À Cuba, il y a de l'argent pour les 'pasantías' des syndicalistes de gauche pendant que les travailleurs peinent à survivre



Syndicalistes à La HavanePhoto © Trabajadores/Agustín Borrego

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Alors que les travailleurs cubains survivent avec des salaires insuffisants pour se nourrir, le régime accueille depuis jeudi dernier à La Havane un stage syndical international auquel assistent près d'une centaine de délégués des États-Unis, du Venezuela, de Colombie, d'Uruguay, du Chili, du Brésil et du Mexique.

L'événement, intitulé "Le mouvement syndical latino-américain et les processus politiques dans la construction de l'unité dans le contexte actuel", se tient du 23 avril au 3 mai au Centre de Conventions Lázaro Peña et est organisé par la Centrale des Travailleurs de Cuba (CTC) en collaboration avec la Secrétariat Régional Amérique Latine et Caraïbes de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM), rapporte le journal officiel Trabajadores.

Le programme comprend des conférences, des panels, des ateliers et des visites de centres de travail, ainsi qu'un travail bénévole à la ferme Abdala du Hôpital Dermatologique Guillermo Fernández Hernández Baquero, présenté comme un exemple de "la tradition solidaire du mouvement syndical cubain", indique la source.

Des syndicalistes de divers pays réunis à La Havane. Photo : Trabajadores/Agustín Borrego

L'événement rend également hommage au centenaire du dictateur Fidel Castro et au 67ème anniversaire de la Révolution, celle-là même qui, en près de sept décennies, n'a pas réussi à offrir un salaire décent à aucun travailleur du pays et les a réprimés lorsqu'ils ont tenté de revendiquer leurs droits.

Les délégués étrangers participeront également aux événements du Premier Mai, qui à Cuba ne sont pas volontaires, car l’assistance est contrôlée et ceux qui ne participent pas font face à des représailles au travail, telles que la perte de bénéfices ou d'autres sanctions. En 2025, les défilés ont mobilisé des millions de personnes, dont beaucoup ont dû marcher sur de longues distances en raison du manque de carburant.

La stagiaire se terminera par un symposium international sur "le droit des peuples à décider de leur destin", un titre qui apparaît particulièrement ironique dans un pays où le droit de grève est interdit, n'a pas été incorporé dans le projet de nouveau Code du Travail de 2025 et où les syndicats indépendants sont illégaux.

La CTC, unique syndicat légal à Cuba depuis que le régime a éliminé toute alternative en 1961, fonctionne comme ce que des analystes et des organisations de droits du travail décrivent comme une "courroie de transmission" du Parti Communiste, non comme défenseur des travailleurs. L'Association Syndicale Indépendante de Cuba (ASIC), qui en juillet 2025 a présenté un cahier de revendications à l'Assemblée Nationale exigeant la liberté syndicale et la fin du monopole de la CTC, est illégale et ses membres souffrent de harcèlement, d'arrestations arbitraires et de répression systématique.

L'événement rendra hommage au centenaire de l'ex-dictateur Fidel Castro. Photo : Trabajadores/Agustín Borrego

La réalité que les visiteurs ne verront pas lors de leurs visites guidées est que le salaire moyen dans le secteur public est d'environ 6.930 pesos par mois, soit environ 15 dollars, tandis qu'un couple a besoin de plus de 45.000 pesos par mois pour couvrir ses dépenses de base. L'écart est de plus de six fois entre ce qui est gagné et ce qui est nécessaire pour vivre.

À cette misère salariale s'ajoutent des coupures de courant de plus de 20 heures, une pénurie chronique de nourriture et des conditions insalubres. La ONU elle-même souligne la nécessité d'une assistance humanitaire dans 60 municipalités du pays. Un ouvrier portuaire de Cienfuegos a résumé cela avec précision il y a quelques années : "Nous avons une grève silencieuse que l'on essaie de cacher".

Pendant ce temps, la CTC accueille des syndicalistes étrangers de gauche pour leur montrer ce que les Travailleurs appellent un laboratoire politique et social où le syndicalisme latino-américain cherche à redéfinir son rôle dans un monde en transformation. Quel laboratoire.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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