Le ministre des Affaires étrangères cubain, Bruno Rodríguez Parrilla, est arrivé ces dernières heures à Moscou pour une visite officielle qui culmine par une rencontre clé avec le président russe, Vladímir Poutine, au milieu de la profonde crise énergétique que traverse Cuba.
Le Kremlin a confirmé que la réunion se tiendra ce mercredi au Kremlin.
Le porte-parole présidentiel russe, Dmitri Peskov, a souligné la pertinence de la rencontre dans le contexte actuel pour l'île.
"La réunion revêt une importance particulière compte tenu des moments difficiles que traverse notre amie et sœur Cuba", a déclaré lors de sa conférence de presse téléphonique quotidienne, selon l'agence EFE.
Peskov a insisté sur le fait que Moscou maintient sa position historique contre les sanctions américaines. "La Russie s'est prononcée de manière cohérente contre le blocus de l'île, tout comme de nombreux autres pays dans le monde," a-t-il affirmé.
"Nous avons des relations avec Cuba, et nous les valorisons hautement. Nous avons l'intention de les développer davantage et, bien sûr, de continuer à fournir l'aide nécessaire à nos amis en ces temps difficiles”, a-t-il ajouté.
Visite sans annonce préalable et silence officiel à La Havane
La présence de Rodríguez à Moscou n'avait pas été annoncée au préalable par les autorités cubaines et n'a pas non plus été documentée par les médias officiels jusqu'à présent.
Jusqu'à la rédaction de cette note, ni le profil officiel du Ministère des Relations Étrangères de Cuba (MINREX) sur les réseaux sociaux, ni les comptes du ministre lui-même ni de la Présidence de Cuba n'ont informé de l'arrivée de Bruno Rodríguez en Russie, et ce, malgré le fait que le ministre a déjà eu plusieurs réunions au cours de la journée d'aujourd'hui.
La dernière publication du chancelier et du MINREX - jusqu'à la publication de cette note - est un message de félicitations aux musulmans de Cuba et du monde entier pour le début, ce 18 février, du Ramadan.
Seule la page du MINREX a publié une brève note de presse concernant la première rencontre de Bruno Rodríguez à Moscou ce mercredi.
Le caractère discret avec lequel le gouvernement cubain a géré jusqu'à présent la visite attire l'attention, d'autant plus qu'il s'agit d'une rencontre au plus haut niveau avec le président russe à un moment de grande sensibilité économique et géopolitique pour l'île.
Rencontre à la Douma d'État
Avant son rendez-vous avec Poutine, Bruno Rodríguez a commencé son agenda à Moscou par une rencontre au siège de la Douma d'État de l'Assemblée fédérale de Russie.
En tant qu'émissaire spécial du gouvernement cubain, il a été reçu par Iván Melnikov, premier vice-président de l'organe parlementaire.
Selon les informations fournies ultérieurement par le MINREX, les deux parties ont échangé sur "l'excellent état des liens bilatéraux" et le haut niveau de coopération interparlementaire entre l'Assemblée nationale du Pouvoir populaire et la Douma russe.
Rodríguez a remercié le soutien de la Fédération de Russie face aux difficultés économiques auxquelles l'île est confrontée, dans un contexte que La Havane attribue au durcissement de la politique américaine.
Pour sa part, Melnikov a transmis ses salutations au général d'armée Raúl Castro, au dirigeant Miguel Díaz-Canel et au président du Parlement cubain, Esteban Lazo.
Moscou écarte tout lien avec les négociations sur l'Ukraine
En ses déclarations de ce mercredi, Dimitri Peskov a rejeté l'idée que le renforcement de la coopération avec Cuba puisse affecter les négociations en cours sur l'Ukraine, qui bénéficient d'une médiation américaine et se poursuivent ce mercredi à Genève.
« Nous ne pensons pas que ces questions soient liées », a déclaré Peskov, en référence aux avertissements concernant de nouveaux tarifs lancés à la fin janvier par le président américain, Donald Trump.
Depuis le Ministère des Affaires étrangères russe, la porte-parole María Zajárova a renforcé le message de soutien politique à La Havane.
«Nous exprimons notre ferme solidarité avec La Havane face à la pression extérieure sans précédent, tant économique que coercitive», a déclaré lors d'une conférence de presse.
Zajárova a rappelé que Cuba vit depuis près de soixante-dix ans “dans des conditions de blocage illégitime, inhumain, économique, commercial et financier des États-Unis”; et a soutenu que cette pression “a été renforcée après les actions militaires de Washington au Venezuela le 3 janvier dernier”.
Les médias russes ont souligné que la rencontre entre Poutine et Rodríguez s'inscrit dans une stratégie plus large du Kremlin pour consolider des alliances en dehors de l'axe occidental.
« Il est évident que cette réunion est particulièrement significative compte tenu de la période difficile que traverse notre ami et frère pays », a réaffirmé Peskov.
Zajárova, pour sa part, a qualifié Cuba d'« ami proche et partenaire stratégique de la Russie » ; elle a souligné une « relation solide et éprouvée de respect mutuel et de soutien pendant près de sept décennies ».
Énergie et géopolitique
Le contexte de la rencontre entre Poutine et Rodríguez est avant tout énergétique, mais aussi politique.
Cuba traverse l'un de ses moments les plus critiques en matière de production d'électricité et d'approvisionnement en combustibles ces dernières années, avec des coupures de courant prolongées et une paralysie partielle de certains secteurs productifs.
La pénurie a également eu un impact sur les entreprises étrangères implantées dans le pays et a même contraint des compagnies aériennes russes à suspendre leurs vols vers La Havane et à rapatrier des milliers de touristes en raison du manque de carburant.
Dans ce contexte, Moscou a récemment indiqué qu'il est en contact avec les autorités cubaines et qu'un approvisionnement en pétrole pour le régime cubain est prévu, ce qui n'est pas arrivé depuis l'envoi de 100 000 tonnes de brut en février 2025.
Le rétablissement éventuel de ces envois pourrait devenir un bouffée d'oxygène pour le régime au milieu d'une crise énergétique qui a contraint à des plans de contingence avec des services minimums dans les hôpitaux, du télétravail dans les bureaux d'État et un rationnement extrême dans les stations-service.
La rencontre au Kremlin, qualifiée par Moscou de "particulièrement importante", se profile comme le moment central de l'agenda de Rodríguez en Russie et comme un signe du poids stratégique que les deux parties accordent à la relation bilatérale dans un contexte international marqué par la confrontation entre Moscou et l'Occident.
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