
Une mère cubaine a publié ce jeudi dans le groupe Facebook Empresa Eléctrica de la Habana un témoignage qui résume avec brutalité ce que vivent des milliers de familles sur l'île : des coupures d'électricité d'environ 36 heures d'affilée, des enfants malades à cause de la chaleur et une consigne officielle — «résister» — qu'elle renvoie comme un reproche direct au régime.
L'auteure, identifiée comme Marianela Chibas, a décrit la situation de ses deux enfants : un garçon de cinq ans et un bébé de cinq mois. Avec le texte, elle a joint des images montrant des éruptions cutanées rougeâtres sur la poitrine et le dos des jeunes enfants, compatibles avec l'éruption causée par la chaleur qui touche particulièrement les nourrissons, dont la capacité à réguler la température corporelle est encore limitée.
«Mon garçon de 5 ans et mon bébé de 5 mois. Jusqu'à quand ? Les coupures de courant durent déjà environ 36 heures... pour 3 heures d'électricité avec un énorme va-et-vient», a écrit la femme dans sa publication du 3 septembre.
Chibas a également souligné que de nombreux Cubains n’ont pas d’alternatives pour atténuer les coupures : « Beaucoup de Cubains n’avons pas de membres de la famille qui nous envoient des EcoFlow ni rien de ce genre […] et pendant ce temps, nos enfants souffrent des conséquences d’un gouvernement défaillant. »
La mère a décrit le moment où elle écrivait : son bébé dormait à côté d'elle avec deux ventilateurs allumés, profitant des rares heures de courant disponibles. C'est alors qu'elle a lancé la phrase qui inverse la consigne que le régime répète comme un mandat : « Résiste donc avec 3 heures de courant toutes les 36 heures ou plus de coupures, résiste donc avec le ventre vide et la gorge sèche de soif ».
Le témoignage n'est pas un cas isolé. Cuba traverse en 2026 une crise électrique de proportions historiques, avec un Système Électroénergétique National qui fonctionne avec un parc thermique obsolète, sans entretien suffisant et avec une pénurie chronique de combustible.
Ce vendredi, l'Union Électrique a prévu une puissance affectée maximale de 2.220 MW, ce qui équivaut à priver d'électricité jusqu'à 68% de l'île simultanément au pic de demande, selon des calculs de l'agence EFE cités par Infobae.
A lo largo de 2026, le système électrique a subi au moins sept collapses totaux, avec des coupures atteignant dans certaines zones plus de 72 heures consécutives et dans d'autres provinces dépassant les 80 heures. Le pays a atteint un nouveau sommet dans sa crise énergétique en enregistrant le 4 août dernier un impact record de 2 411 mégawatts (MW).
La crise énergétique aggrave une situation alimentaire tout aussi sévère. Selon l'Enquête Nationale sur la Sécurité Alimentaire « En Cuba Hay Hambre 2025 », du Food Monitor Program, 80,4 % des foyers interrogés ont vu leur capacité à cuisiner affectée par les coupures de courant et 48,3 % ont perdu des aliments en raison du manque de réfrigération. De plus, dans 33,9 % des foyers, au moins un de leurs membres s'était couché affamé en raison d'un manque de nourriture au cours des 30 jours précédant l'enquête.
Le cas de Chibas s'ajoute à une série de dénonciations que des mères cubaines ont publiées sur les réseaux sociaux tout au long de l'année. En juillet, une femme du Cerro racontait qu'elle dormait sur le toit avec sa fille pour supporter les nuits sans ventilation. Tous ces témoignages pointent vers la même cause : des décennies de dégradation de l'infrastructure énergétique sous un système qui n'a pas pu — ni voulu — le résoudre.
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