Quatre Cubains racontent leur expérience piégés à la frontière entre la Lituanie et la Biélorussie



Valla à la frontière entre la Biélorussie et la Lituanie.Foto © Facebook/Valstybės sienos apsaugos tarnyba

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Ce qui a commencé comme une fuite désespérée après les manifestations du 11 juillet 2021 à Cuba s'est transformé en un cauchemar au cœur de l'Europe pour plusieurs migrants cubains.

Quatre d'entre eux —Sonia Hernández, Carlos Cruz, Yarisledy Rodríguez et une autre femme qui a demandé à rester anonyme— ont passé deux semaines piégés entre la Lituanie et la Biélorussie au printemps 2022, poussés d'un côté à l'autre par des gardes-frontières, sans nourriture suffisante, sous des températures extrêmes et exposés à des mauvais traitements.

“J'étais si épuisée que j'ai commencé à me frapper moi-même. Ils se moquaient”, a rappelé un des témoins dans l'affaire, qui attend aujourd'hui une décision clé de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, selon Le Monde.

Tous ont quelque chose en commun : ils ont quitté Cuba après l'explosion sociale du 11J, marquée par des manifestations contre la pénurie et la gestion gouvernementale. Dans le cas de Yarisledy, alors jeune danseuse de Ciego de Ávila, la peur a été immédiate. Elle a vu des amis être emprisonnés, l'un d'eux condamné à quatre ans. Elle a décidé de partir avant de subir le même sort.

Mais la route vers l'Europe ne leur offrait pas de refuge immédiat. Selon leurs récits, ils ont traversé plusieurs fois de la Biélorussie vers la Lituanie entre mars et avril 2022, demandant l'asile sans succès. Au lieu de protection, ils ont été renvoyés à plusieurs reprises, même sous la menace d'une arme, se retrouvant piégés dans une forêt, sans savoir où aller.

L'affaire, connue sous le nom de COCG et autres contre la Lituanie, pourrait établir un précédent en Europe concernant ces pratiques de "restitutions à chaud", qui ont été dénoncées par des organisations de droits de l'homme. Rien qu'en 2022, la Lituanie a enregistré plus de 11 000 expulsions similaires à cette frontière, dans un contexte de tensions géopolitiques avec la Biélorussie et la Russie.

Enfin, le 13 avril de cette année-là, les Cubains ont réussi à entrer sur le territoire lituanien, où ils ont été arrêtés avant de recevoir l'asile. Aujourd'hui, certains tentent de reconstruire leur vie loin de l'île qu'ils ont laissée derrière, mais avec des cicatrices difficiles à effacer.

L'histoire n'est pas isolée. En novembre 2025, deux Cubains ont été découverts gravement frappés à la frontière entre la Lettonie et la Biélorussie. Selon leurs témoignages, ils ont été agressés par des agents frontaliers avant d'être expulsés. Tous deux ont terminé hospitalisés avec hypothermie, contusions et, dans un des cas, un traumatisme crânien.

Ces épisodes révèlent une réalité de plus en plus visible : des Cubains qui, après avoir fui la répression ou le manque d'opportunités, se retrouvent piégés dans des routes migratoires dangereuses, où la promesse de sécurité se dissipe au milieu de la violence, de l'incertitude et de l'abandon.

Alors que l'Europe débat devant les tribunaux de l'ampleur de ses politiques migratoires, pour nombre de ces migrants, la justice arrive trop tard, après qu'ils ont presque tout perdu en chemin.

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