Leonardo Padura réfléchit sur la réalité cubaine : « La misère crée des misérables »

Leonardo Padura dénonce la crise cubaine dans son roman "Morir en la arena", reflétant la précarité et l'inégalité. Il met en avant le rôle des envois de fonds et de la répression dans un pays au bord de l'effondrement.

Leonardo Padura et la couverture de Morir en la arena, son roman le plus triste.Photo © Collage/Facebook / Leonardo Padura et Librairie Cervantes.

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L'écrivain cubain Leonardo Padura a de nouveau utilisé la présentation de l'un de ses romans comme plateforme pour dénoncer la crise que traverse l'île.

En pleine promotion de “Morir en la arena”, qu'il définit lui-même comme “le roman le plus triste” qu'il ait écrit, le Prix Princesse des Asturies des Lettres 2015 a reconnu qu'à Cuba, il règne le “sauve qui peut”, un slogan qui reflète la fracture d'un pays qui avait autrefois promis le bien commun.

Je voulais parler du destin final de ma génération, des gens qui ont travaillé, se sont sacrifiés, ont souffert des interdictions et des limitations… et qui se retrouvent maintenant plus pauvres que jamais”, a déclaré Padura à Madrid lors d'une rencontre avec des journalistes, cité par l'agence EFE.

Le nouveau roman de l'auteur de « L'homme qui aimait les chiens » part d'un fait réel : un parricide qui sert de déclencheur narratif. Mais au-delà du suspense, Padura a voulu montrer la vie quotidienne de ceux qui survivent au milieu de la précarité, des coupures de courant et des inégalités.

«C'est la chronique d'un effondrement», résuma-t-il.

"La misère crée des misérables."

“La misère engendre des misérables”, a affirmé Padura, faisant référence à l'augmentation de la violence, des vols et des inégalités qui ont marqué la Cuba récente.

Les prix exorbitants, comme un carton d'œufs à 3,000 pesos face à des pensions de 2,000, reflètent la détérioration de la vie quotidienne. “La possibilité de ces petites entreprises fonctionne très bien dans un pays où il manque de tout, mais le problème ce sont les prix”, a-t-il souligné.

Les protagonistes de “Morir en la arena” sont Rodolfo, un retraité, et son ex-belle-sœur Nora, qui parviennent à subsister grâce à quelque chose que Padura considère comme crucial à Cuba : l'aide de leurs proches à l'étranger. Un tableau d'un pays où des millions de personnes dépendent des envois de fonds pour survivre.

Vivre sous des coupures de courant et la répression

Padura a également avoué que, pour résister aux coupures de courant à La Havane, il a investi 4 000 dollars dans des panneaux solaires, selon ses déclarations au quotidien El País. “Tout le monde ne peut pas se le permettre”, a-t-il reconnu, conscient que la plupart de ses voisins subissent des coupures électriques allant jusqu'à 20 heures par jour.

Ce contraste entre privilèges et privations traverse à la fois sa vie personnelle et son œuvre, qui combine le témoignage intime avec la dénonciation sociale. Dans la même interview, il a fait référence à la répression des manifestations du 11 juillet 2021. “Ce furent des condamnations exemplaires ; pour avoir brisé un verre, dix ans de prison. Les gens souffrent et se taisent, parce que l'autre…”, a-t-il déclaré.

Littérature comme mémoire

Bien qu'il insiste sur le fait qu'il n'est ni politicien ni économiste, Padura se reconnaît une “responsabilité” en tant qu'écrivain : raconter ce qu'il voit autour de lui. “À Cuba, il est impossible de s'aliéner de la réalité, la réalité n'est pas qu'elle frappe à ta porte, c'est qu'elle l'ouvre et entre chez toi”, a-t-il déclaré à EFE.

Padura défend la littérature comme un “réservoir de la mémoire” face aux tentatives de manipulation ou de silence, tant à Cuba que dans d'autres pays. Et bien que beaucoup de ses romans ne soient pas publiés sur l'île, les Cubains trouvent des moyens de les lire, même sous forme de copies numériques piratées qui circulent à peine quelques jours après leur sortie sur le marché international.

Au-delà de la tristesse qui imprègne "Morir en la arena", Padura pense que le peuple cubain conserve quelque chose d'essentiel, "un esprit invincible".

Questions fréquentes sur la crise à Cuba et la position de Leonardo Padura

Quels aspects de la crise cubaine Leonardo Padura dénonce-t-il dans son nouveau roman ?

Leonardo Padura utilise son roman "Morir en la arena" pour dénoncer la profonde crise que traverse Cuba. À travers son œuvre, Padura expose l'augmentation de la violence, des vols et des inégalités dont souffrent les Cubains. Le roman reflète la vie quotidienne marquée par la précarité, les coupures de courant et la dépendance aux envois d'argent de l'étranger pour survivre. Padura dépeint un pays usé par la répression et le manque d'espoir quant à un changement proche.

Comment la crise énergétique affecte-t-elle la vie quotidienne à Cuba ?

La crise énergétique à Cuba se manifeste par de longues coupures de courant qui interrompent les vies et les routines. Les Cubains font face à des coupures électriques pouvant aller jusqu'à 20 heures par jour, ce qui affecte la réfrigération des aliments, la communication et la qualité de vie en général. Beaucoup doivent recourir à l'utilisation de charbon ou de bois pour cuisiner, et le manque d'électricité limite également l'accès à Internet et la possibilité de faire des réclamations ou d'exprimer des mécontentements.

Que dit Padura sur la répression à Cuba ?

Leonardo Padura a critiqué la répression à Cuba, faisant référence aux manifestations du 11 juillet 2021. Dans ses déclarations, il souligne que les condamnations étaient "exemplaires", avec des peines disproportionnées telles que dix ans de prison pour avoir brisé une vitre. Padura met en avant que les Cubains souffrent en silence face à la répression et au manque de libertés, ce qui reflète la dure réalité politique sur l'île.

Quelles solutions Padura a-t-il mises en œuvre pour faire face aux coupures de courant chez lui ?

Pour faire face aux coupures de courant, Leonardo Padura a installé un système de panneaux solaires chez lui, un investissement qui a coûté 4 000 dollars. Padura reconnaît que c'est un luxe inaccessibles pour la majorité des Cubains, qui doivent supporter des coupures électriques allant jusqu'à 20 heures par jour sans alternatives viables. Cette solution reflète l'inégalité dans l'accès aux ressources sur l'île.

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