cubain confond depuis plus de six décennies “sécurité nationale” et préservation du pouvoir. Au nom de cette sécurité, des idées ont été emprisonnées, des médias fermés, des talents exilés et toute forme de pensée libre réprimée. 

L'article de l'Observatoire de Cubadebate n'a pas constitué une analyse sur la violence numérique, mais plutôt une nouvelle tentative de justifier la censure et le contrôle du discours public.  

Présentait les victimes de la répression comme des instigateurs de la haine et cachait la violence structurelle que l'État exerce contre son propre peuple

À Cuba, le vrai danger ne réside pas dans les mèmes ni dans les tweets indignés, mais dans un système qui considère la pensée critique comme une menace et la liberté d'expression comme un délit.

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