El 86,6 % des Cubains interrogés doivent recourir à l'économie informelle —ce que l'on appelle dans l'île "inventer"— pour ne pas avoir faim, selon les résultats de la deuxième enquête du Diario de Cuba, réalisée par Cubadata entre le 23 février et le 13 mars 2026 avec des entretiens auprès de 1 788 personnes dans tout le pays.
Les données révèlent une paradoxe structurel : quatre Cubains sur dix dépendent de l'État pour leur salaire, mais presque neuf sur dix doivent se débrouiller en dehors de l'économie officielle pour pouvoir manger.
Parmi les 86,6 % qui "invente", 56,5 % effectuent des activités indépendantes "toujours" ou "fréquemment", tandis que 30,1 % le font "occasionnellement". Seul 13,4 % des répondants affirment ne jamais recourir à des voies économiques en dehors du contrôle de l'État.
La dépendance à l'emploi public a augmenté : 39 % des répondants affirment que leurs revenus proviennent totalement ou majoritairement du gouvernement, contre 35 % enregistrés en décembre 2024. Cependant, ce salaire est de plus en plus insuffisant : le salaire moyen d'État est d'environ 6 930 pesos par mois, ce qui équivaut à environ 13 dollars au taux de change informel, tandis que le coût de la vie dépasse 50 000 pesos par mois par personne.
La activité informelle, de plus, est devenue plus précaire avec le temps. En 2024, 24,1 % de la population pouvait subsister "toujours" grâce à des activités autonomes ; en 2026, ce chiffre est tombé à 16 %. Dans le même temps, ceux qui doivent recourir à ces voies de manière "fréquente" sont passés de 29,8 % à 40,5 %.
Cela signifie que l'entrepreneuriat informel n'est plus une option de croissance, mais plutôt une ressource d'urgence intermittente face à l'inflation et aux coupures de courant.
La enquête démontre également que l'argument selon lequel les envois de fonds agissent comme un coussin économique pour les foyers cubains est erroné. Seulement 5,4 % des participants reçoivent de l'argent de l'étranger chaque mois, 64,2 % n'ont reçu aucune aide financière de l'étranger au cours des 30 derniers jours, et 43 % affirment qu'ils ne reçoivent jamais d'envois de fonds.
Même en incluant ceux qui les reçoivent de manière sporadique, le flux de devises n'est pas suffisant pour stopper le déclin quotidien que subissent les familles.
Le 55 % des citoyens se sent totalement ou partiellement dépendant de l'économie contrôlée par l'État, mais la survie se résout majoritairement dans l'informel, un secteur que le régime lui-même tolère par nécessité mais qu'il ne réglemente ni ne protège.
Cet élan s'inscrit dans une récession prolongée : les seuls pays du continent ayant trois années consécutives de contraction du PIB, avec une chute cumulée de 12,3 % depuis 2021 et une projection de contraction supplémentaire de 7,2 % pour 2026 sont Cuba et Haïti.
Selon l'enquête de Cubadata, "la Cuba de 2026 présente une économie domestique sous une tension maximale" : le foyer cubain repose sur un système hybride basé sur un État insuffisant et un secteur informel forcé qui, bien qu'étendu, est de plus en plus difficile à maintenir de manière stable.
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