Un nouveau rapport dénonce l'ampleur de la surveillance numérique à Cuba et ses conséquences humaines



Illustration identifiant un cubain consultant son téléphone dans une rue de La Havane.Photo © Image générée par IA

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Le Premier Rapport Intégral sur la Surveillance Numérique à Cuba, présenté par l'organisation Prisoners Defenders, documente à travers des témoignages directs comment l'État a construit un système de surveillance qui pénètre la vie numérique, familiale et émotionnelle des citoyens, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'île.

Basé sur 200 déclarations de Cubains résidant à la fois à Cuba et en exil, l'étude révèle que la surveillance n'est ni sporadique ni accidentelle, mais qu'il s'agit d'une politique d'État systématique, articulée avec la répression policière, l'utilisation discrétionnaire de lois punitives et la manipulation de l'accès à Internet.

Le chiffre le plus frappant est que 98,5 % des déclarants ont affirmé avoir été victimes de menaces, de convocations, de sanctions, de détentions ou de représailles contre leurs proches en raison de leur activité numérique ou de leurs communications privées.

Les autorités cubaines ne se contentent pas de surveiller les publications publiques sur des réseaux sociaux tels que Facebook, WhatsApp ou X. Le rapport documente comment des messages privés, des audios, des captures d'écran et même des conversations en tête-à-tête ont été mentionnés lors d'interrogatoires policiers, souvent sans que les personnes concernées ne soient conscientes qu'elles étaient surveillées.

Près de la moitié des personnes interrogées ont constaté des accès non autorisés à leurs comptes, des changements de mots de passe ou des messages envoyés depuis leurs profils sans consentement, tandis que d'autres ont signalé avoir été contraints de débloquer leurs téléphones et de fournir des codes pendant des arrestations ou des interrogatoires.

La surveillance numérique, selon le rapport, ne se limite pas à l'écran. Après une publication critique ou une conversation délicate, le contrôle se déplace souvent dans la rue et à la maison. Plus de 84 % des participants ont déclaré avoir remarqué une surveillance physique après leur activité sur Internet, avec des patrouilles devant leurs maisons, des personnes observant depuis la rue, des filatures à moto ou en voiture et des visites de mise en garde. Dans certains cas, l'installation de caméras devant les habitations a même été signalée, créant un climat d'intimidation permanent.

Le contrôle s'exerce également à travers la connectivité. Seul 5 % des personnes interrogées ont déclaré n'avoir pas rencontré d'anomalies dans leur accès à Internet. Des coupures de données ciblées, des blocages de réseaux sociaux, une dégradation intentionnelle de la vitesse, des coupures de courant lors de manifestations et des restrictions à l'utilisation de VPN sont décrites de manière récurrente, notamment à des dates symboliques comme le 11 juillet ou lors de procès politiques.

À cela s'ajoute le coût élevé du service et la faible qualité de la connexion, des facteurs qui, selon le rapport, font partie d'une fracture numérique structurelle soutenue par le monopole d'État des télécommunications.

L’un des aspects les plus douloureux du rapport est l’impact sur les familles. Les représailles ne se limitent pas à ceux qui publient ou s’expriment, mais s’étendent aux parents, aux partenaires, aux enfants et aux frères et sœurs.

Des arrestations, des menaces, des convocations, des pertes d'emploi et des problèmes dans le système éducatif apparaissent comme des mécanismes habituels pour exercer des pressions et faire taire. Même des Cubains en exil ont rapporté comment leurs proches sur l'île ont été punis pour des publications faites depuis l'étranger, confirmant que la surveillance et la répression transcendent les frontières nationales.

Le résultat de cet enchevêtrement est un climat de peur persistant. Plus de la moitié des personnes ayant témoigné ont reconnu avoir modifié leur comportement numérique, en s'abstenant de publier sur la politique, en supprimant d'anciens messages, en abandonnant des groupes de messagerie, en fermant des comptes ou en recourant à l'anonymat.

La peur traverse tous les canaux de communication, des appels téléphoniques aux réseaux sociaux en passant par les applications chiffrées, sans qu'il existe un espace perçu comme vraiment sûr.

Le rapport conclut que la surveillance numérique à Cuba fonctionne comme un système intégré de contrôle social, visant à neutraliser le dissentiment, fragmenter les réseaux civiques et provoquer l'autocensure. Les auteurs avertissent qu'il ne s'agit pas seulement de technologie, mais d'un modèle politique qui utilise la peur comme outil de gouvernance, affectant non seulement la liberté d'expression, mais aussi la vie privée, familiale et émotionnelle de millions de Cubains.

Lors de la présentation du rapport, qui a eu lieu ce mardi par voie électronique, le président de Prisoners Defenders, Javier Larrondo, a déploré le niveau d'« autocensure » que le système a provoqué sur l'île.

"C'est incroyable le niveau d'autocensure... (il y a) de la peur dans la population de publier sur les réseaux ou même de parler sur WhatsApp", a déclaré selon l'agence Efe.

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