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Cuba fait face à l'une des pires crises sanitaires de son histoire récente. Alors que les hôpitaux s'effondrent, les pharmacies sont vides et les épidémies de dengue, de chikungunya et d'oropouche se propagent presque dans tout le pays, le ministre de la Santé Publique, José Ángel Portal Miranda, reste silencieux.
Il n'y a pas de conférences de presse, pas d'apparitions publiques, pas d'explications claires. L'homme chargé de garantir la santé de onze millions de Cubains a disparu des radars de l'information juste au moment où le pays a le plus besoin de réponses.
Le ministre absent
Dans toute nation démocratique, un responsable avec sa charge se présenterait quotidiennement, offrant des chiffres, des mesures et des évaluations. À Cuba, en revanche, le titulaire du MINSAP semble retranché derrière les rapports épidémiques qui informent à peine du strict nécessaire.
Portal Miranda, qui en juillet dernier a reconnu devant l'Assemblée nationale que le système de santé traverse une "crise structurelle sans précédent", a choisi le silence administratif, comme si l'omission était une stratégie.
Au cours des dernières semaines, ce sont les viceministres et les directeurs provinciaux du MINSAP qui se sont exprimés sur l'expansion du dengue, de la chikungunya et de l'oropouche.
Carilda Peña García, vice-ministre du secteur, a présenté des rapports partiels dans lesquels elle a reconnu une transmission active dans presque toutes les provinces ; le docteur Francisco Durán, directeur national de l'Épidémiologie, a assumé le rôle de porte-parole presque permanent de la crise.
Mais concernant le Portal Miranda, rien : ni une comparution, ni une interview, ni une explication publique. Son silence est déjà, en soi, une réponse —et un symptôme— de la paralysie politique et morale qui domine la gestion sanitaire du pays.
Sa dernière apparition publique date de la mi-octobre, lorsqu'il a minimisé l'expansion du dengue et a assuré que “la situation était sous contrôle”.
Lors d'une réunion tenue à Matanzas, Portal Miranda a assuré qu'aucun décès n'avait été enregistré à cause du dengue ni du chikungunya, malgré des rapports citoyens faisant état de décès, d'un effondrement sanitaire et d'une augmentation des cas de fièvre dans la province.
Le titulaire du MINSAP a qualifié de “rumeurs” les informations sur les décès et a précisé que les maladies en circulation “ne sont ni nouvelles, ni rares, ni inconnues”.
Depuis lors, les contagions ont augmenté, les hôpitaux sont saturés et les plaintes des citoyens se multiplient. Des médecins sans réactifs, des enfants hospitalisés dans les couloirs, des files d'attente interminables pour obtenir un analgésique ou une injection : c'est la réalité du pays aujourd'hui.
Pendant ce temps, le MINSAP publie des communiqués ambigus et des statistiques incomplètes. On ne sait pas combien de malades il y a réellement, combien sont décédés ni quelles sont les zones les plus touchées.
Le manque de transparence est si évident que chaque semaine, des versions différentes circulent sur l'ampleur de la crise, tandis que les autorités demandent calme et patience à une population épuisée.
La crise des arbovirus combinés
La crise sanitaire actuelle a un nom et un vecteur : le moustique. Ce qui autrefois était des foyers isolés de dengue s'est transformé en un cocktail explosif d'arboviroses combinées —dengue, chikungunya et oropouche— qui submergent les hôpitaux et mettent en péril les services de santé.
Expertes avertissent que la co-infection de plusieurs virus chez un même patient aggrave le tableau clinique et augmente le risque de complications fatales, notamment chez les enfants et les personnes âgées.
Cependant, la réponse officielle reste la même : des discours creux sur "le contrôle de foyer" et des appels à la "responsabilité individuelle". L'État qui, pendant des décennies, s'est vanté d'avoir une "puissance médicale" délègue aujourd'hui aux voisins l'élimination des lieux de reproduction, tandis que les déchets s'accumulent et que les brigades de désinsectisation travaillent sans carburant ni insecticides.
Le ministre lui-même a reconnu en juillet que seulement 30 % du stock de médicaments essentiels est disponible. Cela signifie que la majorité des traitements pour combattre la fièvre, la douleur, la déshydratation ou les infections secondaires n'existent tout simplement pas dans le réseau pharmaceutique d'État.
