"Mercenaire est celui qui se bat sans âme" : lettre polémique d'un Cubain dans l'armée russe

Un Cubain avec une citoyenneté russe qui combat en Ukraine a envoyé une lettre dans laquelle il rejette l'étiquette de mercenaire et défend sa décision comme un acte de survie pour sa famille.



Cubain dans l'armée russe.Photo © Courtoisie de CiberCuba

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Un cubain qui vit en Russie depuis cinq ans a obtenu la citoyenneté de ce pays et affirme avoir combattu pendant trois ans sur différents fronts de la guerre en Ukraine. Il a envoyé une lettre dans laquelle il défend sa décision de porter un uniforme étranger et rejette avec force l'étiquette de « mercenaire ».

Dans sa lettre, il décrit avec une grande intensité la douleur de l'exil, les nuits de solitude, le froid et la nostalgie de celui qui se bat loin des siens.

L'image qui accompagne le témoignage montre des éléments compatibles avec l'environnement militaire russe : une beret bleu turquoise typique des troupes aéroportées (VDV) ou des forces spéciales, un fusil de type AK avec des accessoires courants dans le théâtre russo-ukrainien, un camouflage multicam et un blindé de type BTR soviétique en arrière-plan.

«Beaucoup appellent mercenaire celui qui porte un uniforme étranger. Quelle facilité d'émettre des jugements depuis le confort d'un foyer chaleureux, le ventre plein et entouré des siens. Mercenaire n'est pas l'homme qui vend sa vie pour donner du pain à son fils», écrit l'auteur.

Son argument central est que la pauvreté, et non l'ambition ou l'idéologie, l'a conduit au front : « Un mercenaire est celui qui se bat sans âme. Mais l'homme qui pleure en silence en se souvenant de sa famille tout en portant le poids d'un fusil ne se bat pas par ambition. Il se bat parce que la pauvreté ne lui a laissé d'autre choix ».

Le combattant rejette également le récit d'exploitation qui circule sur les réseaux sociaux. « C'est pourquoi cela me fait mal d'entendre tant de mensonges. Ils parlent sans savoir, jugent sans le vivre et répètent que ici nous sommes utilisés comme de la 'chair à canon' », affirme-t-il, ajoutant que durant ses trois années sur le front, il a été traité « comme un autre » et qu'il ne s'est jamais senti « abandonné ni traité comme quelqu'un de jetable », bien qu'il reconnaisse avoir vu des camarades tomber et avoir ressenti « le poids de la mort à proximité ».

Le témoignage arrive dans un contexte de documentation croissante sur la présence de Cubains dans les rangs russes.

Le projet ukrainien « Je veux vivre » a publié en mai 2025 une liste de 1 028 Cubains identifiés, tandis que le renseignement militaire ukrainien a porté l'estimation totale à au moins 20 000 recrutés.

Pour janvier 2026, les victimes confirmées de Cubains dans la guerre s'élevaient à 93 décès identifiés nominativement, selon le même projet ukrainien.

Un rapport a indiqué qu'un Cubain meurt en moyenne entre 140 et 150 jours après avoir signé un contrat avec l'armée russe.

Le modèle de recrutement le plus documenté inclut des offres de salaires entre 2 000 et 2 500 dollars par mois et la possibilité d'obtenir la citoyenneté russe, bien que dans de nombreux cas, les contrats étaient signés en russe sans que les recrues comprennent leur contenu, et les avances reçues étaient déduites des frais de voyage.

Le 6 mai dernier, le Royaume-Uni a sanctionné Dayana Echemendia Díaz, identifiée comme recruteuse cubaine qui utilisait les réseaux sociaux pour proposer de faux emplois et envoyer ses compatriotes au front sous contrainte.

Le département d'État des États-Unis a qualifié le schéma de « traite des êtres humains ».

Le débat sur la question de savoir si ces hommes sont des mercenaires, des victimes de la traite ou des volontaires poussés par le désespoir économique reste ouvert.

La lettre du combattant cubano-russe représente une voix peu fréquente dans cette discussion : celle de celui qui revendique son sacrifice comme un acte d'amour familial et se termine par une phrase qui résume tout ce qu'il a vécu : « Mon plus grand espoir n'est ni la guerre ni la reconnaissance… c'est de pouvoir survivre, d'enlacer ma famille et de vivre en paix avec eux. C'est la seule chose qui compte réellement ».

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