La Havane rejette la libération des prisonniers politiques : « Nous n'avons pas l'intention d'en parler. »



Carlos Fernández de Cossío et Marco RubioFoto © misiones.cubaminrex.cu - Flickr / Département d'État des États-Unis

Vidéos associées :

Le régime cubain a écarté ce mardi toute possibilité d'inclure la libération de prisonniers politiques dans un éventuel dialogue avec les États-Unis, dans un nouveau geste qui confirme la rigidité de sa position face à la pression internationale croissante.

Dans une entrevue avec l'agence EFE, le vice-ministre des Relations étrangères, Carlos Fernández de Cossío, a déclaré qu'il "n'y a pas d'intention de parler de ce sujet", lorsqu'il a été interrogé sur une éventuelle libération de détenus pour des raisons politiques.  

« Nous ne voyons pas de raison, nous ne comprenons pas quel lien un sujet (le blocus pétrolier) a avec l'autre (les prisonniers) », a déclaré le responsable.

Les paroles de Fernández de Cossío interviennent dans le cadre du processus de libération de centaines de prisonniers politiques au Venezuela, faisant partie de la feuille de route encouragée par les États-Unis suite à l'arrestation de Nicolás Maduro le 3 janvier dernier. 

En Caracas, l'administration intérimaire dirigée par Delcy Rodríguez a annoncé des mesures de réconciliation supervisées par des représentants du Département d'État, dans le cadre des trois phases définies par le secrétaire d'État Marco Rubio : stabilisation, récupération et transition démocratique. 

En contraste, Cuba maintient son refus de tout geste similaire. Le vice-ministre cubain a insisté sur le fait que le régime n'acceptera pas de discuter des questions internes telles que la Constitution, l'économie ou le système de gouvernement socialiste.  

« Nous avons la même limitation que Washington aurait à discuter avec La Havane sur la Constitution des États-Unis ou les descente de migrants à Minneapolis », a affirmé Fernández de Cossío.

Les analystes interprètent ces déclarations comme une réponse directe au processus vénézuélien et à la stratégie de “transition par étapes” de Washington, qui vise désormais l'île.

Le durcissement du discours diplomatique cubain cherche à marquer une distance avec Caracas et à envoyer un signal de contrôle interne, à un moment où la Maison Blanche considère Cuba comme le noyau de l'axe autoritaire latino-américain.

Le refus de libérer des prisonniers politiques révèle également l'insécurité du régime face à un éventuel scénario de transition.

«Parler de prisonniers serait reconnaître qu'ils existent», a souligné un académicien consulté à La Havane, rappelant que le régime les cache derrière la figure des Crimes contre la sécurité de l'État et d'autres similaires. «Reconnaître qu'il y a des prisonniers politiques serait admettre qu'il existe une opposition à Cuba, ce que le système nie par définition», a-t-il ajouté.

Alors que le Venezuela s'engage dans un processus d'ouverture contrôlée, le régime cubain se retranche : dialogue technique, oui ; concessions politiques, aucune.

Des centaines de prisonniers politiques que le régime ne reconnaît pas

Alors que le régime cubain insiste sur le fait qu'il n'y a pas de prisonniers politiques, les chiffres recueillis par des organisations de droits humains et des collectifs citoyens contredisent ce discours.

Selon le rapport le plus récent de Prisoners Defenders, basé à Madrid, la dictature cubaine maintient actuellement plus de 1 000 prisonniers politiques et de conscience, le chiffre le plus élevé de l'hémisphère occidental. 

Le rapport détaille qu'au moins 781 personnes continuent d'exécuter des peines ou des mesures de précaution pour des motifs politiques ou de conscience, tandis que 300 autres restent sous assignation à résidence ou surveillance.

Parmi eux se trouvent des manifestants du 11J, des activistes, des artistes, des journalistes indépendants et de simples citoyens ayant exprimé des critiques sur les réseaux sociaux.

Le collectif Justicia 11J, né des manifestations de juillet 2021, documente des cas avec nom, âge et condamnation, et dénonce l'utilisation du Code pénal comme outil de répression politique. 

Selon sa base de données, plus de 60 % des prisonniers politiques sont des jeunes de moins de 35 ans, beaucoup d'entre eux sans antécédents criminels, et plusieurs ont reçu des peines supérieures à 10 ans pour des délits tels que "troubles à l'ordre public", "sédition" ou "propagande ennemie".

Tant Human Rights Watch que Amnistía Internacional ont signalé que les autorités cubaines criminalisent le dissentiment par des procès sans garanties procédurales et des détentions arbitraires. 

Amnesty a demandé à plusieurs reprises un accès indépendant aux prisons et a dénoncé le manque de transparence judiciaire dans les procès liés aux manifestations de 2021 et 2022.

Des organismes internationaux tels que l'ONU, le Parlement européen et la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) ont également exigé la libération immédiate des détenus pour des motifs politiques, rappelant que la répression à Cuba constitue une violation systématique du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le pays est signataire.

Malgré les preuves et les appels internationaux, le régime cubain maintient la narration selon laquelle il n'y a pas de prisonniers politiques sur l'île, mais seulement des "personnes condamnées pour des délits communs".

Cette négation —réitérée maintenant par Fernández de Cossío— fait partie du blindage discursif du régime, qui cherche à éviter toute comparaison avec le processus de transition que vit le Venezuela.

Archivé dans :

Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.