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"J'attends que mon fils se réveille pour utiliser un peu d'eau que j'ai récupéré du rinçage du riz d'hier soir et l'eau qui s'écoule du réfrigérateur lorsqu'il dégèle (à cause des coupures de courant), pour tirer la chasse d'eau, que je lui ai interdit d'utiliser depuis hier car le peu d'eau propre qu'il nous reste est prévu pour notre bain aujourd'hui, peut-être que demain nous nous nettoyons avec des lingettes humides."
Le témoignage de cette mère cubaine, résidente à La Havane Vieja et dont le profil Facebook s'identifie comme LaSai Dela Vida, résume avec crudité l'odyssée quotidienne à laquelle font face des millions d'habitants de l'île.
"Il n'existe dans ce pays aucune institution qui réponde aux intérêts du peuple, par conséquent, le peuple ne sait pas, ne saura pas, et n'a aucune information sur ce qu'il se passe avec l'eau, et qui parle de l'eau parle de tout en réalité", se désole également l'écrivaine et artiste plasticienne.
À son avis, le "blocus" américain, la cause archi-répétée par le gouvernement cubain pour justifier les problèmes qui frappent la nation, n'est pas à l'origine de cet état de choses terrible : "Le problème, c'est que les dirigeants ont longtemps bloqué le désir d'écouter et de vraiment se consacrer à leur peuple [...]. Il ne peut y avoir de pays qui progresse là où l'on essaie constamment de cacher le soleil avec un doigt".
La situation n'est pas un cas isolé. La crise de l'eau à Cuba —qui dure depuis longtemps— a désormais atteint des niveaux d'alarme maximum avec l'effondrement électrique : le système d'approvisionnement dépend de pompes qui ne fonctionnent pas sans électricité, et seules 135 de ses 480 stations essentielles sont sur des circuits protégés, laissant la majorité des installations de pompage à la merci des coupures.
Les coupures d'électricité, loin de diminuer, se sont aggravées ces dernières semaines. Après la panne qui a mis hors service la centrale thermique Antonio Guiteras, le système électrique national est entré dans une spirale de dégradation qui a poussé les coupures à des niveaux insoutenables. Le déficit projeté mercredi de cette semaine, par exemple, était de 1 850 MW, un chiffre qui illustre l'ampleur du désastre énergétique.
Les conséquences sur l'approvisionnement en eau sont dévastatrices dans tout le pays. À Ciego de Ávila, une zone a accumulé 36 jours sans eau, un chiffre qui aurait semblé incroyable il y a à peine quelques années et qui est aujourd'hui devenu une réalité banalisée pour ses habitants.
En Matanzas, la situation n'est pas moins dramatique : les cycles atteignent deux heures de lumière pour 36 sans approvisionnement, une proportion qui rend pratiquement impossible de maintenir toute activité quotidienne normalement, y compris l'accès à l'eau potable.
Face à l'inaction de l'État, les Cubains recourent à des solutions désespérées. À Pinar del Río, les familles paient 4 000 pesos pour un camion d'eau, une dépense qui s'avère insupportable pour la majorité de la population dans un contexte d'hyperinflation et de salaires misérables.
La communauté internationale a commencé à reconnaître la gravité de la crise. Les Nations Unies ont lancé un plan d'action de 94,1 millions de dollars pour soutenir les services essentiels à Cuba, signe que la détérioration a atteint une dimension humanitaire qui ne peut plus être ignorée de l'extérieur.
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