Le drame du logement de milliers de familles cubaines face à une crise sans fin

Des familles cubaines vivent depuis des années dans des gymnases et des abris alors que le déficit en logements dépasse 900 000 unités et que le régime n'offre pas de solutions.



Centro HabanaPhoto © CiberCuba

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Derrière des rideaux improvisés avec des draps, entre des murs en carton et sous un toit en zinc qui transforme l'endroit en un four, neuf familles cubaines survivent depuis trois ans dans une salle de boxe de La Havane Vieille. Sans eau courante, avec des enfants exposés à l'humidité et au bruit constant des entraînements, leur réalité illustre l'une des crises les plus profondes et persistantes de Cuba : le manque de logement.

Le portrait a été rapporté par un article de l'agence AFP publié ce mardi, qui montre le drame quotidien des familles contraintes de transformer un espace sportif en leur domicile en attendant une solution qui n'arrive jamais.

Loin d'être un cas isolé, la situation reflète un problème structurel qui affecte des centaines de milliers de Cubains. Le déficit de logements sur l'île dépasse 900 000 unités, et selon des chiffres officiels, plus d'un tiers des biens résidentiels du pays étaient déjà en état critique ou moyen depuis 2020.

Parmi ceux qui subissent les conséquences de cette détérioration se trouve Marnie Estevez, une Habanera de 43 ans dont la vie a basculé lorsqu'une tempête a fait s'effondrer l'escalier de l'immeuble où elle résidait avec son mari et ses filles, une construction néoclassique des années 1920 située à Centro Habana.

D'un jour à l'autre, la famille s'est retrouvée piégée au troisième étage.

"Les pompiers ont dû descendre ma grand-mère avec une grue", a raconté Estevez à l'AFP.

Sa mère, Leodiska Canino, âgée de 64 ans, et sa grand-mère, de 97 ans, vivent dans un refuge d'État depuis sept ans. Elles font partie des milliers de Cubains évacués de logements considérés comme dangereux et qui continuent d'attendre un logement définitif.

"La Havane est en train de s'effondrer", a déploré Canino. "Ici, il n'y a pas d'argent pour réparer quoi que ce soit."

La même incertitude accompagne Dayana García, 35 ans, l'une des mères qui vit dans la salle de boxe de La Havane Vieille avec ses trois enfants. Là-bas, entourés de divisions improvisées en carton, ils tentent de construire une routine dans des conditions précaires.

Selon ce qu'il a rapporté à AFP, l'un de ses fils a développé une infection pulmonaire en raison de l'humidité de l'endroit.

"Personne du gouvernement ne vient ici... même pas pour voir comment nous allons, si nous sommes vivants ou morts", a dénoncé.

La crise du logement survient en outre à un moment particulièrement complexe pour le pays. Les coupures prolongées de courant et la pénurie de ressources ont encore aggravé la détérioration des bâtiments et rendu plus difficiles les travaux de réparation et de construction.

Les chiffres montrent l'ampleur du problème. Entre 2000 et 2013, 3 856 bâtiments se sont effondrés à La Havane, soit une moyenne d'une structure s'effondrant par jour, selon les données du Bureau de l'Historien de la Ville. Rien qu'en 2025, les effondrements ont fait au moins six morts dans la capitale, y compris une fillette de sept ans. Ce même mois, un nouvel effondrement d'un bâtiment situé devant le Malecón havanais a été enregistré.

Pendant ce temps, la construction de nouvelles habitations reste bien en dessous des besoins réels du pays. En 2024, seulement 7 427 maisons ont été achevées sur toute l'île. Un an plus tard, parmi les 10 795 logements prévus par les autorités, seules 2 382 ont été finalisées, ce qui représente 22 % du plan.

Face à l'impossibilité de renverser le déficit en matière de logement, les autorités ont misé sur des solutions temporaires. Parmi celles-ci figure la conversion de plus de 3 500 conteneurs maritimes en logements modulaires pour La Havane. Les deux premières unités ont été remises en mai dernier, bien que des spécialistes aient averti que ces structures peuvent atteindre des températures extrêmes sous le climat tropical et ne résolvent pas les causes profondes de la crise.

La situation est particulièrement visible à La Havane Vieille, l'un des quartiers les plus touchés par la dégradation urbaine. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982, cette zone conserve des centaines de bâtiments historiques, dont certains datent du XVIe siècle. Beaucoup présentent aujourd'hui des façades fissurées, des toits effondrés et des structures si délabrées qu'il est possible de voir le ciel à travers elles.

Pour les familles qui attendent une solution depuis des années, les statistiques et les plans gouvernementaux ont peu de signification face à la réalité quotidienne.

"Ce n'est pas une vie", a résumé l'une des mères qui survivent avec ses enfants dans le gymnase transformé en refuge.

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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