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La chercheuse et essayiste cubaine Hilda Landrove a publié un texte bref mais percutant dans lequel elle interpelle directement les dirigeants du régime : De quel peuple parlent-ils lorsqu'ils invoquent la résistance des citoyens face à une prétendue invasion impérialiste et leur disposition à "mourir pour la souveraineté et le socialisme ?"
Landrove déconstruit, avec des questions successives, le récit officiel de "l'héroïsme" et de la "résistance" que le président Miguel Díaz-Canel et d'autres dirigeants ont répété à de multiples reprises, notamment ces dernières semaines face à l'escalade des pressions exercées par le gouvernement des États-Unis.
«À quel peuple se réfèrent ces discours ?», s'interroge l'essayiste, qui est docteur en Études mésoaméricaines de l'Université nationale autonome du Mexique (UNAM). «De celui qui a perdu plus de 10 % de sa population ces dernières années ? [...] De cette majorité qui achète du charbon pour cuisiner, profitant de deux ou trois heures de lumière pour faire le minimum à la maison ? De celui qui, quand il ose protester, finit en prison ?», écrit Landrove, énumérant les conditions de vie sur l'île.
La réalité décrite n'est pas une rhétorique. Cuba a perdu plus d'un million d'habitants entre 2020 et 2023, avec un solde migratoire négatif de plus d'un million de sorties durant cette période. En mai 2025, la population résidente était estimée à 9,7 millions, contre plus de 11 millions les années précédentes. Le profil de l'émigrant est principalement jeune et en âge de travailler, ce qui aggrave le vieillissement de ceux qui restent sur l'île. Une enquête de 2023 a révélé que 78 % des résidents à Cuba rêvent de partir ou sont en démarches d'émigration.
À cette saignée démographique s'ajoute une crise énergétique structurelle : des pannes systématiques du Système Électrique National (SEN), des coupures d'électricité constantes dans des localités du pays pendant plus de 20 à 30 heures ; les rares aliments disponibles se détériorent par manque de réfrigération et de moyens de les cuisiner. À tel point que 80 % des Cubains estiment que la situation actuelle est pire que celle du Période Spécial des années 90, selon des données de mars 2026.
Devant ce tableau, Landrove est catégorique : "Mettre ce peuple affamé et réprimé en première ligne est criminel. Le même gouvernement qui fait de la propagande et se vante de son héroïsme est celui qui a conduit les choses à ce point, bien avant que le Naranja [Donald Trump] ne décide de s'impliquer à fond dans la politique de pressions."
La chercheuse rejette également la narration officielle qui attribue les revendications populaires à une ingérence étrangère. "Un peuple qui, de plus, répète, à chaque cacerolazo, que la demande de liberté et de démocratie n'est pas une invention de l'administration Trump ni un agenda étranger, c'est un désir propre et authentique", écrit-elle, en référence aux manifestations qui ont éclaté dans tout le pays et face auxquelles le régime a intensifié sa répression et les arrestations pour des raisons politiques.
"Ce n'est ni de la résistance ni de l'héroïsme, c'est le dernier niveau de la gestion de l'immolation d'un peuple entier", conclut Landrove, soulignant que tout répond à une seule logique : "Ne céder aucun pouvoir, [...] ne pas abandonner les privilèges. Tout cela pour continuer à se maintenir sur les ruines qu'ils ont créées, mais dans lesquelles ils ont leurs propres espaces d'évasion avec électricité, gaz, eau et tout ce dont ils ont besoin."
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