
Au milieu d'un effondrement énergétique chronique, de pénuries alimentaires et d'une inflation étouffante, le gouvernement cubain a choisi d'activer, une fois de plus, son traditionnel manuel de résistance idéologique.
À travers son principal organe de diffusion, le quotidien officiel Granma, le régime de La Havane a lancé une offensive discursive sévère visant à délégitimer à la fois le mécontentement populaire et la couverture des médias étrangers, les accusant de faire partie d'un plan élaboré de déstabilisation.
Dans le récent article d'opinion intitulé “Complicité ou protagonisme subversif à la recherche d'une explosion ?”, signé par Francisco Arias Fernández, le gouvernement n'a pas lésiné sur les adjectifs pour qualifier le travail des correspondants étrangers et des agences de presse accréditées sur l'île.
Le texte accuse directement les médias de renommée internationale d'être alignés sur les intérêts de Washington, affirmant que “des médias ou des correspondants accrédités à La Havane au service de Washington, comme l'agence efe, qui n'est ni amicale ni objective, se mêlent à des cybermercenaires” dans le but de chauffer le climat politique pendant les mois d'été.
Pour le gouvernement cubain, le flux d'informations sur la réalité précaire de l'île n'est pas le reflet d'une crise structurelle, mais une campagne délibérée d'asphyxie et de manipulation.
Selon la rhétorique officielle, le but final de cette couverture médiatique est de justifier une intervention externe.
L'article dénonce que les puissances étrangères et leurs prétendus alliés médiatiques "parient sur le fait que le martyre provoqué par la Maison Blanche et amplifié à leur manière par les monopoles de l'information sera le déclencheur assuré de la déstabilisation interne et la justification pour l'« intervention humanitaire »".
La réalité de la rue face au récit officiel
Cependant, derrière la terminologie belliqueuse de la "guerre non conventionnelle" se cache une peur palpable : la répétition d'explosions sociales spontanées comme celles survenues en juillet 2021.
En attribuant tout signe de protestation à une conspiration extérieure, le discours d'État cherche à diminuer la légitimité et la spontanéité des revendications des citoyens, qui souffrent quotidiennement de la dégradation des services publics les plus élémentaires.
Le texte de Granma énumère, de manière indirecte, la gravité de la situation en admettant que ses adversaires sont “pleins d'espoir que les coupures de courant, le manque de carburant, d'eau, les pénuries alimentaires, de médicaments, de moyens de transport et d'autres défaillances des services de base de la population débordent la coupe de la résistance”.
Néanmoins, au lieu de proposer des réformes économiques profondes ou des solutions structurelles à ces lacunes, la narration officielle préfère cataloguer toute revendication citoyenne sous l'étiquette criminelle, affirmant qu'elle incite la population "au désordre et à défier la paix sociale et la sécurité de notre peuple".
Le discrédit de la dissidence et de la diplomatie
L'attaque ne se limite pas aux correspondants à La Havane ; elle vise également l'activisme civil et les figures de l'opposition qui parviennent à se faire connaître sur des scènes internationales.
Pour le régime, la dénonciation de la détérioration des droits humains et économiques à Cuba auprès des organismes multilatéraux est interprétée comme une trahison financée.
L'article fustige ces acteurs en les accusant d'être “apatrides, chasseurs de fortunes, en constantes tournées internationales avec tous les frais payés par des fonds publics détournés par les architectes du plan destructeur contre Cuba”, dont le seul objectif serait -selon le média officiel- de porter leur message à l'ONU ou au Parlement Européen.
Au final, la stratégie de blâmer le messager révèle la difficulté croissante du gouvernement cubain à contrôler le flux d'informations à l'ère numérique.
En désignant des agences internationales et en qualifiant la frustration populaire de "subversion", La Havane tente de protéger sa gestion face aux critiques, un recours rhétorique de plus en plus usé devant la dure et inéluctable réalité que vivent des millions de Cubains chaque jour.
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