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L'acteur cubain Luis Alberto García a exprimé ce dimanche sa frustration face au silence des médias officiels concernant les multiples manifestations survenues récemment dans le pays et a remis en question la crédibilité du système d'information d'État.
“Je pensais qu’au moins hier, lors de la Journée de la ¿Prensa?, la presse ne serait pas aussi pressée que d’habitude”, a écrit l’artiste sur son profil Facebook, en faisant allusion au contraste entre la couverture officielle et ce qui circulait sur les réseaux sociaux.
Selon García, de nombreux Cubains ont pris connaissance des manifestations de la nuit précédente par le biais de plateformes numériques, de médias étrangers ou de publications de citoyens sur leurs propres profils, tandis que les médias nationaux omettaient ces faits.
L'acteur a critiqué le fait que la presse officielle se limite à relater des événements historiques, des activités institutionnelles ou des résultats sportifs tout en ignorant des événements actuels qui affectent la société cubaine.
« Que l'on ne parle pas de quelque chose qui s'est produit parce que cela ne leur plaît pas ou leur semble inapproprié ne "réinitialise" pas l'événement par magie », a-t-il affirmé. « Ce n'est pas un monde de zéros et de uns. C'est l'histoire de maintenant. »
Dans sa réflexion, García a défendu que la liberté d'information et d'expression aurait dû être une conquête depuis des décennies à Cuba, considérant que cela permettrait un débat ouvert qui renforcerait la participation citoyenne.
Il a également remis en question le contrôle politique sur les idées et la narration publique. « Les idées ne peuvent pas appartenir à un Ministère des Idées », a-t-il écrit. « Quand on parle de bataille des idées, il n'y a pas de telle bataille s'il n'y a pas coexistence et affrontement des idées différentes. »
Les déclarations de l'acteur interviennent dans un contexte où la direction cubaine a de nouveau revendiqué le rôle politique des médias d'État.
Lors d'une rencontre avec des journalistes tenue ce samedi, à l'occasion de la Journée de la Presse Cubaine, le secrétaire d'Organisation du Comité Central du Parti Communiste, Roberto Morales Ojeda, a défendu la fonction idéologique de la presse officielle et a appelé à renforcer le système médiatique étatique.
Lors de cette même réunion, le dirigeant Miguel Díaz-Canel a qualifié les médias officiels de “tranchée” dans la défense de la narrative du régime.
Le discours officiel intervient à un moment de grandes difficultés pour le système médiatique d'État.
Début mars, le Bureau Politique du Parti Communiste a décidé de réduire drastiquement la diffusion de la presse imprimée en raison d'un manque de papier, de carburant et de ressources financières.
Depuis le 2 mars, les journaux nationaux Granma et Juventud Rebelde ont commencé à être imprimés une seule fois par semaine, tandis que les journaux provinciaux ne circulent plus sous format physique.
Les autorités ont essayé de compenser cette réduction en promouvant les plateformes numériques des médias officiels, bien que l'accès limité à Internet et le manque de dispositifs technologiques continuent de représenter un obstacle pour de nombreux citoyens.
En même temps, le modèle médiatique cubain reste sous le contrôle direct du Parti Communiste, qui définit les orientations éditoriales et le cadre légal de l'exercice journalistique sur l'île.
La Loi sur la Communication Sociale reconnaît uniquement les médias liés à l'État et au PCC, tandis que le journalisme indépendant continue d'être persécuté et soumis à des pressions, des interrogatoires, à la confiscation de matériel et à des blocages numériques.
Dans ce contexte, les critiques du système d'information cubain soulignent que la presse d'État ne fonctionne ni comme un contre-pouvoir ni comme un espace de contrôle public, mais comme un appareil subordonné au projet politique du régime.
Cette structure, selon diverses analyses sur le système médiatique de l'île, privilégie la défense de la narration officielle et réduit l'autonomie éditoriale des journalistes, ce qui se traduit par des silences informatifs, des retards dans la couverture des crises et une perte de crédibilité croissante auprès de la citoyenneté.
En parallèle, la couverture des récentes manifestations enregistrées dans des villes comme Morón, à Ciego de Ávila, a de nouveau mis en évidence le fossé entre le récit officiel et ce qui circule sur les réseaux sociaux et dans les médias indépendants.
Dans plusieurs vidéos diffusées sur internet, on voit des citoyens marcher, frapper des casseroles et crier des slogans tels que “Liberté!” et “Patrie et Vie!”, tandis que le journal provincial Invasor a décrit les faits comme de simples “actes de vandalisme”.
La critique de García s'inscrit ainsi dans un questionnement public croissant sur le rôle de la presse officielle à Cuba, dont la crédibilité s'est détériorée ces dernières années face à la perception qu'elle répond davantage aux orientations politiques du pouvoir qu'aux besoins d'information de la société.
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