Le chef d'état-major général des Forces armées de Biélorussie et premier vice-ministre de la Défense, Pavel Muraveiko, effectue une visite officielle à Cuba dans le cadre du renforcement des liens militaires entre les deux régimes.
Le ministère de la Défense biélorusse a confirmé son arrivée, bien qu'il n'ait pas fourni de détails sur l'agenda ni la durée du voyage, selon le média biélorusse reform.news.
Cette nouvelle approche s'inscrit dans une série d'échanges de haut niveau qui ont caractérisé la relation entre La Havane et Minsk au cours des deux dernières années.
En janvier 2024, le ministre de la Défense biélorusse, Viktor Jrenin, s'est rendu à Cuba et a signé un accord de coopération militaire avec son homologue cubain, Álvaro López Miera. Le contrat comprenait un plan bilatéral d'activités pour 2024 et la possible fourniture de lanceurs de missiles Polonez, ayant une portée allant jusqu'à 300 kilomètres.
Peu après, en mars 2024, un autre haut responsable biélorusse a visité l'île, ce qui a été interprété comme une continuation de l'accord militaire. En mai 2025, le Comité d'État militaire et industriel de Biélorussie a annoncé la modernisation des systèmes de missiles sol-air S-125 appartenant aux FAR, transformés en version Pechora-2BM par l'entreprise ALEVKURP.
La coopération militaire a également inclus des programmes de formation. Déjà en 2023, il avait été annoncé que des militaires cubains seraient formés sur le territoire biélorusse dans le cadre d'un projet stratégique qui s'est concrétisé en plusieurs étapes.
Le renforcement de ces liens a été accompagné de signes diplomatiques tels que l'accréditation de l'attaché militaire cubain à Minsk en janvier 2025 et l'ouverture d'une résidence officielle du corps diplomatique militaire cubain dans cette ville.
La visite actuelle de Muraveiko survient également après la tournée effectuée par le dirigeant cubain Miguel Díaz-Canel en juin dernier, lorsqu'il s'est rendu en Biélorussie pour assister au Conseil Économique Suprême Euroasiatique à l'invitation du dirigeant Alexander Lukashenko.
Dans ce contexte, des thèmes de coopération en matière de défense, d'énergie et d'industrie ont été discutés, tandis que l'île connaissait une crise énergétique et sociale aiguë.
Ce nouvel épisode réaffirme le positionnement du régime cubain aux côtés de ses alliés les plus proches en Europe de l'Est, consolidant une coopération militaire qui va bien au-delà du symbolique, avec des implications stratégiques dans le contexte géopolitique mondial actuel.
Coopération triangulaire et signes d'engagement cubain dans la guerre en Ukraine
La visite du chef d'état-major biélorusse à Cuba ne peut pas être interprétée isolément. Elle s'inscrit dans un réseau plus large de collaboration entre La Havane, Minsk et Moscou, qui s'est tissé discrètement depuis le début de l'invasion russe en Ukraine en 2022.
Bien que le régime cubain a dosé ses prises de position explicites en faveur du conflit, ses actions ont tracé un schéma d'alignement géopolitique qui va au-delà du discours.
Un des signes les plus révélateurs est apparu en 2023, lorsque l'annonce a été faite que des militaires cubains seraient formés sur le territoire biélorusse. L'initiative, présentée comme faisant partie d'un accord de coopération technique, peut également être interprétée comme un geste d'engagement symbolique — et possiblement opérationnel — de La Havane envers ses alliés stratégiques.
Sur la scène internationale, faire partie de ce type d'entraînement n'est pas une décision anodine : cela implique de partager des doctrines, de peaufiner des tactiques conjointes et, surtout, de montrer une disposition à s'impliquer, même de manière indirecte, dans des dynamiques de guerre.
Cet engagement apparent a pris une tournure plus trouble lorsque, en septembre 2023, l'identité de la colonel Mónica Milián Gómez, attachée militaire cubaine à Moscou, a été révélée, étant présumément liée au recrutement de citoyens cubains pour renforcer les rangs de l'armée russe.
L'information, soutenue par des sources ukrainiennes et publiée par CiberCuba, a été l'une des premières pièces d'un puzzle qui révélerait par la suite une opération de recrutement systématique, dans laquelle plus de mille Cubains ont été envoyés à la guerre.
Selon des dénonciations des services de renseignement ukrainiens, de nombreux réquisitionnés ont été trompés par de fausses promesses d'emploi ou d'avantages économiques.
En mai 2025, un dossier exclusif de ce média a révélé qu'au moins 1,028 Cubains avaient été officiellement identifiés comme combattants en Ukraine, certains même âgés de plus de 50 ans, envoyés au front comme chair à canon.
Pese à l'ampleur du scandale, le régime cubain s'est désengagé de manière publique, qualifiant ces faits d'actions étrangères à son contrôle. Cependant, la synchronisation entre les vols, les accréditations militaires et la diplomatie suggère une structure plus coordonnée que ce que le discours officiel admet.
Dans ce contexte, l'alliance entre Cuba, la Biélorussie et la Russie cesse d'être uniquement diplomatique ou symbolique, et se transforme en une coopération trilatérale avec de possibles implications militaires. Chaque geste, chaque visite et chaque signature d'accord renforcent l'hypothèse que La Havane a choisi de jouer un rôle plus actif dans le bloc géopolitique dirigé par Moscou.
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