L'acteur et militant cubain Roberto San Martín a publié hier sur X une vidéo adressée aux Cubains dans laquelle il établit une distinction fondamentale entre l'optimisme et l'espoir, et lance un appel à la résistance active dans l'un des moments les plus difficiles qu'ait connus l'île depuis des décennies.
Le message, publié sous le hashtag #abajoladictaduracastrista, a accumulé plus de 7 300 vues, 523 likes et 18 commentaires en moins de 24 heures. San Martín, exilé depuis plus de 21 ans et connu pour sa participation à des productions comme Habana Blues et la série espagnole Montecristo, parle d'une expérience personnelle, et non d'une théorie.
"Je ne te demande pas d’être optimiste. L'optimisme dit que tout ira bien. Je ne sais pas si tout ira bien. J'ai vécu des choses qui m'ont appris que ce n'est pas toujours le cas. Que parfois, on perd, que parfois il n'y a pas de justice. Que parfois la fin que tu méritais n'arrive pas. Donc je ne viens pas te demander d'être optimiste," affirme San Martín dans la vidéo.
À la place, il propose quelque chose de plus concret et plus exigeant : "Je te demande de continuer à agir même si tu ne crois pas que cela sert à quelque chose. Que tu continues à écrire même si personne ne lit. Que tu continues à parler même si personne n'écoute. Que tu continues à apparaître même si tu ne vois pas de résultats. Que tu continues d'être qui tu es. Même si le monde ne sait pas encore quoi faire de toi."
Pour San Martín, l'espoir n'est ni une émotion ni une certitude réconfortante. "L'espoir n'est pas une émotion. C'est une pratique", résume-t-il. Et il ajoute : "C'est tout ce dont l'espoir a besoin. Pas de foi aveugle. Pas de certitude que tout s'améliore. Juste l'acte. Le prochain pas. Le prochain mot. La prochaine fois que tu décides de ne pas disparaître."
L'acteur souligne que cette leçon, il ne l'a apprise dans aucun livre ni aucune conférence : "Je l'ai apprise durant les jours où il n'y avait aucune raison apparente de continuer. Et j'ai continué quand même. Non pas parce que je savais que cela en valait la peine. Mais parce que c'était la seule chose que je savais faire. Et il s'est avéré que c'était suffisant."
Le vidéo arrive à un moment de profond épuisement pour la communauté cubaine. Cuba traverse en mars 2026 des coupures de courant de plus de 20 heures par jour, une inflation que des estimations privées évaluent à 70% et le collapse de l'approvisionnement en carburant suite à la perte du pétrole vénézuélien. Entre 2021 et 2025, environ deux millions de Cubains ont quitté l'île.
Le jour précédant la publication de la vidéo, le président Miguel Díaz-Canel a reconnu publiquement pour la première fois que pour aborder la crise énergétique, témoignage du niveau de pression auquel fait face le régime. Dans ce même contexte, l'exil cubain a signé à Miami l' "Accord de Libération", avec des phases visant à démanteler le Parti Communiste et à convoquer des élections libres.
San Martín est ceci, il est hors de Cuba depuis plus de deux décennies sans y être retourné. À son arrivée à Miami, il a dû conduire pour Uber pour survivre, et a combiné sa carrière artistique avec un activisme soutenu : il s'est manifesté devant l'ambassade cubaine à Washington après le 11J de 2021 et a dénoncé les tentatives de la Sécurité de l'État de le lier à des réseaux d'opposition.
Rosa María Payá a synthétisé le sentiment d'une grande partie de l'exil vendredi dernier : "La seule issue à la crise est la fin de la dictature."
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