La crise des déchets à La Havane a de nouveau été mise en lumière suite à la dénonciation publique du directeur artistique cubain Luis Lacosta, qui a remis en question la manière dont une opération de collecte des déchets a été réalisée - puis abandonnée - au coin de son domicile.
Dans une publication du lundi 2 mars sur Facebook, Lacosta a raconté ce qui s'est passé le samedi précédent, lorsqu'ils sont arrivés sur place avec trois camions-bennes, une équipe de nettoyage de fosses qu'il a décrite comme "sophistiquée, magnifique", un camion-citerne et une équipe de collecte avec une grande pelle ou cuillère.
Selon ses explications, les travailleurs ont indiqué qu'ils venaient de Marianao et que, "par solidarité", ils ramasseraient les déchets accumulés, qui n'avaient pas été retirés depuis près d'un mois.
"Jusqu'ici, nous commencerions à être heureux (avec si peu)", écrivit-il avec ironie. Cependant, l'enthousiasme ne dura pas longtemps.
Selon son témoignage, les ouvriers ont travaillé à peine 20 minutes, ont regroupé une partie des déchets en une grande montagne et puis sont partis. "PUF ! Ils sont partis en disant qu'ils viendraient la ramasser le lendemain dimanche", a-t-il raconté.
Le dimanche s'est écoulé sans qu'ils ne reviennent. "Le dimanche est terminé et encore une fois, rien !" a-t-elle dénoncé.

Pour Lacosta, ce qui s'est passé n'était pas un simple retard, mais une démonstration d'improvisation et de désorganisation institutionnelle. "Cela ressemble à une grande moquerie", a-t-il affirmé, avant de poser la question : "Si samedi, ils étaient déjà sur les lieux, pourquoi n'ont-ils pas ramassé les déchets solides ? Et qu'en est-il du carburant usagé ?".
Et il a conclu son message par une question qui résume sa frustration : "Est-ce ainsi que ce pays va de l'avant ?".
L'artiste a accompagné sa dénonciation de deux vidéos. Dans la première, on voit l'équipe de ramassage utilisant une pelle mécanique pour déplacer les déchets accumulés.
Dans le second, enregistré lundi à 14h03, on remarque que l'énorme colline de déchets a été enlevée, mais l'endroit restait recouvert de petits débris éparpillés sur le sol, preuve qu'un nettoyage complet n'a pas été effectué et que la zone n'a pas été balayée.
Dans le post, Lacosta a invité ceux qui voyaient les images à tirer leurs propres conclusions sur la question de savoir si l'on peut réellement considérer que le problème a été résolu. Son interrogation vise à montrer que retirer partiellement les déchets sans achever l'assainissement de la zone ne constitue pas une solution véritable, mais juste un geste superficiel.
La situation décrite par le directeur artistique n'est pas isolée. Dans toute La Havane, les déchets solides restent des semaines aux coins des rues et sur les avenues, formant des décharges improvisées qui sont devenues partie du paysage quotidien.
Le manque de carburant pour les camions de collecte, la détérioration du parc automobile et la pénurie de pièces de rechange ont été signalés par les autorités comme des causes de l'effondrement du service.
En l'absence de collecte systématique, de nombreux habitants ont choisi de brûler les déchets pour réduire les amas accumulés, une pratique qui génère une fumée toxique et augmente les risques sanitaires.
La semaine dernière, le Premier ministre Manuel Marrero Cruz a appelé la population à participer à une journée de nettoyage massive dans la capitale.
Lors d'une visite à la décharge de Marianao, il a appelé à "continuer à lutter malgré les difficultés" et a annoncé la mobilisation de plus de 450 équipes pour soutenir le ramassage, en privilégiant le assainissement du centre vers la périphérie.
Cependant, l'expérience rapportée par Lacosta suggère que les opérations ponctuelles ne résolvent pas le problème structurel.
L'accumulation de déchets reste l'un des signes les plus visibles de la détérioration des services publics à Cuba, au cœur d'une profonde crise économique et énergétique qui impacte directement la qualité de vie de la population.
Pendant ce temps, les Habaneros continuent de vivre avec les déchets devant leurs maisons, espérant que la collecte sera efficace et soutenue. Comme l'a écrit Lacosta avec résignation au début de sa publication : "Mieux vaut que j'attende assis".
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