Lorsque une société cesse de regarder, d'autres décident à sa place

Cola dans une Banque Métropolitaine de La HavaneFoto © CiberCuba

L'histoire des peuples ne se construit pas uniquement par les actions de ceux qui gouvernent, mais aussi par les silences de ceux qui observent. Il existe des moments où l'indifférence semble une forme de protection, un moyen de rester à l'écart des conflits, mais l'expérience montre qu'aucun citoyen ne peut rester complètement isolé des décisions politiques qui déterminent le cours d'une nation.

Lorsque une société abandonne l'espace public, ce vide ne reste jamais vide. Quelqu'un l'occupe, prend des décisions et établit des règles qui finiront par affecter la vie de tous.

Albert Einstein a laissé une réflexion qui lui est attribuée et qui résume cette réalité : « Le monde est un endroit dangereux pour vivre, non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent sans rien faire ». Au-delà de la discussion sur son autorité, cette idée contient une vérité historique : la passivité face à l'abus de pouvoir peut, consciemment ou inconsciemment, devenir une manière de permettre son avancement.

Le cas cubain illustre clairement les conséquences de cette attitude. Pendant des années, de nombreux citoyens ont considéré que la politique était un domaine réservé aux dirigeants, fonctionnaires ou spécialistes. Ils ont pensé qu'en restant à l'écart, ils pouvaient éviter des problèmes et qu'aussi longtemps qu'ils parvenaient à résoudre les difficultés quotidiennes, ils pouvaient rester en marge.

Mais la politique n'est pas restée en dehors de leurs vies. Elle est entrée dans leurs foyers et a fini par définir des aspects essentiels de l'existence : ce qu'ils pouvaient exprimer, l'information qu'ils pouvaient recevoir, les possibilités économiques de leurs familles, l'avenir de leurs enfants et même la façon dont ils pouvaient imaginer leur propre destin.

L'un des plus grands succès des systèmes autoritaires réside précisément dans leur capacité à convaincre la société que la politique appartient exclusivement au pouvoir. De cette manière, le citoyen cesse de se percevoir comme un acteur et finit par devenir un spectateur de sa propre réalité.

En Cuba, une structure qui s'est proclamée révolutionnaire a fini par concentrer le pouvoir autour d'une élite politique. Les institutions ont cessé d'agir comme des contrepoids indépendants et ont commencé à fonctionner sous une logique d'obéissance. L'État, qui devrait représenter la nation, s'est finalement retrouvé subordonné à un projet politique déterminé.

pendant des décennies, une narration a été construite où les difficultés avaient toujours des explications externes, tandis que les erreurs internes d'un modèle qui a affaibli l'économie, réduit les espaces de participation et provoqué une profonde fracture sociale étaient dissimulées.

On a promis la prospérité et c'est la pauvreté qui est arrivée ; on a évoqué l'égalité alors que des privilèges liés au pouvoir apparaissaient ; on a proclamé la défense du peuple pendant que des millions de Cubains faisaient face à des limitations, des séparations familiales et à l'impossibilité de décider librement de leur avenir.

Cependant, aucune société ne reste éternellement endormie face à la réalité. Il arrive un moment où les conséquences deviennent impossibles à ignorer. Le manque d'opportunités, la crise économique, l'émigration massive et la fatigue accumulée ont contraint de nombreux Cubains à comprendre une vérité fondamentale : aucun peuple ne peut déléguer indéfiniment son propre destin.

L'histoire montre que les régimes autoritaires ne se maintiennent pas uniquement grâce à la force de ceux qui gouvernent. Ils trouvent également leur place dans le silence prolongé de ceux qui subissent leurs conséquences. L'indifférence n'élimine pas l'injustice ; bien souvent, elle lui permet de croître.

Cuba fait aujourd'hui face à une leçon historique. La liberté n'est pas une concession du pouvoir ni un avantage qui arrive par la volonté des autres. C'est une responsabilité citoyenne qui exige participation, mémoire et engagement envers la vérité.

Parce que lorsque une société choisit de ne pas regarder, quelqu'un d'autre décide à sa place. Et tôt ou tard, chaque nation finit par payer le prix de cette indifférence.

Vidéos associées :

Archivé dans :

Article d'opinion: Las declaraciones y opiniones expresadas en este artículo son de exclusiva responsabilidad de su autor y no representan necesariamente el punto de vista de CiberCuba.