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En janvier 2026, le monde a été témoin d'un événement historique : la capture de Nicolás Maduro par des forces américaines, ordonnée par le président Donald Trump. L'opération, baptisée "Résolution Absolue", a mis fin à plus de deux décennies de chavisme et a ouvert une nouvelle ère pour l'Amérique latine. Trump a déclaré que "la dictature cubaine est prête à tomber", convaincu qu'Havane, privée du pétrole vénézuélien, s'effondrera sous son propre poids.
Cependant, tandis que des millions de Cubains et de Vénézuéliens célébraient avec espoir, la réaction officielle de l'Espagne a été de désapprobation distante. Le gouvernement de Pedro Sánchez a condamné l'opération américaine pour "violation du droit international" et a mis en garde contre "les risques d'instabilité régionale". Au lieu de saluer la fin d'une dictature, Madrid a préféré questionner Washington. Cette réponse a ravivé une question inconfortable : qu'a réellement fait l'Espagne pour la liberté de Cuba et du Venezuela au cours des trente dernières années ?
La réponse est simple et douloureuse : très peu, voire rien. En deux décennies, l'Espagne a privilégié les affaires et une diplomatie complaisante au détriment de la défense de la démocratie. Pendant ce temps, les Cubains et les Vénézuéliens ont payé le prix de la répression, de l'exil et de la pauvreté.
Les affaires d'abord : les intérêts au-dessus de la liberté
Au cours des trente dernières années, l'Espagne a entretenu une relation ambiguë avec les régimes de La Havane et de Caracas. En théorie, elle défend les droits de l'homme et la démocratie ; en pratique, elle protège les investissements, les crédits et les contrats. La politique a été claire : d'abord les affaires, ensuite on verra la liberté.
À Cuba, des entreprises espagnoles dominent le secteur touristique. Des chaînes hôtelières gèrent des dizaines d'établissements appartenant à l'État cubain, en échange d'une part des revenus. Ce modèle profite aux compagnies, mais il oxygène également financièrement le régime. Malgré les pertes accumulées et les millions d'euros d'impayés, les entreprises espagnoles restent présentes, comptant sur des promesses qui ne se réalisent que rarement. Même le blocage des devises imposé par le gouvernement cubain lui-même n'a pas entraîné un retrait massif. Au contraire : l'Espagne continue d'envoyer des délégations d'affaires et d'annuler des dettes qui allègent l'étouffement du castrisme.
Au Venezuela, l'histoire est similaire. De grandes entreprises espagnoles sont restées pendant des années dans le pays, attendant de récupérer leurs créances ou leurs investissements. La pétrolière Repsol, des banques, des compagnies aériennes et des assureurs publics ont résisté au déclin économique du chavisme en espérant “ne pas perdre de position” en cas de changement politique éventuel. Cet intérêt commercial a conditionné la politique extérieure espagnole, qui a choisi la prudence et le silence pour ne pas mettre en péril le recouvrement de milliers de millions d'euros.
La paradoxe est évidente : tandis que les États-Unis durcissaient les sanctions et faisaient pression économiquement sur les régimes de Maduro et Castro, l'Espagne préservait le statu quo commercial. Au nom de la "diplomatie économique", elle a fini par soutenir, bien que de manière indirecte, deux dictatures. Le résultat a été le même : prolonger leur vie artificielle au prix de la souffrance de leurs peuples.
Blanchiment diplomatique : l'art de détourner le regard
La deuxième grande constante de la politique espagnole envers Cuba et le Venezuela a été le blanchiment diplomatique. Au lieu de dénoncer fermement les violations des droits de l'homme, Madrid a préféré un discours de dialogue et de médiation qui, dans les faits, a légitimé les régimes.
Dans les années quatre-vingt-dix, l'Espagne a adopté une position européenne conditionnant les relations avec Cuba à des améliorations démocratiques. Cependant, depuis le milieu des années 2000, cette fermeté s'est estompée. Les gouvernements socialistes ont opté pour un rapprochement inconditionnel et des visites de courtoisie, remplaçant la pression politique par des gestes symboliques. La libération de prisonniers politiques cubains exilés en Espagne a été présentée comme un progrès humanitaire, mais en réalité, c'était un soulagement pour La Havane, qui a évacué de son territoire l'opposition la plus visible sans céder de pouvoir.
