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La historienne et activiste cubaine Alina Bárbara López Hernández a publié ce vendredi sur le portail Cuba x Cuba une analyse dans laquelle elle démontre la véritable nature du Parti Communiste de Cuba (PCC) et conclut que l'organisation n'est rien d'autre qu'un camouflage au service d'une élite au pouvoir qui n'a jamais rendu des comptes à personne.
L'article fait référence au contexte immédiat de la suspension du 9e Congrès du PCC, qui, selon la chronologie des trois derniers conclaves, devait se tenir précisément entre le 16 et le 19 avril.
La report de la date a été décidé le 13 décembre 2025 lors du XI Plénum du Comité Central, à la demande de Raúl Castro présentée par une lettre lue par Miguel Díaz-Canel, qui a soutenu qu'il était nécessaire de concentrer toutes les ressources du pays pour résoudre les problèmes actuels.
López Hernández souligne que ce congrès suspendu aurait été le premier dirigé par Díaz-Canel en tant que secrétaire général, et il le décrit sans ambages : "Une figure ayant l'apparence du pouvoir, mais avec un énorme essoufflement politique qui, malgré son insistance à dire qu'il est accepté par le peuple, se profile comme un bouc émissaire dans les négociations avec les États-Unis ou dans un processus d'ouverture hypothétique."
La auteure compare le PCC au Parti Communiste de l'Union Soviétique et au Parti Communiste de Chine pour démontrer que le cubain est le moins institutionnalisé et avec le moins de pouvoir de décision des trois. Alors que le chinois fonctionne comme un véritable mécanisme de gouvernance avec des congrès tous les cinq ans qui annoncent des changements stratégiques vérifiables, le PCC affiche une faible institutionnalisation, une fusion totale entre parti, État et leadership, ainsi qu'une incapacité à s'autoréformer. Ses congrès, affirme-t-elle, "sont rarement célébrés en période de crise et ne génèrent jamais de transformations tactiques, ils confirment à peine ce qui est inévitable".
Pour étayer cette thèse, López passe en revue l'histoire des huit congrès tenus depuis 1975. Le premier a été reporté de 1970 à 1975 malgré l'échec coûteux de la Zafra des Dix Millions. Entre 1997 et 2011, quatorze ans se sont écoulés sans aucun congrès pendant que des décisions stratégiques d'une grande ampleur étaient prises : l'ancrage au Venezuela en tant que nouveau pays soutien, le démantèlement de l'industrie sucrière en 2002 et la purge de figures proches de Fidel Castro par son frère Raúl en 2009, entre autres.
Le 8e Congrès de 2021, tenu en pleine pandémie, n’a pas servi à débattre des solutions, mais à transférer formellement le pouvoir à Díaz-Canel, anticipant l'explosion sociale du 11 juillet. L'historienne révèle également que les délégués avaient précédemment examiné une "Étude du climat sociopolitique de la société cubaine" qui n’a jamais été rendue publique.
López est tout aussi affirmatif en évaluant les réformes économiques du régime. Ni la "Rectification des erreurs" de Fidel Castro ni la "Mise à jour du modèle économique" de Raúl n'ont eu le congrès comme noyau de véritables débats. "Le PCC ne peut pas réformer le système car il n'a pas de mécanismes internes pour traiter les conflits", écrit-il, "et ses congrès ne sont pas des espaces de décision réelle, ni ne structurent le pouvoir ni ne corrigent les déviations. Contrairement aux partis communistes classiques, le PCC utilise les congrès pour formaliser des décisions déjà prises par l'élite au pouvoir".
La Constitution cubaine de 2019 définit le PCC comme la "force dirigeante supérieure de la société et de l'État", mais López renverse cette définition avec une image dévastatrice : le parti et ses congrès "remplissent la même fonction que celle d'un ballon à air chaud : laisser le vent le déplacer".
La militante et historienne éminente, membre de l'Académie d'Histoire de l'île, a été expulsée de l'Union des Écrivains et Artistes de Cuba (UNEAC) en 2024 et a été systématiquement harcelée, agressée et soumise à des procédures judiciaires douteuses, pour des accusations telles que désobéissance et outrage.
Son article substantiel se termine par une affirmation qui résume l'argumentation : "Le véritable ordre constitutionnel à Cuba n'a jamais reposé sur les décisions du parti unique, mais sur celles prises par un groupe de pouvoir mafieux camouflé derrière cette institution", et ajoute que ces mêmes acteurs "manquent non seulement d'autorité politique, mais aussi de la plus élémentaire force morale pour accuser quiconque de violer un ordre qu'ils ont eux-mêmes dénaturé".
Sous des coupures de courant constantes de 20 heures et plus, avec une pénurie chronique et une inflation incontrôlée, ce qui entraîne un exode massif de citoyens, la population cubaine fait face à la crise multidimensionnelle la plus sévère des dernières décennies. Le régime — prétendument dirigé par ce PCC auto-proclamé "force supérieure" — se concentre sur la propagande, le contrôle politique et la répression, tandis que la vie quotidienne des citoyens devient un calvaire.
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