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Le régime cubain a de nouveau commis une contradiction évidente : alors que son appareil de propagande affirme que “Cuba ne doit rien aux États-Unis”, ses propres déclarations officielles montrent qu'il a bien été disposé à négocier des compensations pour les propriétés confisquées après son arrivée au pouvoir.
La différence n'est pas négligeable. Elle est structurelle.
Dans un texte récent, Razones de Cuba affirme de manière catégorique que il n'existe “aucune dette historique, morale ou politique” envers Washington, et présente toute demande de compensation comme absurde ou illégitime. Le message est clair : Cuba n'a rien à payer.
Cependant, cette position s'oppose frontalement à ce que le régime lui-même a soutenu pendant des années dans des scènes diplomatiques.
Depuis le dégel bilatéral de 2015, La Havane a reconnu les revendications américaines comme une question en suspens à négocier. Lors de réunions officielles entre les deux pays le sujet des "revendications et compensations mutuelles" a été explicitement abordé, et de hauts fonctionnaires du MINREX ont réitéré à plusieurs reprises la volonté de Cuba d'atteindre un accord global.
Il ne s'agit pas d'interprétations externes. Ce sont des déclarations du propre gouvernement.
Des figures telles que le défunt ancien vice-ministre Abelardo Moreno et l'actuel vice-ministre Carlos Fernández de Cossío ont affirmé publiquement que Cuba est prête à négocier des indemnités pour les citoyens et entreprises américaines affectés par les nationalisations, toujours dans un cadre qui inclut également les réclamations cubaines pour les dommages causés par l'embargo.
C'est-à-dire que le régime ne nie pas le problème. Il le conditionne. Et c'est là que se situe la contradiction avec le discours de Razones de Cuba.
Parce que ce n'est pas la même chose d'affirmer "nous ne devons rien" que de s'asseoir pour négocier des compensations, même si c'est selon le principe de réciprocité. Le premier est une négation absolue ; le second est une reconnaissance implicite qu'il existe un conflit économique qui nécessite une solution.
Aucune de ces positions ne peut être soutenue en même temps sans générer d'incohérence.
Comme dans le cas de la récente réunion avec des fonctionnaires américains à La Havane, le régime joue à nouveau sur deux niveaux de discours.
Uno, plus pragmatique, axé sur la négociation internationale, où il admet l'existence de différends et la nécessité de les résoudre. L'autre, plus idéologique, orienté vers la consommation intérieure, où toute obligation est niée et où la narrative de confrontation est renforcée.
Le problème, c'est que cette dualité ne passe plus inaperçue.
Dans un contexte de crise profonde, où le pays a besoin de clarté et non de slogans, la citoyenneté cubaine reçoit des messages contradictoires : d’un côté, on lui dit qu’il n’y a rien à négocier ; de l’autre, on négocie. D’un côté, toute dette est niée ; de l’autre, on parle de compensations.
Ce n'est pas de la transparence. C'est un calcul politique.
Si le régime considère réellement qu'il n'existe aucune dette envers les États-Unis, il devrait maintenir cette position également à la table des négociations. Et si, au contraire, il reconnaît la nécessité de discuter des compensations, il devrait l'expliquer clairement, sans recourir à des discours absolus qu'il dément ensuite dans la pratique.
Parce que nier en public ce qui se négocie en privé ne renforce pas une position. Cela l'affaiblit. Et, encore une fois, cela révèle un schéma répétitif : un discours à l'extérieur et un autre à l'intérieur. Un pour négocier et un autre pour unifier. Un pour admettre, un autre pour détourner et manipuler.
Le résultat est le même : plus d'opacité, plus de contradictions et encore moins de crédibilité.
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