La police menace un travailleur indépendant après sa participation à un cacerolazo près de la maison de Mariela Castro à Siboney, La Havane

La police a menacé Didie Gutiérrez Ledesma de fermer son entreprise pour avoir participé à un cacerolazo en protestation contre la crise à Cuba, une preuve de plus de la répression contre les travailleurs indépendants.



Gutiérrez a catégoriquement refusé de signer une lettre d'avertissementPhoto © ChatGPT et Facebook/Didie Gutiérrez Ledesma

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La Police Nationale Révolutionnaire (PNR) a menacé le travailleur autonome Didie Gutiérrez Ledesma de lui enlever son entreprise et de l'arrêter s'il se manifestait à nouveau publiquement, après l'avoir convoqué à un interrogatoire pour avoir participé mardi à un cacerolazo dans le quartier de Siboney, dans la municipalité de Playa à La Havane.

Gutiérrez Ledesma, propriétaire d'un bar-cafétéria installé dans la cour de son domicile, a fait résonner des casseroles en signe de protestation contre la situation que traverse le pays au coin des rues 15 et 206, dans le même pâté de maisons où réside Mariela Castro, fille de l'ancien président Raúl Castro et directrice du Cenesex. 

La PNR lui a délivré une citation du Ministère de l'Intérieur l'invitant à se présenter jeudi devant le lieutenant Urlens Martínez Gonzant, sous l'euphémisme habituel de "Entretien", informa ce vendredi Martí Noticias.

Lors de l'interrogatoire, les agents lui ont clairement fait comprendre l'ampleur des représailles auxquelles il faisait face.

"On m'a dit que ce que j'avais fait, je ne pouvais pas le refaire, que je n'étais pas un héros, que j'étais un chef, que c'était moi qui avais incité les voisins, que je pouvais être accusé d'incitation à la délinquance, d'association de malfaiteurs et de trouble à l'ordre public", a raconté Gutiérrez.

L'intimidation était directe, car les agents lui ont conseillé de se limiter à gérer ses affaires privées, sous-entendant qu'il pourrait les perdre s'il continuait à protester.

"Je conteste que je, simplement et clairement, exprimais mon mécontentement vis-à-vis du système, mais ils disent que je ne peux plus le faire dans la rue sinon ils vont m'arrêter", a répondu le cuentapropista.

Gutiérrez a fermement refusé de signer une lettre d'avertissement que les agents ont essayé de lui faire souscrire à la fin de l'interrogatoire.

Avant de le laisser partir, les policiers lui ont lancé un dernier avertissement. "On m’a dit que je pouvais partir, mais que si je faisais à nouveau quelque chose dans la voie publique, ils allaient m'arrêter", a-t-il ajouté.

Le loin de se laisser intimider, le travailleur indépendant invoqua un référent historique pour expliquer sa position. "Je lui ai répondu que Carlos Manuel de Céspedes était un homme riche, propriétaire d'une sucrerie, d'un lot d'esclaves et qu'il s'est engagé dans une cause, tout donnant pour la Patrie, et que j'étais prêt à faire de même."

La menace de retirer la licence illustre une tactique répressive spécifique du régime contre le secteur privé, celle d'utiliser la vulnérabilité économique des travailleurs autonomes comme levier de dissuasion face à la protestation.

En février, le gouvernement a mené une opération de contrôle des prix qui a abouti à 17 000 amendes, 300 établissements fermés et 196 projets de travail retirés.

Le cas s'inscrit dans une vague de cacerolazos qui, depuis le 12 mai, secoue au moins 12 municipalités de La Havane, provoquée par des coupures d'électricité allant jusqu'à 22 heures par jour et une pénurie aiguë de nourriture et d'eau.

Le municipio de Playa avait déjà été le théâtre de répression le 14 mai, lorsque la police a frappé des manifestants lors d'une protestation nocturne contre les coupures de courant.

El Observatoire Cubain des Conflits a enregistré 1 245 manifestations en mars, le chiffre mensuel le plus élevé depuis le 11 juillet 2021, et 1 133 en avril, tandis que Cubalex a documenté au moins 14 arrestations à La Havane pour des manifestations avec des casseroles depuis le 6 mars.

"Je ne m'en prends à personne, j'aide tout le monde. Je ne pense pas que les voisins aient une plainte à mon égard, mais si je ne peux pas me contenter de la vie que je mène ni de celle que mène mon village, où, même ceux qui ont été mes enseignants à l'école, je les vois parfois manger dans les ordures", a conclu Gutiérrez Ledesma.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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