En 2019, la visite d'État des Rois d'Espagne à La Havane a scellé cette normalisation. Il n'y a eu ni rencontres avec des dissidents ni gestes de soutien à la société civile. Le régime de Castro a été traité comme un partenaire légitime, juste au moment où la répression interne atteignait des niveaux sans précédent. Il en fut de même avec le Venezuela : tandis que la communauté internationale durcissait sa position, l'Espagne misait sur le « dialogue politique », avec José Luis Rodríguez Zapatero comme médiateur officieux et controversé.
Zapatero s'est présenté comme un facilitateur de négociations entre le chavisme et l'opposition, mais sa neutralité a été remise en question même par les propres démocrates vénézuéliens. Sa proximité avec le régime et ses fréquentes visites à Caracas lui ont valu une réputation d'allié du madurisme. L'Espagne, en soutenant sa figure et en maintenant des relations "cordiales" avec l'environnement chaviste, a finalement perdu sa crédibilité auprès des défenseurs de la liberté dans la région.
À Cuba, l'attitude espagnole a été encore plus tiède. Même les manifestations massives du 11 juillet 2021 n'ont pas suscité de condamnation claire. Le gouvernement espagnol a évité d'appeler le régime cubain une dictature, se réfugiant derrière un langage diplomatique qui ne trompe plus personne. Cette ambiguïté a en pratique agi comme un bouclier politique pour La Havane dans les forums internationaux.
Pendant que d'autres pays votaient des résolutions de condamnation ou demandaient des sanctions, l'Espagne s'abstenait, appelait au calme et plaidait pour le dialogue. Les eurodéputés socialistes et de gauche avaient l'habitude de voter contre les motions les plus fermes contre Cuba et le Venezuela, envoyant au monde un message sans équivoque : avec l'Espagne, les dictatures peuvent toujours compter.
PSOE et PP : une responsabilité partagée
Il serait simpliste d'attribuer toute la responsabilité à un seul parti. La responsabilité de cette politique ambiguë incombe tant aux gouvernements socialistes qu'aux populaires, bien que avec des nuances.
Les gouvernements du PSOE, d'abord sous Zapatero puis sous Pedro Sánchez, ont misé sur l'approche diplomatique et les "bons offices". Zapatero a promu l'idée que discuter avec des dictateurs était plus utile que de les isoler ; Sánchez a hérité de cette idée en l'adaptant à son style pragmatique. Tous deux ont minimisé les abus au nom du dialogue et de la coopération. Sous leur gestion, l'Espagne est devenue un partenaire prévisible pour La Havane et Caracas, jamais gênant, toujours prêt à négocier.
Le Parti populaire a connu des moments de plus grande fermeté, notamment durant le mandat de José María Aznar, lorsque l'Espagne a pris la tête de la fameuse "position commune" de l'Union européenne envers Cuba. Mais cette ligne s’est estompée avec le temps. Mariano Rajoy a gardé un profil bas en ce qui concerne l'Amérique latine : il n’a ni exercé de pression sur le régime cubain ni encouragé une coalition internationale pour soutenir l'opposition vénézuélienne. La prudence économique et le manque d'intérêt stratégique ont fait le reste. Ce n'est que depuis l'opposition que les dirigeants du PP ont renoué avec un discours ferme en défense de la liberté, mais sans le traduire en politique de l'État.
En résumé, tant le PSOE que le PP ont été prisonniers des intérêts des entreprises et d'une diplomatie conservatrice qui évite les conflits. En réalité, aucun des deux n'a promu une politique soutenue de soutien à la démocratie à Cuba et au Venezuela. Tous deux ont partagé une prémisse tacite : il vaut mieux ne pas déranger les dictateurs s'il y a de l'argent en jeu.
