
Vidéos associées :
Le régime cubain a bloqué le lien de l’enquête sur les perspectives politiques et sociales à Cuba, soutenue par plus de 20 médias indépendants, créateurs de contenu et activistes, ont confirmé vendredi dernier la plateforme Alas Tensas et le journaliste Yosmany Mayeta Labrada.
«Nous pouvons confirmer que le lien du sondage sur l'opinion politique du peuple cubain, promu par plus de 20 médias, créateurs de contenu et activistes indépendants cubains, a été bloqué par les autorités cubaines», a annoncé Alas Tensas sur ses réseaux sociaux.
Malgré le blocus, la participation depuis l'intérieur de l'île ne s'est pas arrêtée : au moment de la dénonciation, plus de 7 100 réponses provenaient de Cuba, grâce à des mécanismes techniques mis en place par l'équipe derrière l'initiative.
Dans les commentaires des publications qui diffusent l'enquête, des Cubains depuis l'île ont signalé ne pas pouvoir accéder au lien. Plusieurs utilisateurs ont confirmé qu'ils avaient réussi à entrer seulement après avoir activé un VPN, et d'autres ont demandé des instructions sur la façon de procéder.
Les organisateurs ont recommandé d'utiliser des versions à jour des navigateurs Chrome, Mozilla, Edge ou Brave, et en cas de blocage persistant, de recourir à un VPN et d'indiquer dans le sondage lui-même que l'on répond depuis Cuba. « Lors de l'analyse ultérieure des données, nous saurons faire la distinction », ont-ils précisé.
La journaliste Amelia Calzadilla a alerté sur ses réseaux : « Le sondage dépasse les 9,000 participants, mais de l'intérieur de Cuba, on nous dit qu'il est bloqué ».
Mayeta Labrada, depuis Santiago de Cuba, a été directe : « La tentative de faire silence n'a pas réussi à accomplir ce qui est le plus important : faire taire la voix du peuple. Les Cubains sur l'île continuent d'entrer, de répondre et de faire savoir qu'ils veulent être entendus, même si on essaie de les en empêcher ».
Le panneau en direct du sondage enregistrait 12 583 réponses au total : 7 161 (57 %) depuis l'intérieur de Cuba et 5 422 (43 %) depuis la diaspora, selon une géolocalisation anonyme. Par provinces, La Havane arrive en tête avec 3 056 réponses (27,1 %), suivie de Villa Clara (455), Matanzas (404), Holguín (377) et Santiago de Cuba (321).
Les résultats partiels révèlent un rejet massif du système de gouvernement : 92 % des participants se déclarent très insatisfaits du modèle actuel, et la confiance dans le gouvernement se chiffre à une moyenne de 1,09 sur cinq. Miguel Díaz-Canel obtient la pire évaluation individuelle parmi les figures évaluées, avec une moyenne de 1,11 sur cinq et 93,7 % lui attribuant la note minimale.
75,1 % des personnes interrogées soutiennent la transition vers une démocratie libérale avec une économie de marché, tandis que le soutien au socialisme est marginal : à peine 1,9 % croient en la réforme du modèle actuel et un symbolique 0,1 % souhaite le maintenir tel qu'il est.
L'enquête, disponible sur encuestascuba.net et ouverte jusqu'au 1er mai, a été lancée le 23 avril par une coalition dirigée par elTOQUE avec la participation de Rialta, Alas Tensas et d'autres médias. Elle se compose de 32 questions réparties en sept sections et est destinée à tous les Cubains, qu'ils résident à l'intérieur ou à l'extérieur du pays.
Le blocus répond à un modèle systématique de censure numérique du régime, qui place Cuba parmi les quatre pays avec l'internet le moins libre du monde selon Freedom House. En juillet 2021, lors des manifestations du 11J, le gouvernement a complètement coupé l'accès à internet et bloqué les réseaux sociaux, une tactique documentée par des organisations internationales telles que NetBlocks et OONI.
«Ce sondage ne prétend pas être un exercice statistique démoscopique, comme celui que nous pourrions faire si nous étions un pays démocratique. Mais chaque opinion que nous avons recueillie a beaucoup de valeur et nous les amplifierons toutes», a conclu Alas Tensas.
Archivé dans :