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Il existe des slogans qui vieillissent mal. Et puis il y a celui-ci : “Pour la Patrie, la Révolution et le Socialisme, nous allons toujours vaincre”. Une phrase qui, en 2026, ne résonne plus comme une épopée, mais comme un écho, comme un télécran du Grand Frère. Un enregistrement ancien reproduit en boucle pendant que le pays s'éteint — littéralement et métaphoriquement — dans l'obscurité.
Le dernier spectacle dans les salons climatisés du Palacio a réuni des vétérans, des généraux, des membres du Parti et de jeunes soigneusement sélectionnés pour répéter le discours. Deux heures d'échange "chaleureux" où, selon la narration officielle, Cuba a de nouveau gagné… qui sait exactement quoi.
Parce que la scène a quelque chose de théâtre expérimental. Un salon rempli de combattants historiques, de fonctionnaires et d'uniformes, parlant de victoires, de missions et d'épopées, tandis qu'à l'extérieur, la réalité insiste pour être moins poétique : coupures de courant, pénuries, émigration massive. Mais à l'intérieur du Palais, l'air ne pénètre pas. Ni la critique. Ni la vérité.
Miguel Díaz-Canel, dans son rôle déjà usé de lecteur de slogans, a assuré que la dignité et le courage garantissent que “nous allons toujours vaincre”. Curieux : cela fait des décennies qu'ils gagnent et, pourtant, le pays se lève chaque jour un peu plus vaincu. Il s'agit peut-être d'une victoire conceptuelle, de celles qui ne se voient pas, ne se mangent pas et ne peuvent pas être expliquées, mais qui se célèbrent quand même. De victoire en victoire jusqu'à la défaite finale.
L'événement, bien sûr, avait tous les ingrédients du rituel : Playa Girón, l'Angola, la lutte contre les "bandits", la défense du Venezuela et les 32 militaires morts dans un "combat inégal", les mercenaires imaginaires débarquant sur les îles… une collection de fantômes utiles qui servent à justifier le présent.
Parce que si quelque chose domine ce scénario, c'est le besoin constant d'ennemis, réels ou fictifs, pour soutenir une narration qui ne tient plus debout par elle-même.
Mais ce qui est le plus fascinant, ce n'est pas le contenu, mais l'insistance. L'obsession de maintenir vivante une épopée qui n'existe plus que dans des discours et des actes clos, de plus en plus fanés et grotesques. Pendant que le pouvoir réel opère en silence - entre contacts discrets, calculs et stratégies de survie - l'appareil propagandiste pousse le volume à son maximum.
Ce samedi, on a parlé du concept de « Mon Quartier pour la Patrie ». Une initiative qui, traduite dans un langage courant, consiste à mobiliser les mêmes personnes de toujours pour qu'elles surveillent, nettoient, produisent et, au passage, continuent de croire. Quartier Sûr, Quartier Participatif, Quartier Productif… il a manqué « Quartier Résigné », qui serait le plus honnête.
L'idée que "la défense de la révolution commence dans le quartier" sonne moins comme du patriotisme et plus comme un contrôle social, avec des noms donnés par des espions ratés et des perroquets de la Ñico López.
Que personne ne reste sans tâche. Que personne ne reste sans surveillance. Que personne ne reste sans répéter la consigne. Tout doit être très participatif, tant que la participation consiste à obéir sans rechigner.
Y pendant ce temps, en parallèle, une autre Cuba évolue. Une où les héritiers du pouvoir —ceux de la "famille royale"— n'organisent pas des brigades de nettoyage, mais explorent comment sécuriser leur place dans l'avenir. Une Cuba où le mot clé n'est pas "résistance", mais "négociation". Où le haut-parleur reste socialiste, mais la logique devient de plus en plus patrimoniale.
C'est pourquoi ce type d'actes ne convainc plus : ils révèlent. Ils ne parlent pas de force, mais de peur. Pas de conviction, mais de nécessité. La nécessité de répéter une histoire qui se dérobe, d'invoquer une "révolution" qui n'explique plus rien, de soutenir un mythe pendant que la réalité prend une autre direction.
Au final, la phrase “nous allons toujours triompher” demeure dans l'air, comme ce Fidel en carton avec lequel on invite désormais à prendre des selfies. Souriante, immobile, indifférente au présent.
Un symbole parfait : la révolution devenue décor. Et le pouvoir, comme toujours, ailleurs.
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