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L'historique bâtiment Focsa, dans le quartier de El Vedado à La Havane, vient d'inaugurer un supermarché en dollars, marquant ainsi un nouvel avancement dans la dépendance croissante du régime cubain envers la monnaie américaine.
Le local, géré par CIMEX —filiale du conglomérat militaire GAESA— en partenariat avec l'entreprise espagnole Inversiones Pucara S.A. (Ipsa), a ouvert ses portes cette semaine au milieu d'attentes et de critiques, selon le rapport du journal indépendant 14ymedio.
Le marché, qui porte le label de la marque Supermix Market, dispose déjà d'étagères remplies de produits importés, allant des charcuteries et produits laitiers jusqu'aux aliments pour animaux de compagnie.
Cependant, l'attrait de l'offre est terni par les difficultés de paiement : la connexion bancaire est interrompue et les caissières n'acceptent que des billets verts en espèces. En raison du manque de monnaie, les clients reçoivent des bonbons ou des chocolats comme monnaie, a affirmé le média cité.
Les prix "moyens à élevés", selon les acheteurs interrogés, témoignent de l'exclusivité d'un commerce inaccessible à la plupart des Cubains, dont le salaire moyen ne dépasse pas 20 dollars par mois sur le marché informel.
La scène est d'autant plus contradictory qu'elle se déroule dans un immeuble qui, dans les années 50, symbolisait l'éclat de la bourgeoisie cubaine et qui, après 1959, a été nationalisé pour héberger de hauts fonctionnaires et des alliés du régime.
Le supermarché reflète non seulement la dollarisation partielle encouragée par La Havane depuis janvier dernier, mais aussi l'influence croissante des entreprises étrangères dans un marché dominé par le secteur militaire.
Ipsa, basée à Panama et présente sur l'île depuis 1997, s'est affirmée comme un fournisseur de vins, d'aliments et de boissons internationales, rivalisant même avec des marques nationales affaiblies par la crise de production.
Entre les coupures de courant et les pénuries généralisées, l'éclat du nouveau marché dans les sous-sols du Focsa contraste avec l'obscurité qui règne sur le reste du pays.
Expansion des magasins en dollars à Cuba
L'ouverture du supermarché au sous-sol du Focsa s'inscrit dans une tendance croissante vers la dollarisation du commerce de détail à Cuba.
Depuis le début de 2025, le gouvernement a encouragé la création et la réouverture de dizaines d'établissements n'acceptant que les devises, approfondissant l'écart entre ceux qui ont accès au dollar et la majorité de la population qui dépend du peso cubain dévalué.
En février, le Ministère du Commerce Intérieur a annoncé l'inauguration de 50 nouveaux magasins en dollars à travers le pays, tandis que peu après a discrètement ouvert à Holguín le local “Las Maravillas”, proposant des produits de parfumerie, de nettoyage et des articles pour bébés.
Ce même mois, CiberCuba a rapporté que le Centre Commercial Altahabana, à La Havane, a commencé à fonctionner exclusivement en dollars, avec des paiements autorisés en espèces, par cartes internationales ou cartes prépayées locales.
Pour mars, la politique de réouvertures avait déjà consolidé un circuit commercial en devises qui excluait le CUP et le MLC. En mai, le nombre d'établissements opérant uniquement en dollars dépassait 85 dans toute l'île, selon des rapports de presse.
Le phénomène s'est accentué au fil des mois. En juillet, CiberCuba a averti que la dollarisation des produits alimentaires et de première nécessité continuait de s'étendre, tandis que l'utilisation du MLC chutait de manière accélérée.
Cette tendance confirme que l'accès aux biens essentiels est de plus en plus conditionné par la capacité à obtenir des dollars américains, ce qui approfondit les inégalités sociales dans le pays.
GAESA et le nouveau supermarché en dollars, fragment d'un empire militaire ?
L'inauguration du marché dans les sous-sols du Focsa n'est pas un fait isolé, mais s'inscrit dans un cadre plus large qui fait partie de la stratégie économique du conglomérat militaire GAESA.
Des fuites récentes de documents financiers internes —obtenus par le Miami Herald et analysés par CiberCuba— révèlent un empire avec des actifs liquides supérieurs à 18 milliards de dollars, consolidant GAESA comme le véritable moteur économique du régime, même au-dessus des réserves de l'État.
Ces révélations montrent comment GAESA accumule des liquidités — plus de 76 % en dollars —, ne paie pas d'impôts en devises et reçoit des subventions étatiques continues, opérant en totale impunité et sans supervision citoyenne ni audit indépendant.
CIMEX, l'une de ses principales filiales et partenaire dans ce nouveau magasin, fait partie de cette structure, ce qui suggère que l'établissement du Focsa ne répond pas seulement à une stratégie commerciale, mais également à une expansion du contrôle militaire sur le commerce en devises fortes.
Le contraste est flagrant : tandis que le pays subit des coupures d'électricité massives, une pénurie de nourriture, de médicaments et des salaires minimums qui dépassent à peine les 16 dollars par mois, GAESA concentre d'immenses fortunes sans rendre de comptes.
Cette structure a été décrite par des analystes comme une "oligarchie cleptocratique", un État au sein de l'État qui privilégie ses bénéfices financiers au détriment de la satisfaction des besoins les plus urgents de la population.
Dans ce contexte, le nouveau magasin en dollars du Focsa n'est pas seulement un autre commerce exclusif : c'est la matérialisation de la stratégie économique d'un conglomérat militaire soutenu par le pouvoir politique, qui consolide son emprise et étend sa présence dans la vie quotidienne avec l'ouverture d'espaces réservés uniquement à ceux qui ont accès aux devises.
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