
Vidéos associées :
Carlos Fernández de Cossío, vice-ministre des Relations extérieures de Cuba et principal interlocuteur de La Havane avec Washington, a été au cours de la dernière décennie l'un des porte-parole les plus actifs de la narration officielle du régime cubain. Dans ce qui suit, nous analysons ses déclarations les plus pertinentes, classées selon leur degré de véracité à partir de sources documentaires, de rapports d'organismes internationaux, de vérifications journalistiques et de données croisées.
Mensonges (affirmations démenties par des preuves irréfutables)
1. "Il n'existe pas de prisonniers politiques à Cuba" / "Il n'y a pas d'arrestations arbitraires"
Contexte : En septembre 2025, lors d'une interview avec Mehdi Hasan de Zeteo News durant l'Assemblée Générale de l'ONU, Fernández de Cossío a affirmé qu'« il n'existe pas d'arrestations arbitraires à Cuba » et a nié l'existence de manifestants emprisonnés. Lorsque le journaliste a cité des rapports d'Amnesty International, il a exigé : « Avez-vous reçu des preuves de cela ? ».
Hechos: C'est peut-être le mensonge le plus documenté et réfuté du vice-ministre. Prisoners Defenders a enregistré 1.197 prisonniers politiques à la fin de 2025, avec 134 nouvelles arrestations rien que cette année. Amnesty International, Human Rights Watch et la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) ont documenté des schémas systématiques de criminalisation de la protestation et de détention arbitraire. Le gouvernement cubain lui-même a annoncé en janvier 2025 la libération de 553 prisonniers dans le cadre de négociations avec le Vatican et l'administration Biden — ce qui constitue en soi une admission implicite de leur existence. Plusieurs des libérés, comme José Daniel Ferrer et Félix Navarro, ont été réincarcérés par la suite.
Classification: MENSONGE DIRECT Contredit par la documentation de plusieurs organisations internationales et par les actions mêmes du régime.
2. "Amnistía Internacional est financée par des organisations antisocialistes."
Contexte : Lors de la même interview avec Zeteo News, lorsqu'il a été confronté à des rapports sur l'IA, il a répondu : « Qui finance Amnesty International ? Des organisations qui s'opposent au socialisme »
Hechos : Amnistie Internationale, fondée en 1961 et ayant son siège à Londres, se finance majoritairement grâce aux cotisations de plus de 10 millions de membres à travers le monde. Ses statuts interdisent expressément de recevoir des fonds de gouvernements ou de partis politiques. L'organisation a dénoncé avec la même fermeté des gouvernements de tout l'éventail politique : États-Unis (Guantánamo, brutalité policière), Israël (Gaza), Russie, Arabie Saoudite, Iran, Venezuela, entre bien d'autres.
Classification : MENSONGE DIRECT — Cherche à discréditer la source plutôt qu'à réfuter les faits documentés.
3. "Cuba a rempli tous les engagements convenus avec les États-Unis."
Contexte : En décembre 2024, lors de la XXIIe Série de Conversations sur Cuba dans la politique étrangère des États-Unis, il a affirmé : « Cuba a respecté tous les engagements qu'elle a pris [...] alors que le gouvernement des États-Unis ne les a pratiquement pas respectés ».
Hechos: Un fact-check publiée par Árbol Invertido (CubaChequea) a vérifié cette affirmation comme fausse, documentant de multiples manquements :
- Migración, accepter les déportés : Cuba figure sur la liste des pays "récalcitrants" de l'ICE pour avoir rejeté les migrants.
- Ne pas criminaliser l'émigration : Le Code pénal de 2022 punit "la sortie illégale" jusqu'à 8 ans de prison
- Traite des personnes : Cuba au niveau le plus grave (Tier 3) du rapport du Département d'État, aux côtés de la Chine et de la Corée du Nord.
- Droits de l'homme : Répression intensifiée après le 11J, +1 100 prisonniers politiques, pire pays d'Amérique Latine en matière de liberté de presse
Classification : MENSONGE DIRECT — Réfuté par des preuves documentaires concernant des manquements vérifiables en matière de migration, de traite des êtres humains et de droits humains.
