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La photographe cubaine Alina Sardiñas a publié ce mardi sur son profil Facebook un témoignage puissant accompagné de quatre photographies qui documentent l'état de délabrement des rues cubaines, avec une phrase qui résume son expérience en les parcourant : « Je marche dans les rues en ressentant un mélange de terreur et d'émerveillement ».
Sardiñas, avec plus de trois décennies d'expérience en photographie documentaire et résident entre La Havane et Madrid, n'attribue pas la détérioration qu'il capture à un phénomène naturel.
«Ce ne furent ni les vents forts et soutenus d'un ouragan, ni la mer qui a poussé et inondé la ville, ni non plus un tremblement de la croûte terrestre. Ce fut le poids du désamour, la haine envers les gens et envers la beauté», écrit-il dans sa publication.
Les images qui accompagnent le texte montrent des immeubles résidentiels aux murs écaillés, des câbles électriques pendants et de la végétation poussant dans les fissures, entourés de rues couvertes de déchets et de débris.
Une des photographies capture un enfant cherchant des objets parmi des déchets, tandis qu'une autre montre un graffiti avec la légende « ¡Viva Fidel ! » peint sur la façade détériorée d'un bâtiment en ruine, à côté d'un café.
Sardiñas souligne cette paradoxe comme une preuve d'un choix délibéré du régime : « Voir les slogans du passé survivre sur des murs qui tombent en ruines est la preuve qu'on a choisi la propagande plutôt qu'une vie digne ».
Concernant les décharges qui apparaissent dans ses photos, la photographe est catégorique : « Les décharges ne sont pas un déchet temporaire, ce sont le sédiment de la négligence devenue politique d'État ».
Le témoignage de Sardiñas reflète une crise urbaine documentée et reconnue même par des fonctionnaires du régime lui-même. La Havane génère entre 24 000 et 30 000 mètres cubes de déchets solides par jour, mais seulement 44 des 106 camions de collecte sont opérationnels en raison d'un manque de diesel, laissant jusqu'à 23 814 mètres cubes non ramassés chaque jour.
Le ministre de la Science, de la Technologie et de l'Environnement, Armando Rodríguez Batista, a admis en septembre 2025 que « cette poubelle n'est pas contenue, elle est éparpillée dans tout La Havane », et en décembre de la même année le régime a reconnu son incapacité à nettoyer la capitale ou à financer son assainissement.
Le délabrement du logement aggrave la situation : chaque année, environ 1 000 bâtiments s'effondrent à La Havane, le déficit de logements dépasse 805 000 unités et seulement 65 % du parc immobilier est en bon état, selon des chiffres du Ministère de la Construction.
En 2025, plusieurs effondrements ont causé des décès, parmi lesquels ceux d'une fillette de sept ans à La Habana Vieja et de deux personnes à Centro Habana.
Le témoignage de Sardiñas s'ajoute à une vague de dénonciations virales de Cubains et de touristes qui documentent l'effondrement urbain de l'île, y compris une touriste italienne qui a qualifié Cuba de « pays le plus sale » qu'elle ait visité.
Sardiñas conclut sa publication par une phrase qui résume son point de vue : « Cuba n'est pas une ruine romantique, Cuba est ce qui se passe quand tu n'as plus d'importance. »
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