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Ramiro Valdés a 82 ans et il est l'un des piliers de l'appareil répressif le plus ancien du hémisphère occidental depuis plus de cinq décennies. Qu'il soit le porte-parole officiel du 26 juillet n'est pas un détail anodin : c'est la dictature cubaine qui s'envoie à elle-même une lettre d'amour signée du sang d'autrui.
Dans son discours, Valdés a affirmé que la Révolution "a libéré le peuple cubain". La question que personne dans cette assemblée n'a osé poser — car en Cuba, l'exprimer à voix haute a des conséquences — est la suivante : a-t-elle libéré le peuple, ou l'a-t-elle pris en otage ?
L'homme qui parle de libération fut le fondateur de la Sécurité de l'État cubaine, l'institution conçue spécifiquement pour surveiller, persécuter, emprisonner et faire taire ce même peuple. Sous sa tutelle directe en tant que ministre de l'Intérieur, le terrorisme politique s'est institutionalisé à Cuba. Les Unités Militaires d'Aide à la Production (UMAP), les camps de travail forcé où furent internés des religieux, des homosexuels et des « indésirables », ont prospéré sous la supervision de son appareil. Parler de libération avec un tel parcours exige une effronterie que seule l'impunité de plus de cinquante ans sans reddition de comptes peut produire.
Le catalogue des succès qui n'existent pas
Valdés a répété les mantras habituels : diplômés universitaires, enseignants, travailleurs de la santé qui "ont offert leur aide généreuse" à l'intérieur et à l'extérieur du pays. Il vaut la peine de décomposer cette phrase.
Les médecins cubains ne "fournissent pas une aide généreuse" à l'étranger. Ils sont envoyés par l'État en missions que le régime négocie lui-même comme des contrats de travail forcé avec des gouvernements tiers. L'État cubain s'approprie entre 75 % et 90 % de leurs salaires. Leurs passeports sont confisqués. Ils ont interdit de faire venir leurs familles comme mécanisme de contrôle. Ceux qui désertent sont séparés de leurs enfants pendant des années. Cela ne s'appelle pas de la solidarité internationale ; cela s'appelle de la traite des êtres humains avec le soutien de l'État, une pratique que des organismes internationaux documentent depuis des années.
Le système de santé que Valdés évoque comme une réussite montre des fissures de plus en plus évidentes. La pénurie de médicaments essentiels, la dégradation des infrastructures hospitalières et l'exode croissant des professionnels de la santé contredisent le récit officiel. Les médecins qui n'ont pas émigré travaillent avec des ressources insuffisantes. L'espérance de vie qu'il a lui-même citée comme un accomplissement est aujourd'hui un chiffre menacé par l'effondrement silencieux du système.
"Le pouvoir était à l'ambassade américaine."
Cette phrase, répétée depuis 1959 avec la fidélité d'un psaume, mérite également sa dose de critique. En 2014, le pouvoir à Cuba est entre les mains d'une élite militaire et civile qui contrôle le tourisme, les importations, les télécommunications et une grande partie de l'économie formelle. Le peuple cubain n'a pas accès à ce pouvoir. Les militaires et leurs proches, si.
La narration de l'impérialisme yankee comme unique cause de tous les maux cubains sert depuis plus d'un demi-siècle de bouclier sémantique avec lequel la dictature détourne la responsabilité de sa propre gestion. L'embargo américain existe et a des effets réels, mais aucun embargo n'explique l'absence de liberté de presse, la persécution systématique des opposants, ni le fait que Cuba continue d'être l'un des pays avec la plus forte émigration relative de l'hémisphère.
L'orateur et son héritage
Ramiro Valdés célèbre une révolution à laquelle il a contribué de manière décisive à la transformer en dictature. Il le fait dans une totale impunité, devant un public qui n’a aucune alternative pour protester, lors d'un événement dont la couverture médiatique est monopolisée par l'État. C'est, dans tous ses détails, le portrait d'un système qui reste en vie grâce à la coercition, non au consensus.
Qu'un homme de 82 ans, avec une telle biographie, continue d'être le visage officiel des célébrations les plus importantes du régime en dit plus sur l'état de Cuba que n'importe quel discours qu'il pourrait prononcer.
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