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Le Mouvement d'Amitié et de Solidarité Mutuelle Venezuela-Cuba a annoncé l'envoi de 25 tonnes de nourriture et de médicaments à l'île, recueillies en à peine 15 jours dans le cadre de la campagne « L'Amour se Rend avec Amour », lancée en février de cette année.
L'organisation, qui bénéficie du soutien de l'Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité — un organisme d'État vénézuélien — ainsi que des gouvernances et des mouvements sociaux proches du chavisme, a présenté l'envoi comme un geste du « peuple organisé » et non des institutions gouvernementales, bien que la participation de l'État soit évidente.
Sur son compte Instagram, le mouvement a qualifié le chargement de « 25 tonnes d'amour et de résistance » et a assuré que « rien ne pourra briser les liens historiques de fraternité qui nous unissent ».
La rhétorique de l'annonce mélange solidarité idéologique et allusions politiques : «Ni blocus, ni campagnes mensongères, ni tempêtes, parce que notre amitié a été forgée dans la lutte et se maintient ferme dans la solidarité active», a proclamé l'organisation.
Ce que le mouvement présente comme un geste spontané du peuple vénézuélien provient cependant d'un pays qui traverse sa propre crise alimentaire sévère. Des milliers de Vénézuéliens ont protesté avec des réfrigérateurs vides le 1er mai 2025 sous le slogan #NeverasDeHambre, tandis que l'inflation dévore les revenus de la population.
L'envoi secret par des voies non gouvernementales suscite des suspicions. Le régime chaviste, désormais dirigé par Delcy Rodríguez, qui a dû négocier avec les États-Unis après l'extraction de Maduro, pourrait chercher des moyens discrets de continuer à approvisionner son allié sans gêner Trump.
Ce n'est pas la première fois que le régime chaviste envoie des aliments à Cuba ces derniers mois : en août 2025, il avait déjà expédié 6 000 tonnes d'aliments et d'engrais, et le Venezuela avait accumulé plus de 12 000 tonnes d'aide humanitaire envoyées à Cuba lors de quatre cargaisons entre octobre et décembre de cette année, après le cyclone Melissa.
Le modèle de ces dons entre deux régimes alliés nourrit le scepticisme quant à leur véritable destination. Un reportage de TV Azteca du 4 mars 2026 a documenté la vente de haricots « Bienestar » —donnés par le Mexique— dans des magasins TRD Caribe, chaîne en devises liée au conglomérat militaire GAESA, à 2,97 dollars le demi-kilogramme. L'ambassadeur cubain au Mexique a dû répondre à ces accusations.
ONG comme Cruz Verde Internacional et Solidaridad Sin Fronteras accusent le régime de détourner l'aide humanitaire, en la vendant au lieu de l'acheminer vers les hôpitaux et les malades. La société civile a demandé au régime cubain plus de transparence sur la gestion des dons internationaux.
Les autorités cubaines nient systématiquement les accusations. La vice-ministre de la Santé publique, Tania Margarita Cruz, a assuré en mars 2026 que les dons sont distribués gratuitement par le biais du carnet de rationnement à des groupes prioritaires.
Pendant ce temps, la crise humanitaire à Cuba ne laisse pas de répit. 80% de la population souffre d'insécurité alimentaire et 89% vit dans une pauvreté extrême, selon le Food Monitor Program. Des familles à Holguín ont signalé avoir passé jusqu'à trois jours sans manger en avril 2026, tandis que le déficit électrique atteignait 2 000 MW aux heures de pointe.
La ONU a lancé en mars un plan d'urgence de 94,1 millions de dollars pour assister deux millions de personnes dans 63 municipalités cubaines, mais à la mi-avril, seulement 26,2 millions avaient été collectés, ce qui montre que 25 tonnes de nourriture —aussi bienvenues soient-elles— sont insuffisantes face à l'ampleur d'une catastrophe humanitaire causée par 67 ans de dictature communiste.
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