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Une enquête collective sur les perspectives politiques et sociales à Cuba, lancée jeudi par une coalition de plus de 20 médias numériques indépendants, montre qu'une part considérable des participants soutient le maintien ou l'intensification des mesures de pression extérieure sur le régime cubain, y compris l'embargo américain.
La consultation, soutenue entre autres par El Toque et Rialta, reste ouverte jusqu'au 1er mai et accumule plus de 12 100 réponses dans ses premières 48 heures. Ses données sont détaillées par province, âge, niveau d’éducation et opinion politique, et toute conclusion doit être interprétée comme une photo partielle du moment.
Selon les résultats partiels de la consultation, 46,6 % des sondés estiment que l'embargo doit être maintenu comme un outil de pression pour forcer des changements démocratiques dans l'île. Un autre 24,4 % pense qu'il devrait être éliminé progressivement à mesure que Cuba avance dans des réformes politiques et économiques.
Les positions en faveur de son élimination totale sont minoritaires. 12,4 % estiment que l'embargo devrait être levé complètement et sans conditions. En revanche, 10,6 % pensent que la mesure devrait être intensifiée dans des secteurs stratégiques comme l'énergie, tandis que 6,0 % affirment ne pas avoir de position définie.
En ce qui concerne les formes de pression externe que les répondants considèrent comme acceptables, l'option la plus soutenue a été l'intervention militaire directe des États-Unis, mentionnée par 60,4 % des participants.
Viennent ensuite les sanctions ciblant spécifiquement des responsables gouvernementaux, avec 54,7 %, et une pression diplomatique multilatérale accrue provenant d'organismes internationaux tels que l'ONU, l'OEA ou l'Union Européenne, avec 50,7 %.
D'autres mesures bénéficient d'un soutien moindre. 20,3 % soutiennent le financement international des groupes de la société civile à Cuba, tandis que 14,7 % approuvent une augmentation du blocus énergétique.
Pour sa part, 12,1 % penche en faveur d'accords négociés qui garantissent une transition avec une continuité partielle du régime. Seul 5,2 % soutient que les conflits du pays doivent être résolus exclusivement de manière interne, sans pression internationale.
Le sondage se déroule dans un contexte marqué par la crise économique et sociale la plus profonde que Cuba ait connue depuis 1959, alors que le pays a subi une chute de 23 % du PIB depuis 2019, tandis que les coupures de courant atteignent jusqu'à 20 heures par jour dans plusieurs territoires et que 89 % de la population vit dans une extrême pauvreté, selon le Food Monitor Program.
Dans ce contexte, le débat sur le rôle de l'embargo américain prend une place centrale. Le gouvernement de Miguel Díaz-Canel attribue systématiquement la crise à la "guerre économique" de Washington, tandis que des économistes indépendants soutiennent que les principales causes résident dans la rigidité du système politique, le contrôle étatique de l'économie et le manque de réformes structurelles.
Les résultats globaux de l'enquête reflètent également un fort rejet du système en vigueur. 75,1 % des participants affirment préférer un modèle capitaliste de démocratie libérale et d'économie de marché, tandis que plus de 91 % soutiennent un changement structurel profond dans le pays.
La dissatisfaction avec le gouvernement est également très élevée. 92 % des personnes interrogées déclarent être très insatisfaites du système actuel, et Díaz-Canel obtient une note moyenne de 1,11 sur cinq points, avec 93,7 % des participants lui attribuant la note minimale.
Dans une question ouverte sur des figures publiques à la réputation favorable, 63,4 % des personnes interrogées ont écrit des réponses telles que « aucun », « personne ne vaut » ou « tous sont corrompus », un chiffre qui reflète le profond discrédit que, selon l'enquête, affecte la direction politique du pays.
Une enquête de El Nuevo Herald qui a irrité la presse officielle a révélé que 73 % des Cubains et Cubano-Américains du sud de la Floride attribuent la crise au gouvernement cubain, et non à l'embargo, et que 79 % soutiennent une forme d'intervention militaire des États-Unis.
Le quotidien officiel Granma a qualifié ces résultats de « mensonges » et a accusé les médias de l'exil de promouvoir « la haine, la violence et le terrorisme ».
Pour sa part, un sondage de mars de YouGov a montré que 40 % des Américains désapprouvent l'embargo, contre 32 % qui l'approuvent, une donnée que le chancelier Bruno Rodríguez a diffusée sur les réseaux sociaux.
En mai 2024, seulement 3 % des Cubains se considéraient fermement socialistes et 85,9 % souhaitaient un changement vers un modèle plus ouvert, selon CubaData, une tendance que les résultats préliminaires de l'enquête collective semblent confirmer et approfondir.
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