Le cercle cubain autour de Maduro : Plus de gardes du corps, plus d'espionnage et moins de confiance dans son entourage



La paradoxe est que Maduro ne craint pas tant Washington que ceux qui le soutiennent. Cuba est devenu son gardien et son geôlier : il contrôle la sécurité qui le protège, mais aussi celle qui pourrait l'éliminer.

Nicolás Maduro et son escorte lors d'un discours à Caracas en 2018 (image d'archives)Photo © Capture d'écran vidéo X / @NoticiasRCN

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Nicolás Maduro a renforcé sa sécurité personnelle avec de nouveaux agents cubains dans son équipe et davantage d'agents de contre-espionnage infiltrés dans l'armée vénézuélienne, en raison de la crainte que ses propres alliés de La Havane puissent l'éliminer s'il cède le pouvoir, selon des rapports de renseignement des États-Unis et un récent article de The New York Times.

Des hauts responsables américains cités par le portail Axios affirment que le leader chaviste craint d'être assassiné par ses conseillers cubains s'il quitte son poste, en raison des informations sensibles qu'il détient sur les opérations communes entre Caracas et La Havane.

Captura de pantalla Facebook / The New York Times

Maduro, affirment ces sources, "sait trop" sur les accords secrets qui ont soutenu pendant des années l'alliance entre les deux régimes, y compris les opérations de narcotrafic, les transactions financières irrégulières et les manœuvres de renseignement en Amérique latine.

Le rapport ajoute que le dirigeant vénézuélien a pris des mesures extrêmes pour se protéger : il change souvent de lit et de téléphone portable, se déplace entre différentes résidences à Caracas et a renforcé sa garde avec des agents cubains spécialisés dans le contre-espionnage.

Selon The New York Times, Maduro se méfie même de son entourage militaire et a ordonné l'incorporation de davantage d'officiers du G2 cubain — le service de renseignement de l'île — dans la sécurité présidentielle et dans la structure de l'armée. L'objectif est de détecter de possibles trahisons internes, mais aussi de garantir la présence directe de La Havane dans l'appareil de pouvoir vénézuélien.

Cette influence n'est pas nouvelle. Depuis la mort de Hugo Chávez en 2013, Cuba a contrôlé les principaux organismes de renseignement et de sécurité du Venezuela. Des milliers de conseillers cubains opèrent dans les services du SEBIN et de la DGCIM, supervisant à la fois les opérations politiques et la surveillance des militaires eux-mêmes.

En échange, La Havane reçoit du pétrole, des devises et un soutien diplomatique, ce qui a permis au régime cubain de maintenir son économie en pleine crise énergétique.

Washington considère que cette alliance représente une menace directe pour la stabilité régionale. Les agences américaines soulignent que le réseau cubano-venezuelien facilite le flux de drogues et d'argent dans les Caraïbes, en plus de servir de plateforme d'opérations pour la Russie, la Chine et l'Iran.

Bien que le président Donald Trump maintienne la possibilité d'une sortie négociée, l'accroissement de la pression militaire américaine dans les Caraïbes reflète un message clair : la fin de l'impunité de l'axe Caracas-La Havane.

L'opération navale Southern Spear  (Lance du Sud), officiellement dirigée contre le trafic de drogues, a détruit plus de 20 embarcations liées à des réseaux vénézuéliens, laissant au moins 80 morts, selon des données de renseignement divulguées.

“Nous avons des opérations secrètes, mais elles ne sont pas conçues pour tuer Maduro,” a déclaré un haut responsable de la Maison Blanche cité par Axios. “Cependant, sa permanence dépend de la protection cubaine, et aussi de la peur qu'il leur inspire.”

Malgré ce scénario, Maduro tente de projeter une image de calme. Il apparaît à des événements publics sans préavis, danse, enregistre des vidéos pour TikTok et répète des slogans de "paix et souveraineté", tout en se cachant chaque nuit dans des endroits différents. Sa rhétorique provocante contraste avec sa paranoïa croissante.

La paradoxe est que Maduro n'a pas peur de Washington, mais de ceux qui le soutiennent. Cuba est devenue son gardien et son geôlier : elle contrôle la sécurité qui le protège, mais aussi celle qui pourrait l'éliminer.

Le destin du chavisme, selon des analystes, ne se définit plus à Caracas, mais à La Havane. Et la peur de Maduro vis-à-vis de ses propres alliés marque le déclin d'une révolution qui, en abandonnant sa souveraineté à Cuba, est devenue prisonnière de sa propre dépendance.

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