4. Les élections cubaines sont comparables à celles du Royaume-Uni
Contexte : En septembre 2025, devant Mehdi Hasan sur Zeteo News, il a justifié l'absence d'élections présidentielles directes en disant : « Comme dans le gouvernement britannique, canadien ou australien, les gens n'élisent pas directement le chef du gouvernement, mais votent pour les parlementaires, et c'est le parlement qui désigne le leader. »
Hechos : La comparaison omet la différence essentielle : au Royaume-Uni, les électeurs choisissent entre plusieurs partis (conservateurs, travaillistes, libéraux, verts, etc.) avec des programmes distincts. À Cuba, il n'existe qu'un parti légal, le Parti Communiste, et les candidats à l'Assemblée nationale sont préalablement filtrés par des commissions de candidature contrôlées par l'État. DemoAmlat a documenté que « à Cuba, on vote, mais on ne choisit pas ». Le journaliste Hasan a immédiatement répliqué en soulignant cette différence fondamentale.
Classification : MENSONGE PAR ÉQUIVALENCE FAUSSE — Équilibre deux systèmes radicalement différents pour créer une apparence de légitimité démocratique qui n'existe pas.
Médias, vérités et manipulations
5. "Le blocus est le facteur principal (et pratiquement unique) de la crise économique cubaine."
Contexte : Voici le récit central et le plus répété de Fernández de Cossío. En juin 2025, dans une publication sur Facebook, il a affirmé : « Le blocus économique est le principal obstacle au développement économique de Cuba. Aucun autre facteur ne peut rivaliser par son impact ». En février 2026, face à CNN, il a attribué la crise énergétique exclusivement aux sanctions américaines.
Faits : L'embargo américain a un impact réel et documenté sur l'économie cubaine — cela est indéniable. Cependant, le présenter comme la seule cause ou la plus dominante est une manipulation. Des économistes comme Carmelo Mesa-Lago (dans une analyse pour le Real Instituto Elcano) identifient quatre causes, la première étant interne : le primat de la planification centrale et des entreprises d'État sur le marché. Une étude de Havana Consulting Group révèle que GAESA (entité militaire) contrôle plus de 70 % de l'économie, ce qui empêche des réformes structurelles. L'économie s'est contractée de 15 % en cinq ans, avec une inflation galopante (jusqu'à 470 % selon des estimations indépendantes), tandis que Cuba a refusé de suivre le modèle de réformes réussi de la Chine et du Vietnam.
Classification : MI-VERITÉ / MANIPULATION — L'embargo cause des dommages réels, mais le présenter comme la seule cause permet d'éluder la responsabilité pour l'échec du modèle économique et l'absence de réformes.
« Cuba ne représente aucune menace pour les États-Unis. Elle n'héberge pas le terrorisme et ne parraine pas le terrorisme. »
Contexte : Déclaration répétée à plusieurs reprises, y compris lors de l'entretien avec CNN en février 2026 : « Cuba ne représente aucune menace. Elle n'est pas agressive envers les États-Unis. Elle ne accueille pas le terrorisme ni ne le finance. »
Hechos : Cette affirmation contient une part de vérité : Cuba n'a pas la capacité militaire de menacer directement les États-Unis, et son inclusion sur la liste des États sponsors de terrorisme (SSOT) est remise en question par diverses organisations, y compris WOLA. Cependant, la déclaration omet sélectivement que Cuba a maintenu une collaboration avec les services de renseignement de pays adverses aux États-Unis, a abrité pendant des décennies des fugitifs de la justice américaine, et a un historique documenté de liens avec le trafic international de drogue (le cas du général Arnaldo Ochoa en 1989 est emblématique). Un rapport du Center for a Free Cuba documente extensivement l'implication historique du régime dans le narcotrafic. De plus, Cuba fournit des conseils aux appareils de sécurité du Venezuela et du Nicaragua, des régimes accusés de violations graves des droits de l'homme.
Classification : MOITIÉ VÉRITÉ — Cuba ne représente pas une menace militaire conventionnelle, mais l'affirmation selon laquelle elle "ne fait pas de terrorisme" et ne collabore pas avec des acteurs hostiles omet des preuves substantielles.
7. "Cuba est prête pour un dialogue sérieux et respectueux avec les États-Unis."
Contexte : En février 2026, devant CNN et Reuters, il a affirmé : « Cuba est prête pour un dialogue bilatéral sérieux et significatif ». Cependant, lors de la même série d'entretiens, il a écarté la discussion sur la libération des prisonniers politiques : « Nous ne voyons pas de raison, nous ne voyons pas quel lien un sujet a avec l'autre »
Faits : La "disposition au dialogue" s'accompagne de conditions qui excluent les sujets centraux pour la communauté internationale : les prisonniers politiques, les droits de l'homme, les libertés civiles et les réformes du système politique. Fernández de Cossío a comparé la discussion sur les prisonniers politiques à celle sur « les rafles de migrants à Minneapolis » ou « la Constitution des États-Unis » — une fausse équivalence entre des politiques migratoires discutables et l'incarcération pour des motifs politiques. Ce "dialogue" est une offre vide qui cherche le levée des sanctions sans contrepartie en matière de droits fondamentaux
Classification : MANIPULATION — L'offre de dialogue est réelle sur le plan formel mais trompeuse sur le fond, en excluant a priori tout débat sur les sujets qui motivent les sanctions.
