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Mientras Delcy Rodríguez prêta ce lundi le serment en tant que présidente par intérim du Venezuela devant une Assemblée nationale contrôlée par le chavisme, dans les rues et les couloirs du Palais législatif, une autre scène, beaucoup moins solennelle et profondément troublante, se déroulait, avec au moins quatorze journalistes et travailleurs de la presse arrêtés à Caracas par les forces de sécurité de l'État.
La dénonciation a été confirmée par le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP), qui a alerté que onze des détenus appartiennent à des médias et agences internationales et un à des médias nationaux. Bien que quatre aient été libérés quelques heures plus tard, au moins dix demeurent détenus, plusieurs d'entre eux dans une situation que le syndicat qualifie de disparition forcée.
Les arrestations ont eu lieu lors de la couverture de la mise en place du nouveau semestre de l'Assemblée nationale, le même endroit où Rodríguez prenait le pouvoir après la capture de Nicolás Maduro aux États-Unis.
Selon le SNTP, il a été interdit aux journalistes de diffuser en direct, d'enregistrer des vidéos ou de prendre des photos, une restriction qui a marqué le début d'une opération de contrôle et de répression.
Des fonctionnaires de la Direction Générale de la Contre-Intelligence Militaire (DGCIM) ont arrêté au moins trois communicateurs à l'intérieur même du Palais Législatif. Ils ont été transférés au commandement de la Garde Nationale situé sur place et ont été soumis à des examens minutieux de leurs téléphones portables.
Les agents ont exigé des mots de passe et ont examiné des photographies, des contacts, des conversations privées, des notes vocales, des comptes Instagram, des courriels et même des fichiers stockés dans le cloud.
Le cas du journaliste Daniel Álvarez, reporter de Televen, a exposé avec clarté la gravité de ces pratiques. Selon le SNTP, Álvarez a perdu la garde de son téléphone pendant une période où les fonctionnaires étaient sortis de l'endroit où il était retenu, avant d'être libéré.
Pour le syndicat, ces procédures ne compromettent pas seulement la vie privée et le secret professionnel, mais renforcent également un schéma de criminalisation de l'exercice journalistique au Venezuela.
La journée, qui devait marquer le début d'une nouvelle étape politique après l'arrestation de Maduro, s'est transformée en une démonstration de force contre la presse. Alors que dans l'hémicycle on parlait de paix, de dignité et de souveraineté, en dehors du discours officiel, les dénonciations de censure, d'intimidation et de répression se multipliaient.
Dans un communiqué diffusé le même jour, le SNTP a averti qu'il n'est pas possible de parler de transition démocratique tant que la persécution politique, la censure et les détentions arbitraires persistent.
Le syndicat a rappelé qu'actuellement, au moins 23 journalistes et travailleurs de la presse sont privés de liberté et que plus de 60 médias restent bloqués sur Internet.
Pour de nombreux Vénézuéliens, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, l'image est frappante : un serment présidentiel diffusé par les médias officiels et, en même temps, des reporters arrêtés pour avoir tenté de relater ce qui se passe. Une carte postale qui renforce l'idée que, même au milieu d'un tremblement de terre politique sans précédent, le contrôle de l'information reste une priorité pour le pouvoir à Caracas.
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