L'ambassadeur du régime cubain en République Dominicaine, Ángel Arzuaga Reyes, est apparu sur la scène cette semaine avec un répertoire déjà connu de la soi-disant "diplomatie révolutionnaire".
Dans une interview télévisée réalisée à Saint-Domingue pour l'espace informatif El Día, le diplomate a nié l'évidence de répression sur l'île, a défendu l'existence d'un parti unique (le communiste) et a réinterprété l'histoire à son avantage pour justifier l'absence de pluralisme politique sur l'île.
Faisant preuve du cynisme typique du ministère dirigé par Bruno Rodríguez Parrilla, le fonctionnaire a affirmé qu'à Cuba « personne n'est emprisonné pour avoir des pensées » et que le pays organise des élections tous les cinq ans, bien qu'il ait précisé, sans partis qui « disputent le pouvoir », car le pouvoir, selon sa formulation, « appartient au peuple ».
De plus, il a affirmé que le multipartisme "n'a pas donné de résultats" à Cuba et que le modèle actuel bénéficie d'un soutien majoritaire.
La mise en scène ne s'est pas révélée nouvelle, mais elle a été révélatrice du moment. La République dominicaine s'est éloignée de La Havane ces dernières années et s'est alignée sur la politique américaine envers les Caraïbes.
Dans ce contexte, l'ambassadeur a tenté de projeter une image de normalité institutionnelle qui contrastait avec la réalité documentée par des organismes internationaux et des organisations indépendantes.
L'affirmation selon laquelle personne n'est emprisonné à Cuba en raison de ses idées se heurte à un fait difficile à dissimuler : des dizaines d'opposants, d'activistes et de journalistes indépendants ont été poursuivis ces dernières années pour des infractions pénales telles que "désobéissance", "troubles à l'ordre public", "propagande ennemie" ou "atteinte".
L'argument officiel est généralement le même que celui répété par le diplomate lorsqu'on l'a interrogé sur la répression contre les membres du projet El4tico : ce n'est pas la pensée qui est punie, mais les délits. Le problème est que, dans le cadre légal cubain, exprimer un désaccord politique peut, avec une notable flexibilité interprétative, devenir un délit.
En affirmant qu'il y a des élections à Cuba, l'ambassadeur a omis un détail essentiel : il n'existe pas de vraie concurrence politique. Le Parti communiste de Cuba est la seule force légale reconnue et la Constitution de 2019 le définit comme « force dirigeante supérieure de la société et de l'État ».
Dans ce cadre institutionnel, l'alternance n'est pas une possibilité, mais une hérésie. Présenter ce schéma comme équivalent à une démocratie pluraliste est, pour le moins, un exercice rhétorique mensonger.
Le fonctionnaire a également défendu l'idée que le multipartisme a historiquement échoué sur l'île et que, par conséquent, le parti unique est une solution éprouvée.
L'explication, simplifiée à l'extrême, a réduit l'histoire républicaine complexe à une narration binaire où tout ce qui précède 1959 a été disqualifié sans nuances. Que plus de six décennies plus tard, le système politique continue de ne pas permettre la formation de partis alternatifs ne semble pas, dans sa logique, un manque démocratique, mais plutôt une vertu préventive.
Invoker la validation populaire de la Constitution de 2019 comme preuve concluante de pluralisme démocratique nécessite un acte de foi considérable, c'était un autre des moments délirants que son intervention a laissé.
Le ton de l'ambassadeur oscillait entre le slogan répété et l'affirmation catégorique, mais il évitait de s'engager sur des cas concrets de détentions pour des motifs politiques. Plus que de convaincre, le discours semblait ancré dans des formules d'une autre époque.
Dans un contexte régional où plusieurs gouvernements ont durci leur position vis-à-vis de La Havane, insister sur le fait que le parti unique est la plus haute expression de la volonté populaire et que la liberté d'expression ne connaît pas de limites substantielles semble moins un argument solide qu'un manuel diplomatique obsolète.
La paradoxe est évidente : tandis que l'ambassadeur parle d'un système où le peuple exerce le pouvoir sans intermédiaires partisans, ce même peuple ne peut pas s'organiser politiquement en dehors de la structure officielle.
La narration peut se répéter avec une discipline obtuse, mais la réalité — de plus en plus visible à l'intérieur et à l'extérieur de l'île — s'avère plus difficile à cadrer dans des slogans.
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