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Un père cubain nommé Rioger Joubert a publié sur Facebook un texte intitulé « La Symphonie des Marmites », dans lequel il raconte le moment où il a décidé de frapper une marmite pendant une coupure de courant à Cuba, tandis que sa femme Daliana et ses deux filles l'observaient, ainsi que la réponse qu'il leur a donnée lorsqu'elles lui ont demandé pourquoi il agissait ainsi.
Bien que l'épisode ait eu lieu il y a environ deux ans, au milieu de la profonde crise énergétique qui frappe l'île, il reste d'actualité en raison des manifestations constantes qui se déroulent chaque jour.
Depuis le effondrement total du Système Énergétique National le 18 octobre 2024, les casseroles sont devenues la forme de protestation la plus répandue et spontanée du peuple cubain.
Dans le texte, Joubert décrit la scène avec précision : sans électricité, avec la chaleur, les moustiques et le réfrigérateur silencieux comme témoins muets, il a pris une casserole et une cuillère et a commencé à frapper.
Ses filles lui ont demandé ce qu'il faisait. Il n'a pas su répondre immédiatement.
«Parce qu'on peut dire beaucoup de choses : qu'il n'y a pas d'électricité, que le pays est fatigué, que les gens manifestent, que les casseroles résonnent quand il ne reste plus rien d'autre», écrit-il. Mais tout cela lui semblait trop grand pour l'expliquer à deux petites filles dans une pièce sans ventilateur.
Alors il frappa. Et au troisième coup, le quartier répondit.
«Depuis quelque part dans le quartier, un autre chaudron a répondu. Puis un couvercle. Ensuite une poêle. Puis plusieurs métaux à la fois, pauvres, maladroits, domestiques, furieux», raconte Joubert. C'est alors qu'il a dit à ses filles : « Vous entendez ? »
Quand elles ont de nouveau demandé pourquoi, le père a trouvé la réponse : « Parce que quand on ne nous laisse pas parler, on fait du bruit ».
Le texte décrit également la peur qu'il a ressentie en frappant, et quelque chose qu'il appelle « sale et nécessaire » : la satisfaction d'imaginer le chef de secteur, le policier, le fonctionnaire avec son propre générateur, écoutant. « J'aimais penser que, pendant quelques minutes, la peur avait changé de maison », écrit-il.
Joubert réfléchit à la nature du cacerolazo en tant qu'outil de résistance : « Une casserole vide est un instrument mesquin. Elle n'a pas de noblesse. Elle n'a pas d'hymne. Elle n'a pas d'uniforme. C'est pourquoi elle est utile. Parce que le pouvoir se prépare à des discours, des slogans, des pancartes, à des ennemis avec un nom. Mais il ne sait pas quoi faire face à une cuisine qui se soulève. »
Le courant est revenu cette nuit-là, comme le décrit l'auteur, « comme reviennent les aumônes : tard, peu, humiliant ». Certaines maisons se sont tues. D'autres ont continué à frapper.
Le récit s'inscrit dans une longue tradition de résistance. La «Protestation des Calderas» de juin 1962 à Cárdenas et Perico, Matanzas, est considérée comme la première grande protestation de masse contre le gouvernement de Fidel Castro : des femmes au foyer ont frappé des casseroles vides en criant «nous voulons de la nourriture», et elles ont été réprimées par des troupes et des chars.
Plus de six décennies plus tard, le même geste se répète. Depuis le début de 2026, les cacerolazos ont éclaté à plusieurs endroits de La Havane et dans des provinces comme Santiago de Cuba, Matanzas et Granma, avec des coupures de courant qui, dans certaines zones, dépassent les 43 heures consécutives.
La Fiscalía cubaine a confirmé en novembre 2024 des poursuites pénales contre des personnes qui ont protesté contre les coupures d'électricité.
Joubert conclut son texte par une phrase qui résume la dimension politique du geste domestique : « La dictature avait éteint la lumière, mais elle n'avait pas pu éteindre l'oreille ».
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