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Les résidents du quartier Reina, dans la municipalité de Centro Habana, ont commencé à incendier délibérément les dépôts de déchets accumulés sur la voie publique pour forcer l'arrivée des pompiers et profiter de l'eau de leurs camions, selon le documenté par l'observatoire Food Monitor Program (FMP) entre le 13 et le 14 avril.
Une voisine du quartier a décrit la pratique sans détour : « On vient de mettre le feu à la poubelle, pour appeler les pompiers, qui éteindront le feu et, en passant, rempliront quelques petits réservoirs d'eau ».
L'FMP, organisation indépendante qui surveille la sécurité alimentaire à Cuba, a publié ce mardi un fil sur X alertant sur la gravité de la situation et taguant plusieurs médias indépendants cubains.
La scène n'était pas un fait isolé : les témoignages recueillis par le FMP révèlent que « le même dépotoir a été incendié jusqu'à trois fois en une seule nuit », avec une grande partie du quartier rassemblée autour des flammes, seau à la main.
Le FMP avertit que cette pratique s'est étendue à plusieurs municipalités de La Havane et répond à la convergence de trois crises simultanées : la pénurie de fournitures pour l'assainissement urbain, le manque de carburant pour les camions de collecte des ordures de Comunales, et une pénurie critique d'eau potable.
L'organisation est catégorique dans son analyse : « Ce n'est pas du vandalisme, c'est une solution précaire née de la nécessité et de l'absence de réponse institutionnelle ».
La pénurie de combustible qui plonge La Havane dans des montagnes de déchets est une crise structurelle qui dure depuis 2025 et que le gouvernement lui-même a admis ne pas savoir comment résoudre de manière durable.
En novembre 2025, les autorités cubaines ont avoué ne pas connaître les volumes exacts de déchets générés dans la capitale, tandis que près de 30 000 mètres cubes de déchets sont produits quotidiennement avec une capacité de collecte très inférieure.
Le panorama hydrique est également critique. En avril 2026, les coupures de courant laissent plus de 200 000 Cubains sans eau, soit près de 11 % de la population de la capitale, sans accès régulier à l'eau potable.
Le 87% du système national d'approvisionnement dépend du Système Électroénergétique National, ce qui signifie que chaque coupure de courant paralyse les pompes ; seules 135 des 480 stations de pompage sont protégées contre les coupures.
Les résidents de Centro Habana et des zones avoisinantes dénoncent jusqu'à 35 jours consécutifs sans eau ce mois-ci, et le dimanche dernier, un problème avec le impulsor de Palatino a privé d'eau les quartiers de Víbora et Plaza de la Révolution.
Datos du FMP de mi-2025 indiquent que 43% des Cubains recevaient de l'eau tous les trois jours ou plus, tandis qu'au niveau national, plus de 3,1 millions de personnes —soit 30% de la population— souffrent d'un manque total ou partiel du service.
El FMP indique que la détérioration a des antécédents depuis 2019, mais « s'est aggravée depuis le 3 janvier 2026 », dans un contexte que l'organisation classe comme une urgence humanitaire chronique, pire que la Période Spéciale des années quatre-vingt-dix, évaluation que 80 % des Cubains partagent en voyant la crise actuelle pire que la Période Spéciale.
Cette même proportion — les 80% des personnes interrogées par le FMP — indique que la mauvaise gestion de l'État est la principale cause de la crise alimentaire et hydrique, et non des facteurs externes.
L'organisation résume ainsi la situation : « La population privilégie la survie immédiate aux risques de sécurité liés au feu », dans ce qu'elle décrit comme « la lutte pour la survie dans un état d'effondrement ».
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