8. "L'aide humanitaire des États-Unis est hypocrite."
Contexte : En février 2026, Fernández de Cossío a qualifié l'envoi de 6 millions de dollars d'aide humanitaire de « assez hypocrite », écrivant sur X : « appliquer des mesures coercitives draconiennes pour priver des millions d'habitants des conditions de base et ensuite annoncer des soupes et des conserves pour quelques-uns ».
Faits : Il existe une certaine logique à souligner la contradiction entre des sanctions sévères et une aide humanitaire limitée. Cependant, la manipulation réside dans le fait que le régime cubain rejette systématiquement ou conditionne l'aide internationale, ne met pas en œuvre de réformes qui pourraient atténuer la crise, et critique simultanément toute assistance qui arrive. Le sous-secrétaire d'État Jeremy Lewin a attribué la pénurie à la gestion interne, et non à l'embargo. De plus, le régime n'explique pas pourquoi GAESA, qui contrôle 70 % de l'économie cubaine, ne consacre pas de ressources propres à la crise humanitaire
Classification : MANIPULATION — Contient un élément valide de critique mais l'utilise pour éluder toute responsabilité personnelle concernant la crise.
9. "L'impérialisme tente de déstabiliser Cuba" / "Guerre cognitive et médiatique"
Contexte : En août 2025, Fernández de Cossío a dénoncé : « L'impérialisme s'est engagé dans un effort extraordinaire pour déstabiliser Cuba cet été, briser la paix [...] Il le complète par la guerre cognitive et communicationnelle, visant à déprimer l'esprit ».
Faits : Les États-Unis ont effectivement intensifié les sanctions et la pression diplomatique, ce qui est un fait vérifiable. Cependant, cette narrative a pour fonction de cataloguer tout mécontentement interne comme étant le produit d’une opération étrangère, déléguant ainsi les véritables protestations de Cubains qui font face à des coupures de courant de plus de 20 heures, à la pénurie de nourriture et de médicaments, ainsi qu'à une pauvreté croissante. Qualifier les critiques de « marionnettes » est une stratégie de déshumanisation du dissentiment politique légitime
Classification : MANIPULATION — Mélange de faits réels (sanctions) avec une narration conspirationniste qui annule la légitimité de la protestation citoyenne.
Patrón discursif
L'analyse révèle un modèle de propagande cohérent et systématique que Fernández de Cossío exécute avec une habileté diplomatique :
- Négation absolue de ce qui est indéniable (prisonniers politiques, répression), suivant le précédent établi par Raúl Castro devant Obama en 2016
- Attaque au messager : lorsqu'il est confronté à des preuves, il discrédite la source (Amnesty, HRW, médias) au lieu de réfuter les faits
- Externalisation totale : toute crise interne est de la responsabilité des États-Unis, jamais du modèle économique ou des décisions du régime
- Faux équivalences : comparer le système cubain avec des démocraties consolidées ou assimiler la discussion sur les prisonniers politiques à des sujets de politique interne des États-Unis.
- Dialogue comme outil tactique : offrir des conversations conditionnées à exclure tout ce qui est substantiel, projetant une image d'ouverture tout en maintenant intacte la structure répressive
Ce modèle n’est pas exclusif à Fernández de Cossío ; il s’agit de la ligne officielle du MINREX cubain, également reproduite par Bruno Rodríguez Parrilla, Johana Tablada et l’actuel Díaz-Canel. Cependant, Cossío l’exécute avec une sophistication particulière devant des médias internationaux anglo-saxons, où son ton calme et ses arguments circulaires peuvent s’avérer plus difficiles à déconstruire en temps réel — comme l’a démontré le journaliste Mehdi Hasan lorsqu’il a réussi à le mettre en lumière dans Zeteo News en insistant avec des noms et des données concrètes.
Archivé dans :
Article d'opinion: Las declaraciones y opiniones expresadas en este artículo son de exclusiva responsabilidad de su autor y no representan necesariamente el punto de vista de CiberCuba.