
Le régime chaviste vénézuélien a levé ce jeudi les blocages de près de 10 portails d'actualités, dans une mesure que la Commission Nationale des Télécommunications (Conatel) a formalisée par le biais d'une « notification technique » adressée aux fournisseurs d'internet, sur instructions de la présidente par intérim Delcy Rodríguez.
Selon une étude de l'organisation VE Sin Filtro, les sites rétablis sont Alberto Rodríguez News, Caraota Digital, Crónica Uno, EFE Noticias, Efecto Cocuyo, El Estímulo, El Pitazo, Monitoreamos.com, Runrunes et Revista Semana.
La même organisation a précisé que Cantv a commencé la levée de manière apparemment simultanée à l'annonce officielle du Programme pour la Paix et la Convivialité Démocratique, publiée mercredi soir ; les autres fournisseurs — Digitel, Inter, NetUno et Movistar — ont suivi dans les heures qui ont suivi.
La mesure représente une reconnaissance sans précédent : selon VE Sin Filtro, c'est la première fois que l'État vénézuélien admet ouvertement avoir bloqué des médias et l'impact de ces restrictions sur la liberté d'expression.
Cependant, la même organisation a qualifié les déblocages de « totalement insuffisants », étant donné que 194 domaines restent toujours bloqués dans le pays, dont 84 correspondent à des médias d'information.
Le déblocage partiel répond à des pressions formelles de la profession journalistique.
Le 3 septembre, des représentants de médias tels que La Patilla, El Nacional, VPI TV, El Diario et plusieurs médias régionaux, accompagnés de la Chambre vénézuélienne de l'industrie de la radiodiffusion, ont remis à la délégation de l'Assemblée nationale élue en 2015 un cahier de doléances comportant cinq exigences urgentes en matière de liberté d'expression, parmi lesquelles la levée de tous les blocages de portails par Conatel.
Dinorah Figuera, présidente de cette Assemblée nationale, a salué les progrès mais a été ferme sur leurs limites. « Aujourd'hui, une fenêtre s'ouvre que de nombreux Vénézuéliens attendaient depuis des années », a-t-elle écrit sur son compte X, tout en avertissant : « C'est un premier pas. Il reste encore beaucoup de moyens à mettre en place, et ils doivent tous revenir, de manière pleine et permanente. Sans presse libre, il n'y a pas de démocratie possible, ni de véritable rencontre entre Vénézuéliens. »
Figuera a également rejeté l'idée que l'accès à l'information soit traité comme une concession du pouvoir : « C'est un droit dans une pleine démocratie, non une concession. Informer sans crainte ne peut plus être un privilège, mais doit être le respect de la loi ».
Le Syndicat National des Travailleurs de la Presse (SNTP) a été plus exigeant dans son évaluation. L'organisation a revendiqué que le processus atteigne 100 % des médias et organisations affectés, auprès de tous les opérateurs et de manière définitive, et a critiqué le fait que Conatel reste à nouveau silencieux sur les décisions qui, pendant des années, ont maintenu ces restrictions sans actes administratifs ni fondements juridiques connus.
En plus du déblocage total, le SNTP a exigé la libération immédiate de six journalistes qui sont encore sous le coup de poursuites judiciaires, l'abrogation de la loi contre la haine et le renouvellement urgent des concessions de radio en attente, une situation qui maintient dans l'incertitude juridique près de 70 % des stations du pays — plus de 800 radios.
Le déblocage intervient à la veille du deuxième cycle en présentiel du processus de dialogue inscrit dans le Programme pour la Paix et la Convivance Démocratique, dont l'agenda, selon la délégation de l'AN2015, prévoit des questions de liberté d'expression.
Le SNTP a affirmé qu'il continuera à vérifier la levée des restrictions et à revendiquer des garanties pour empêcher toute autorité du régime d'imposer de nouveaux blocages de manière arbitraire.
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