Expert en transitions démocratiques, Rodríguez Arechavaleta : "Il faut tempérer les attentes concernant Cuba."



Carlos M. Rodríguez ArechavaletaFoto © CiberCuba

Le politologue cubain Carlos Manuel Rodríguez Arechavaleta, chercheur à l'Université Ibero-américaine de Mexico et spécialiste de la transition, avertit que les conversations entre Cuba et les États-Unis ne sont pas une négociation entre égaux et que le scénario le plus probable n'est pas la démocratie, mais des ajustements contrôlés sans changement politique réel, ce qui l'amène à appeler à réduire les attentes.

Ce scénario de réformes partielles contrôlées, similaire au modèle vietnamien, exige, à son avis, une flexibilisation économique dans le cadre unipartite, avec une répression sélective plus efficace, mais sans toucher au noyau politique.

"Sans fractures, il est impossible d'avoir une transition ; tant qu'il y a une cohésion au sein de l'élite, le régime sera efficace dans le contrôle de sa réforme interne, qui ne sera jamais une réforme politique", a-t-il affirmé.

C'est pourquoi il appelle à réduire les attentes : "Je réduirais les attentes à court terme", a-t-il clairement déclaré, écartant l'idée que les conditions actuelles pourraient mener à une véritable démocratisation à court terme.

Lors d'une interview avec CiberCuba, le docteur en Sciences Politiques a été direct : "Le terme négociation est trop chargé pour ces conversations" qui sont des échanges bilatéraux entre deux pays, deux états, sur lesquels pèse une relation d'hostilité qui se traduit par de la méfiance.

À son avis, l'asymétrie est structurelle et déterminante : Cuba négocie depuis une situation de survie économique extrême, sans électricité, sans médicaments et sans aliments, face à une superpuissance aux multiples intérêts géopolitiques. "C'est un pays vraiment en situation de survie face à une puissance qui a de nombreux intérêts géopolitiques", a souligné l'analyste.

Chaque acteur arrive à la table avec des objectifs radicalement différents, ajoute l'expert. Du côté américain, Rodríguez Arechavaleta identifie le secrétaire d'État Marco Rubio comme le véritable stratège du processus, sous pression de l'exil cubain — qu'il qualifie d'« acteur de veto » — et conditionné par une année électorale. Du côté du régime, les lignes rouges sont immuables : il n'y a pas de négociation sur le système politique, pas de négociation sur la Constitution, pas de négociation sur la structure de leadership.

Cette absence de zones communes substantielles est ce qui fait que les conversations tournent en rond. La seule chose que les deux parties partagent sont des sujets tels que le narcotrafic et la traite des êtres humains, tandis que les questions de fond —droits humains, libertés civiles, pluralisme politique— restent hors de la table par décision du régime, ajoute l'expert.

L'exil cubain, divisé entre un secteur pragmatique, prêt à accepter des réformes économiques progressives, et un secteur maximaliste qui exige un changement politique préalable, a déjà interrompu une première phase de discussions en rejetant ce qu'il a qualifié de "fraude au changement" : libéralisation économique sans transformation politique.

Les déclarations de Trump ont aggravé le climat. Selon l'analyste, en disant qu'il était sur le point de "prendre Cuba", cela a provoqué un repli défensif immédiat du régime, qui a activé sa narration de fortification et a conduit Raúl Castro à s'adresser à l'armée.

Concernant le peuple cubain, l'analyste a été plus prudent mais ferme : "Je veux croire qu'il y a des limites. Je connais de près les conditions dans lesquelles on vit dans les municipalités", a-t-il affirmé, en référence à la situation extrême que traverse la population. Pour Rodríguez Arechavaleta, si les mesures de flexibilisation économique ne se traduisent pas par une amélioration réelle des conditions de vie, le régime ne pourra pas maintenir indéfiniment cet état de choses.

Comme solution, l'expert propose que le Département d'État présente un paquet de réformes qui aille au-delà de la libéralisation économique et inclue des éléments politiques concrets, notamment une réforme constitutionnelle ou une nouvelle assemblée constituante dans un délai de six mois à un an, avec la participation d'acteurs divers représentant toute la cubanité actuelle.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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