Dans une récente émission du Noticiero Nacional de Televisión (NTV), le journaliste officiel Oliver Zamora Oria a consacré son espace d'analyse aux mesures migratoires mises en avant par le président Donald Trump, en se concentrant sur le processus de déportations de Cubains depuis les États-Unis.
À travers son intervention, Zamora Oria a offert une vision critique du gouvernement américain, l'accusant de cynisme, d'opportunisme électoral et de mépris pour les droits humains des migrants. Il a également souligné qu'il s'agit d'une “terrible réalité” pour ceux qui, selon lui, ont un jour cru à la rhétorique républicaine.
Cependant, sa dénonciation a fini par tomber dans le vide en raison de l'escandalueuse incohérence du discours officiel cubain. Le même régime qui condamne avec véhémence les politiques migratoires étrangères est incapable de garantir des droits fondamentaux à ses propres citoyens, y compris ceux qui ont émigré un jour et ont ensuite décidé de revenir.
En effet, ce que Zamora Oria a décrit comme "une sorte de chute de masques" -une analogie curieuse venant d'un porte-parole du régime qui semble réclamer la nationalité espagnole- dans la politique extérieure américaine, s'ajuste parfaitement à la manière dont l'État cubain a historiquement géré la migration : comme un instrument de contrôle social, de pression diplomatique et de propagande.
Depuis les années soixante jusqu'à aujourd'hui, l'émigration a été manipulée par le pouvoir pour se débarrasser d'opposants, apaiser les tensions internes ou négocier avec d'autres gouvernements. En temps de crise, elle a été encouragée ; en temps d'apaisement, elle a été régulée. Mais en aucun cas elle n’a été considérée comme un droit humain fondamental : le droit d'émigrer et de revenir a toujours été conditionné par la loyauté idéologique, l'utilité politique ou la convenance économique.
C'est la grande contradiction que le reportage du NTV a délibérément omise. Tandis qu'à l'écran, on s'insurge contre la situation des Cubains faisant face à des procédures d'expulsion aux États-Unis, à l'intérieur de Cuba, ceux qui rentrent sont punis.
Le rapatrié, loin d'être accueilli à bras ouverts, doit se soumettre à un processus bureaucratique laborieux : demander un permis, payer des frais, fournir des documents médicaux et légaux, et dans de nombreux cas, passer par le filtre politique qui décide si son retour est ou non "convenable".
Mais même ceux qui traversent le labyrinthe des démarches et parviennent à se faire rapatrier ne récupèrent pas automatiquement leurs droits.
Il existe de multiples témoignages —dont certains ont été recueillis par CiberCuba au cours des dernières années— qui attestent de repatriés à qui on a refusé le droit de vote, l'accès à des propriétés, l'ouverture d'entreprises ou même la résidence légale dans leurs propres maisons familiales. Dans les cas les plus graves, des repatriés ayant investi dans de petites entreprises ont été emprisonnés pour avoir opéré en dehors du cadre légal étroit imposé par l'État.
Zamora Oria a parlé d'une “longue liste d'intimidations et de répression” dans la politique américaine. Mais il n'a pas mentionné qu'à Cuba, cette liste est également vaste et quotidienne. Elle inclut non seulement des rapatriés, mais aussi des activistes, des journalistes, des artistes, des opposants, des citoyens ordinaires qui critiquent le système ou qui exigent simplement le respect de leurs droits.
L'ambiance de "peur" que le journaliste a attribuée aux États-Unis pourrait tout à fait décrire le climat au sein de l'île : un climat où avoir un avis différent peut coûter la liberté ou l'accès à des services de base.
La critique de la “machine anti-cubaine de la Floride”, une autre cible du discours officiel, est également contradictoire. Le régime condamne les politiciens qui — selon sa vision — manipulent le sujet migratoire à des fins électorales. Pourtant, le gouvernement cubain lui-même a fait de la migration un outil de négociation politique et diplomatique.
En période de tensions bilatérales, il est arrivé d'utiliser la menace d'une vague migratoire comme pression sur Washington, tandis que lors de périodes d'ouverture plus marquée, il a encouragé l'envoi de remises et les investissements de Cubains à l'étranger sous le récit de "retrouvailles avec la patrie", sans pour autant modifier substantiellement les conditions de vie ou les droits de ceux qui rentrent.
En résumé, le régime cubain utilise le thème migratoire selon ses intérêts du moment. Lorsqu'il lui est utile dans sa bataille idéologique contre les États-Unis, il se présente comme défenseur des droits des émigrés. Lorsque les émigrés souhaitent revenir, il devient juge et gardien.
Il n'y a pas de cohérence, seulement du calcul politique. Il n'y a pas de volonté réelle de réconciliation, mais un besoin économique. Le Cubain hors de Cuba a de la valeur tant qu'il envoie des dollars. Celui qui revient a de la valeur tant qu'il ne dérange pas.
Ce qui est le plus préoccupant, c'est que ce double standard n'est ni occasionnel ni accidentel : il fait partie intégrante du système politique cubain. Les citoyens, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'île, sont traités de manière inégale selon leur relation avec le pouvoir.
L'émigré est utile lorsqu'il génère des revenus, mais suspect lorsqu'il exige des droits. Le rapatrié est le bienvenu s'il se tait, mais répudié s'il remet en question. Cette logique excluante viole non seulement des principes fondamentaux de justice et de citoyenneté, mais révèle également le vrai visage de l'État cubain : un visage qui ne tolère pas l'autonomie individuelle, même lorsqu'elle se manifeste sous la forme d'un retour à la maison.
Que la télévision officielle dénonce les déportations avec indignation peut sembler, en apparence, un geste humanitaire. Mais dans la bouche d'un régime qui n'autorise pas ses citoyens à entrer et sortir librement, qui criminalise la dissidence et qui administre les droits comme des faveurs, ce geste n'est que de la pure propagande. Ce n'est pas une véritable préoccupation : c'est du cynisme.
Y c'est ce que doivent comprendre tant les Cubains sur l'île que ceux qui vivent à l'étranger. Le véritable drame ne réside pas seulement dans la menace d'être expulsé d'un autre pays. Il est aussi — et surtout — dans l'incapacité de revenir avec dignité chez soi.
Parce que tant que le régime cubain considérera ses émigrés comme des pièces de négociation et ses rapatriés comme des citoyens de seconde zone, aucun discours sur les droits de l'homme ne pourra être pris au sérieux. Et aucun reportage ne pourra dissimuler la vérité fondamentale : que l'État cubain continue de ne pas respecter pleinement les droits de tous ses citoyens, où qu'ils se trouvent.
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