Hammer fait résonner les cloches de Camagüey lors de la Journée de la Candelaria : un appel à se libérer du passé et à renaître



Mike Hammer à Camagüey, devant la Cathédrale Notre-Dame de la CandelariaPhoto © Captura de vidéo Instagram / @usembcuba - Wikipedia

En ce jour de la Vierge de la Chandeleur, lorsque la tradition invite à couper avec l'ancien, à laisser derrière soi ce qui est flétri et à s'ouvrir à la lumière du nouveau, l'ambassadeur des États-Unis à Cuba, Mike Hammer, a partagé un message qui a acquis une profonde valeur symbolique au milieu de la tension politique que vit l'île.

« Ici, les cloches sonnent à Camagüey ! Que c'est beau ! Que c'est beau ! Que cela peut-il signifier ? On se voit dans les rues de Camagüey. À la prochaine ! », a déclaré Hammer dans une courte vidéo publiée sur le compte officiel de l'ambassade des États-Unis à Cuba, accompagnée du message : « Superbe lever de soleil à Camagüey. #AvecDesCubainsDebout ».

Le vidéo a été filmé devant le clocher de la Cathédrale Notre-Dame de la Candelaria, érigée au XVIIIe siècle et déclarée Basilique Mineure par le pape François en 2014.  

Depuis le haut de sa tour —symbole de foi, de résistance et de spiritualité camaguéyenne—, on a entendu ce lundi matin 2 février le doux carillonnement des cloches qui, aujourd'hui, s'associent à la lumière qui dissipe l'obscurité, à la purification et à la renaissance intérieure.

Dans l'imaginaire populaire, le 2 février, Jour de la Candelaria, marque un cycle de renouvellement : on taille l'ancien pour que le nouveau puisse croître. Dans la Cuba d'aujourd'hui, cette métaphore prend une signification politique inévitable. 

Un pays au bord du changement

Le message de Hammer intervient alors que le régime cubain tente de reformuler son discours diplomatique.

Pour la première fois en plus de six décennies, le ministère des Relations étrangères (MINREX) a publié une déclaration officielle sans mentionner le "blocus" ni faire allusion à "l'empire" ou au "socialisme". À la place, il a parlé de coopération technique, de lutte contre le terrorisme et de cybersécurité. 

Ce geste, interprété par les analystes comme une reddition discursive du castrisme, coïncide avec la pression croissante de Washington, suite à la capture de Nicolás Maduro par des forces américaines et à l'isolement énergétique de La Havane. 

La administration de Donald Trump et Marco Rubio a misé sur un cocktail de sanctions sévères avec des canaux discrets de dialogue et, apparemment, elle parvient à obliger le régime à adopter une posture conciliatrice pour survivre. 

Dans ce contexte, l'image de Hammer à Camagüey —ville historique, spirituelle et rebelle— se transforme en contrepoint parfait à la rhétorique du pouvoir : un diplomate souriant, parcourant les rues, saluant "les cubains de la rue", tandis que le régime s'efforce de changer le récit épuisé.

Les cloches et le message

Le carillonnement des cloches n'était pas un hasard. Dans la tradition chrétienne, la Candelaria annonce le passage de l'hiver spirituel, la rupture avec ce qui est stérile, la renaissance de la lumière

Dans le langage politique actuel, ces cloches résonnent pour une Cuba qui essaie de se détacher de son passé le plus sombre, pour une nation qui cherche à se réconcilier avec elle-même après des décennies de répression et de silence.

Sur les réseaux sociaux, le geste de Hammer a été reçu comme un message d'encouragement et de foi. "Les cloches sonnent pour une nouvelle Cuba", a écrit un utilisateur. D'autres ont souligné la coïncidence avec la fête mariale : "Aujourd'hui est le jour de couper le mort, et que ce qui est vivant fleurisse".

Le diplomate n'a pas eu besoin de mentionner la politique. Suffisaient l'image, le son et le contexte. Dans une semaine où le régime tente de réinventer son discours et le pays cherche à survivre au blackout économique, le tintement de la Candelaria résonne comme une déclaration de principes : l'espoir peut aussi être diplomatique.

À Camagüey, sous le soleil de février, les cloches ont de nouveau sonné. Et dans cet écho — entre la foi, l'histoire et la diplomatie — de nombreux Cubains ont entendu plus qu'un simple salut : une promesse de vie nouvelle, de rupture avec l'ancien, de renaissance.

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Iván León

Diplômé en journalisme. Master en diplomatie et relations internationales de l'École diplomatique de Madrid. Master en relations internationales et intégration européenne de l'UAB.