
Le Observatoire de Genre d'Alas Tensas (OGAT) a porté ce mardi à 359 le total des féminicides documentés à Cuba depuis le début de son suivi en 2019, selon une infographie publiée par l'organisation sur ses réseaux sociaux ce 27 juillet.
La cifra convertit l'OGAT en la seule organisation qui effectue ce suivi de manière systématique sur l'île, après la fermeture de l'Observatoire de Feminicidios Yo Sí Te Creo à Cuba en avril 2026 en raison d'un manque de ressources et d'épuisement humain.
Le détail année par année
Les registres de l'OGAT montrent une tendance à la hausse des féminicides documentés, avec un pic en 2023 :
- 16 cas en 2019.
- 33 in 2020.
- 36 in 2021.
- 36 en 2022.
- 90 en 2023.
- 56 en 2024.
- 48 en 2025.
- 44 jusqu'au 27 juillet 2026.
L'année 2023 a marqué un record historique, presque le triple des 36 documentés en 2022.
Bien que les chiffres aient diminué en 2024 et 2025, les données de 2026 indiquent une nouvelle escalade : les 44 cas en seulement sept mois représentent une augmentation d'environ 112 % par rapport aux 18 enregistrés au même période de 2025.
En mai et juin 2026, l'OGAT a vérifié 17 féminicides contre seulement quatre au cours de ces mêmes mois en 2025, soit une augmentation de 325 %.
Mai 2026 a enregistré huit cas, contre un en mai 2025, ce qui équivaut à une augmentation de 700 %.
Cas récents illustrant la crise
Entre les féminicides les plus récents figure celui de Kirenia López Mendoza, 43 ans, retrouvée morte le 18 juillet dans son domicile à l'Isle de la Jeunesse, avec des signes d'une extrême cruauté. Elle avait signalé des violences à la police sans obtenir de protection.
Le 13 juillet, Yeni María Peñas Leyva, âgée de 23 ans et enceinte, a été attaquée à Las Tunas par son ex-partenaire, et elle est décédée.
Selon la directrice de l'OGAT, Ileana Álvarez, il s'agit du «premier féminicide d'une femme enceinte enregistré depuis le 5 juin 2024».
Également en juillet, Merlin Noay, âgé de 17 ans, est décédé à Santiago de Cuba à la suite d'une attaque perpétrée par un homme de 64 ans qui avait été son beau-père, une affaire que l'OGAT a classée comme féminicide familial et infantile.
Pourquoi documenter quand l'État ne le fait pas ?
L'OGAT souligne que son travail est indispensable face à l'opacité du régime.
«Denoncer ces crimes permet de rompre le silence institutionnel, de préserver la mémoire des victimes, d'identifier les schémas de violence et d'exiger des mesures de prévention, de protection et de justice», a souligné l'organisation.
Le modèle documenté est cohérent : 83,3 % des féminicides sont commis par des partenaires ou des ex-partenaires, 64,6 % sont perpétrés avec des armes blanches et 62,5 % se produisent au domicile même de la victime.
Un vide juridique que le régime ne comble pas
Cuba manque d'une loi globale contre la violence de genre. Le Code pénal de 2022 ne qualifie pas le féminicide comme un délit autonome, mais uniquement comme une circonstance aggravante du homicide, et l'Assemblée nationale a rejeté un amendement visant à l'inclure en tant que figure pénale indépendante.
La réglementation spécifique n'apparaît pas dans le calendrier législatif avant 2028.
À cela s'ajoute l'absence de refuges pour les femmes en danger, de campagnes de sensibilisation et de protocoles en cas de disparitions.
Ileana Álvarez a souligné la contradiction institutionnelle : « Cette escalade de la violence féminicide se produit alors que la Fédération des Femmes Cubaines, la seule organisation de femmes autorisée par l’État, utilise ses réseaux sociaux non pas pour parler précisément de l’augmentation de la violence de genre à Cuba, mais pour remettre en question les familles qui protestent accompagnées de leurs enfants face à la profonde crise que traverse le pays ».
«Documenter chaque féminicide permet d'exiger des réponses face à l'impunité du régime», a conclu l'OGAT, qui a réitéré sa demande de déclarer un état d'urgence en raison de la violence de genre à Cuba.
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