Le double standard de la gauche espagnole
Au-delà des gouvernements, une partie significative de la gauche espagnole a montré un double standard face aux dictatures latino-américaines. Alors qu'elle condamne avec vigueur les violations des droits humains dans des pays conservateurs, elle reste muette lorsque les responsables sont des régimes idéologiquement proches.
Des partis et mouvements de gauche radicale ont ouvertement défendu les gouvernements de La Havane et de Caracas, justifiant leurs abus comme une “résistance à l'impérialisme”. Certains dirigeants ont même demandé la libération de Maduro après sa capture, qualifiant l'opération d'“agression américaine”. Cette cécité idéologique révèle un problème moral : la loyauté politique est confondue avec la défense de la liberté.
De nombreux intellectuels et artistes progressistes ont également adopté une attitude indulgente envers Cuba et le Venezuela, s'appuyant sur les prétendus succès sociaux du passé ou sur le récit de l'embargo. Pendant des décennies, il était considéré politiquement incorrect de critiquer la Révolution cubaine, et encore aujourd'hui, beaucoup préfèrent le silence plutôt que d'admettre que le modèle socialiste a échoué. Cette sympathie romantique a servi de couverture culturelle à la tiédeur politique.
Le résultat est une Espagne divisée : une partie, principalement la droite et la diaspora latino-américaine, exige de la fermeté face aux régimes de Castro et Maduro ; l'autre partie, la gauche idéologique, reste enfermée dans un discours des années soixante-dix. Cette fracture interne a entravé une politique étrangère cohérente et moralement claire.
Le contraste avec l'action des États-Unis
Pendant qu'Espagne débattait de diplomatie et de légalité, d'autres agissaient. Washington, avec Donald Trump de nouveau à la Maison Blanche et Marco Rubio à la tête du Département d'État, a opté pour une stratégie de force face aux régimes de Caracas et La Havane. Son intervention au Venezuela, au-delà des polémiques, a réussi ce que deux décennies de dialogue européen n'avaient pas réussi : ouvrir une étape sans précédent qui met la dictature vénézuélienne en compte à rebours.
La chute de Maduro a révélé la fragilité du système d'alliances qui soutenait le castrisme. Sans le pétrole vénézuélien ni le soutien financier du chavisme, Cuba fait face aujourd'hui à sa pire crise économique en un demi-siècle. Trump l'a dit sans détour : "L'Île s'écroule toute seule". Peut-être est-ce vrai. Mais si Cuba se libère enfin, ce ne sera pas grâce à l'Espagne.
Le gouvernement espagnol, au lieu de soutenir ce processus, a insisté pour condamner l'opération américaine. Sa priorité semble être de défendre la légalité formelle, même si cela implique de préserver les privilèges des dictatures. L'histoire, cependant, ne récompense pas la neutralité face à l'abus.
Une leçon pour l'avenir
Après trente ans d'omissions, l'Espagne a une occasion de se racheter. Cuba est au bord de l'effondrement, et le Venezuela entame une transition incertaine. C'est le moment pour l'Espagne de retrouver sa voix morale en Amérique latine, non pas en tant que partenaire complaisant de régimes vieillissants, mais en tant qu'allié des peuples qui réclament la liberté.
Pour y parvenir, il devra rompre avec la diplomatie du calcul économique et adopter une politique extérieure fondée sur des principes. Cela implique de conditionner les aides, les crédits et la coopération à de réelles réformes démocratiques ; de soutenir la société civile cubaine et vénézuélienne ; et d'abandonner la tiédeur qui a caractérisé les deux dernières décennies.
L'histoire jugera l'Espagne sur ses actes, pas sur ses discours. Lorsque Cuba et le Venezuela retrouveront la liberté — et ce jour viendra —, beaucoup tenteront d'être "sur la photo" de la nouvelle étape. Mais les peuples se souviendront de ceux qui étaient à leurs côtés quand ils en avaient le plus besoin. Et pour l'instant, l'Espagne figure sur la liste des absents.
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