
Pendant que 94 % des Cubains vivent dans une pauvreté extrême et que les coupures de courant durent plus de 20 heures par jour dans certaines régions du pays, le régime a des priorités bien définies : mardi et mercredi prochains, La Havane accueillera la XXVI édition du Symposium de Recherche Culturelle au Pabellón Cuba, comme l'a annoncé l'agence d'État ACN.
L'événement, organisé par la Direction Provinciale de la Culture de La Havane et le Centre d'Amélioration pour la Culture Félix Varela et Morales, est dédié —bien sûr— au centenaire de la naissance de Fidel Castro (1926-2016), au 507e anniversaire de la fondation de la Villa de San Cristóbal de La Havane, au 50e anniversaire du Ministère de la Culture et au 40e anniversaire de l'Association Hermanos Saíz (AHS), a indiqué la source.
Parmi les objectifs déclarés du symposium figure, avec toute la sérieux du monde, « favoriser la réflexion et le débat sur les problèmes fondamentaux auxquels est actuellement confrontée la culture de la capitale », précise le rapport. Que personne ne s'inquiète : il ne sera certainement pas question des causes profondes des coupures de courant qui empêchent de voir un film, ni de la fuite massive d'artistes et d'intellectuels vers l'étranger, ni de l'impossibilité d'acheter un pinceau ou une ramette de papier. La « réflexion » a ses limites idéologiques clairement définies.
L’agenda est aussi chargée qu’appauvrie en réponses réelles. Le mardi 15, le Dr Ignacio Turcios Lima Tamayo, du Centre Fidel Castro Ruz, donnera une conférence magistrale intitulée « Fidel Castro Ruz et les Traditions Culturelles de Guanabacoa ». Le lendemain, mercredi 16, un panel d’hommages dans le Salón de Mayo rassemblera Yasel Toledo Garnache, président de l'AHS ; des représentants de l'UNEAC et du Ministère de la Culture ; ainsi que M. Sc. María Eugenia Ascuy Rodríguez, de la Direction Provinciale de la Culture.
Chaque journée se déroulera de 10h00 à 14h00 avec des travaux en trois commissions : besoins culturels, histoire et identité, et enseignement artistique ainsi qu'environnement, architecture et urbanisme. À la fin, les jurés remettront des prix de recherche. Car à Cuba, lorsque les solutions font défaut, il y a toujours des diplômes.
Le symposium n'est pas un fait isolé, mais une pièce supplémentaire du modèle systématique du régime à vivre d'événement en événement pour projeter une normalité qui n'existe pas. Le calendrier officiel de 2026 cumule des dizaines d'activités institutionnelles. En août, Díaz-Canel a inauguré le 24e Rencontre Internationale des Partis Communistes et Ouvriers avec plus de 100 délégués de 48 organisations, et le colloque « Fidel : héritage et avenir » a rassemblé plus de 1 500 délégués de 63 pays.
En juin, le XXIIe Congrès de la CTC a réuni 759 délégués —dont 561 par vidéoconférence— selon un principe d'organisation de « maximale austérité », une formule qui, au moins, a le mérite d'une honnêteté involontaire.
Le contexte de tant de célébrations culturelles est frappant. La CEPAL projette pour 2026 une contraction du PIB cubain de -10,3%, la pire chute économique d'Amérique Latine et des Caraïbes. L'inflation officielle sur un an a atteint 20,70% en juillet et la Loi de Budget de l'État a fixé pour cette année un déficit fiscal maximal de 74.500 millions de pesos cubains. Tout cela se déroule dans un pays dont la population effective a été réduite à environ 9,4 millions d'habitants, selon des données officielles, et où, selon l'Observatoire Cubain des Droits de l'Homme, 94% de la population vit dans une situation de pauvreté extrême.
Ainsi, pendant que les chercheurs débattent des « stratégies de développement sous une dimension culturelle » et rendent hommage à l'héritage de Castro, les Cubains de la base continueront à faire la queue pour obtenir de la nourriture, à calculer combien d'heures ils auront de lumière ce soir et à se demander s'il y aura une commission qui étudiera quand cela prendra fin.
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