Les patients doivent recourir au marché noir ou dépendre des colis envoyés par des proches à l'étranger. Le résultat : inégalité, désespoir et augmentation alarmante des décès évitables.
Un système sans réponses
Le silence de Portal Miranda n'est pas seulement politique : il est moralement inacceptable. Dans un pays où les autorités sanitaires contrôlent toutes les données et ressources, son absence équivaut à une négation du droit des citoyens à être informés.
Où est le rapport public avec le chiffre réel des infectés ? Quel budget a été alloué à la fumigation, à la surveillance épidémiologique et à l'achat de médicaments ? Quelles mesures sont prises dans les territoires les plus touchés ? Personne ne le sait.
Le ministre devrait expliquer aux Cubains pourquoi il n'y a pas de médicaments à la pharmacie, de fournitures pour la fumigation, de moustiquaires dans les hôpitaux, de répulsifs dans les foyers, pourquoi les diagnostics prennent des semaines ou pourquoi les médecins travaillent sans matériel de base. Mais il ne le fait pas.
En leur lieu, le régime répète le même discours : blâmer le "blocus américain", parler de "conditions climatiques défavorables" et faire appel à la "résistance du peuple".
Díaz-Canel, la continuité de l'impunité
La question que beaucoup se posent va au-delà du ministre : pourquoi Miguel Díaz-Canel le maintient-il en poste ?
La réponse est politique. Portal Miranda représente l'obéissance, non la concurrence. Sa pérennité confirme que le système de santé cubain n'est pas géré comme un droit citoyen, mais comme une ressource d'extraction de devises, de propagande et de contrôle.
La santé publique est devenue une vitrine vide pour les Cubains et un lucratif business pour les élites du régime : tandis que des médecins et des vaccins sont exportés, le peuple tombe malade sans soin.
Díaz-Canel a demandé il y a quelques jours de "faire face aux arboviroses comme on a fait face à la COVID-19". Mais pendant la pandémie, son gouvernement a caché des statistiques, poursuivi des médecins critiques et manipulé des données pour projeter une image de succès.
La même tactique se répète maintenant : minimiser la gravité, censurer la presse indépendante et maintenir un discours de « situation contrôlée » auquel plus personne ne croit.
Transparence, responsabilité et reddition de comptes
Cuba a besoin, de toute urgence, de transparence. Le MINSAP doit publier des rapports épidémiologiques détaillés, province par province, avec des chiffres réels de cas, de décès et de ressources. Il doit rendre des comptes à la population et à la communauté médicale, et non au Parti Communiste. L'opacité tue. Et chaque jour qui passe sans information, le nombre de victimes augmente.
Il est également essentiel de réaliser un audit public sur l'utilisation du budget de la santé. Combien dépense-t-on en contrôle vectoriel ? Combien en tourisme médical ? Combien en publicité ? La responsabilité ne peut pas être un privilège des pays libres : c'est une obligation morale de tout gouvernement, et surtout de celui qui se vante d'humanisme.
José Ángel Portal Miranda et Miguel Díaz-Canel doivent répondre de cette catastrophe. Ils ne peuvent plus se cacher derrière le discours de l'embargo alors que des enfants meurent par manque de réactifs et de médicaments, des personnes âgées agonisent sans traitements et le système de santé public cubain s'effondre.
Vers une intervention humanitaire ?
La magnitude du désastre soulève une question délicate : le moment est-il venu de demander une intervention humanitaire internationale ?
Lorsqu'un pays ne peut garantir des conditions minimales de salubrité, lorsque les épidémies se propagent sans contrôle et que l'État manque de capacité —ou de volonté— pour répondre, la communauté internationale a le devoir d'agir. Il ne s'agit pas de politique, mais de vies humaines.
Des organismes tels que l'Organisation panaméricaine de la santé, la Croix-Rouge ou l'OMS doivent évaluer d'urgence la situation épidémiologique à Cuba. Si le régime n'autorise pas une inspection indépendante, son silence sera une preuve de culpabilité.
Cuba ne peut plus continuer à mourir dans l'obscurité.
Les Cubains méritent de connaître la vérité, ils méritent d'être pris en charge, ils méritent de vivre.
Et si leurs autorités ne sont pas capables de les protéger, le monde a l'obligation morale de le faire.
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