
La ancienne base navale Roosevelt Roads, à Ceiba, Porto Rico, est de nouveau pleinement opérationnelle avec des milliers de militaires américains, selon un reportage de El Mundo publié ce mercredi, dans un contexte d'escalade des tensions entre Washington et La Havane.
L'installation, fermée en 2004 après des années de manifestations concernant l'utilisation de l'île de Vieques comme champ de tir, a été réactivée en novembre 2025 avec un investissement projeté de 79 millions de dollars.
Maintenant, les voisins affirment que des manœuvres s'y déroulent tous les jours depuis le début de l'été. "Ils font décoller les avions presque tous les jours, même la nuit. On dirait que c'est pour les préparer au combat et tout s'arrête quand ils sont en train de s'entraîner", raconte Manuel Martínez, un habitant de la municipalité de Ceiba, à l'est de Porto Rico.
Sa réouverture, initialement liée aux tensions avec le Venezuela avant l'arrestation de Nicolás Maduro, place désormais Cuba comme foyer géopolitique central.
La gouverneure de Porto Rico, Jenniffer González Colón, a confirmé en juin que les exercices mobiliseraient plus de 8.100 soldats entre mai et août, bien qu'elle ait décrit les manœuvres comme logistiques et sans utilisation d'armement.
Le déploiement s'inscrit dans le cadre de l'Opération Lanza del Sur, une campagne du Commandement Sud des États-Unis (SOUTHCOM) axée sur l'interdiction du narcotrafic et la dissuasion des acteurs hostiles dans les Caraïbes.
Le 17 juin, les marines du 24ème Bataillon Expéditionnaire ont réalisé des exercices nocturnes de réponse rapide à Roosevelt Roads, à peine quelques jours après la visite du secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, à la base navale de Guantánamo.
Lors de cette visite, Hegseth a averti que Washington « est prêt à agir » si Cuba acquiert des armements capables d'atteindre la base ou le territoire américain, et a affirmé que « l'avenir de Cuba est entre les mains de son leadership ».
Début juin, la Force de Combat Littoral-24 a exécuté des missions d'entraînement depuis l'USS Fort Lauderdale jusqu'aux côtes cubaines, selon les informations communiquées par SOUTHCOM.
La rhétorique depuis San Juan n'a pas été moins percutante. González Colón a publiquement soutenu toute action du président Trump pour « libérer » Cuba, et en mai, elle a même mentionné la possibilité d'une guerre avec Cuba « dans les semaines à venir ».
Depuis La Havane, le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodríguez a rejeté en mai la présentation de Cuba comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis et a averti qu'une agression militaire serait « désastreuse ».
Pour sa part, le président Miguel Díaz-Canel a promis en mars une « résistance inexpugnable » face à toute action militaire.
Le reportage d'El Mundo évoque également l'inquiétude des organisations portoricaines face à ce qu'elles décrivent comme une nouvelle militarisation de l'île, avec des manifestations enregistrées devant plusieurs bases militaires en février de cette année.
Le gouvernement portoricain a également signé un accord avec la Marine des États-Unis pour l'utilisation logistique de Roosevelt Roads, ainsi que des bases de Ramey et Muñiz, consolidant ainsi Porto Rico comme le principal enclave militaire américain dans les Caraïbes en ce moment de tension maximale avec le régime cubain.
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