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Un mur peint dans un quartier de La Havane par l'artiste urbain chilien Sebastián E., connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Rata Virus, a suscité une controverse en raison de sa connotation politique et de son portrait de la tension sociale qui règne à Cuba.
La œuvre montre l'image d'un militaire sans visage brandissant une machette, accompagnée de la phrase "De quel côté de la lame êtes-vous ?", et a ensuite été modifiée par des tiers avec des graffitis et des messages superposés, ce qui a encore amplifié le débat, a rapporté vendredi l'agence de presse EFE.
L'artiste a expliqué à ce média qu'il s'est rendu à Cuba après avoir promis à l'ancien président uruguayen José Mujica (1935-2025) qu'il représenterait la réalité sociale de l'île, à qui il a également dédié une fresque.
Rata Virus a décrit avec précision ce qu'il a perçu durant son séjour sur l'île. "À Cuba, la fracture se manifeste principalement par une sensation de tension politique qui se traduit par la peur, par l'incertitude. Les gens ne savent pas ce qui va se passer, d'autant plus lorsque l'on y ajoute un petit assaisonnement qui est la censure."
L'artiste est allé au-delà dans sa lecture du pouvoir à Cuba. "Généralement, le peuple cubain est sur le fil du rasoir, il est au milieu et les puissants sont au bout de la lame, ce sont eux qui dirigent le tranchant. Donc, je pense que l'œuvre est intéressante parce qu'elle te pousse à réfléchir que, quel que soit le côté que tu choisisses, tu finiras toujours par te blesser," a-t-il soutenu
Rata Virus a reconnu que différents secteurs ont interprété la fresque depuis des positions politiques opposées, ce qui confirme en soi la polarisation que l'artiste a tenté de représenter avec son œuvre.
Le muraliste a résumé son intention par une phrase qui synthétise l'ambiguïté délibérée de son œuvre : "Tout ne peut pas être vu en noir et blanc."
La fresque arrive à un moment où Cuba traverse une grave crise économique et énergétique caractérisée par la scarcity d'aliments, de médicaments et de combustibles, ainsi que par des coupures de courant fréquentes qui épuisent la population.
Des organisations internationales de droits de l'homme ont documenté des arrestations arbitraires, des restrictions à la liberté d'expression et une répression contre les opposants et les manifestants, en particulier après les manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021.
La œuvre s'inscrit également dans un contexte de tensions croissantes entre le Chili et Cuba. Le président chilien José Antonio Kast s'est exprimé le 1er juin sur une possible intervention des États-Unis sur l'île, affirmant que "à Cuba, il n'y a pas de démocratie" et que ce peuple "souffre d'une dictature depuis des décennies".
Cette position du dirigeant chilien contraste avec certains secteurs de la gauche locale qui entretiennent une solidarité historique avec le régime de La Havane, une fracture interne qui a généré des épisodes de forte tension au Chili.
Il y a quelques jours, un débat tendu sur Cuba dans l'émission chilienne Sin Filtros s'est terminé par des insultes et des menaces de poursuites pénales entre les participants.
En janvier, la Contraloría a remis en question l'Université du Chili pour avoir accueilli un acte politique en hommage à la révolution cubaine.
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