Pemex dans l'embarras : Le Mexique peut-il maintenir l'approvisionnement en pétrole pour Cuba ?



La présidente Claudia Sheinbaum a défendu les envois vers Cuba comme faisant partie d'un accord de longue haleine et à caractère humanitaire.


Vidéos associées :

Au milieu d'une profonde crise énergétique à Cuba et d'une pression géopolitique croissante depuis Washington, le Mexique est devenu le principal fournisseur de pétrole et de combustibles pour l'île, en remplacement du flux vénézuélien qui s'est effondré.

Cependant, cette position stratégique, adoptée par le gouvernement de Claudia Sheinbaum dans le cadre d'une aide "humanitaire", fait face à des doutes croissants : Pemex a-t-il vraiment la capacité de maintenir l'approvisionnement à long terme ?

Mexique, nouveau soutien énergétique de Cuba

La capture de Nicolás Maduro par des forces américaines a reconfiguré la carte énergétique des Caraïbes.

Le Venezuela, qui pendant des décennies a soutenu le régime cubain avec du pétrole subventionné en échange de services médicaux et de renseignement, a vu s'effondrer sa capacité de production et d'exportation en raison des sanctions et d'un effondrement structurel.

Dans ce contexte, le Mexique est devenu le principal fournisseur de pétrole de Cuba, ce qui « augmente le coût géopolitique de sa relation avec les États-Unis », selon des spécialistes cités par l'agence EFE.

L'arrivée récente dans la baie de La Havane du navire Ocean Mariner, avec 86 000 barils de carburant en provenance du Mexique, le confirme.

“Le Mexique devient plus visible en tant qu'exportateur vers Cuba, ce qui accroît le risque de pression avec les États-Unis”, a averti Gonzalo Monroy, directeur de la société de conseil GMEC.

Les doutes sur la durabilité de Pemex

Au-delà de la diplomatie, le problème peut être chez soi.

PEMEX, la société pétrolière nationale mexicaine, n'a pas atteint ses objectifs de production, et des spécialistes comme Ramsés Pech doutent de sa capacité à maintenir des envois constants à l'étranger si la tendance actuelle se poursuit.

« Pemex et ses partenaires privés produisent 1,6 million de barils par jour (mbj), dont seulement 1,3 mbj proviennent de Pemex, loin de l'objectif officiel de 1,8 mbj », a indiqué Pech, partenaire du cabinet de conseil énergétique Grupo Caraiva.

Chaque baril expédié à Cuba, de plus, doit rivaliser avec les besoins internes et les objectifs d'exportation rentables, ce qui pourrait déclencher des alarmes au sein de l'entreprise si le retard dans la production persiste.

« Le coût d'opportunité peut devenir insoutenable », s'accordent Pech et Monroy.

Aide humanitaire… et dette irrécouvrable

La présidente Claudia Sheinbaum a défendu les envois vers Cuba comme faisant partie d'un accord à long terme d'ordre humanitaire.

«On n’envoie pas plus de pétrole que ce qui a été envoyé historiquement», a assuré au début de ce mois la dirigeante lors d'une conférence de presse, en réponse aux révélations du Financial Times, qui estiment un volume actuel de 12 000 barils par jour envoyés vers l'île.

Cependant, la réalité économique derrière ces envois est moins altruiste.

Selon Monroy, la Cuba ne paie pas, et le schéma en cours comprend des remises et des conditions laxistes, qui finissent par s'accumuler sous forme de “créances” qui ne sont jamais réglées.

«Cette dette s'accumule et est ensuite annulée, comme l'a déjà fait Enrique Peña Nieto en 2013», a-t-il expliqué.

La situation génère des frictions internes, non seulement en raison de l'opacité des données -Pemex n'a pas répondu officiellement concernant les volumes ni les montants impliqués- mais aussi à cause du précédent des dettes de plusieurs millions de dollars qui finissent par être annulées au nom de la politique extérieure.

Le contexte énergétique cubain : crise totale

Pendant ce temps, Cuba fait face à l'une des pires crises énergétiques de son histoire.

La perte du pétrole vénézuélien, combinée à la faible capacité de raffinage nationale et à un système électrique en crise, laisse des millions de Cubains confrontés à des coupures de courant pouvant aller jusqu'à 20 heures par jour.

Le régime cubain a tenté de survivre en revendant une partie du pétrole importé, tout en maintenant des relations avec la Russie - limitées par la guerre en Ukraine - et avec le Mexique comme principal soutien actuel.

Dans ce contexte, les envois mexicains ont évité un effondrement total, et sont même tolérés par Washington, qui craint une nouvelle explosion migratoire ou sociale si le pays subit une coupure généralisée et prolongée.

Un lien durable ?

Bien que la coopération énergétique entre le Mexique et Cuba ne soit pas nouvelle - elle remonte aux années 1980 - l'environnement politique actuel a amplifié son impact.

L'ambivalence des États-Unis, la fragilité opérationnelle de Pemex et le manque de paiements en provenance de La Havane forment une équation insoutenable à long terme.

“La question n'est pas de savoir si le Mexique veut continuer à envoyer du pétrole, mais s'il peut se le permettre”, a averti Monroy.

Avec une production stagnante, des finances dans le rouge et des pressions diplomatiques croissantes, le lien entre le Mexique et Cuba est sur la corde raide, et dépendra de décisions clés qui n'ont pas encore été prises.

Pour l'instant, les navires continuent de quitter les ports mexicains en direction d'une île dans l'obscurité, dans une opération qui mêle solidarité, géopolitique et risques financiers.

Malgré le discours public du président Donald Trump -qui a promis de couper l'« oxygène économique » au régime cubain- les États-Unis ont permis à Mexico de continuer les envois de pétrole brut vers l'île.

Ainsi l'ont confirmé le secrétaire à l'Énergie, Chris Wright, et d'autres hauts fonctionnaires cités par CBS News, qui ont souligné qu'en pratique, Washington tolère l'approvisionnement mexicain comme une manière d'éviter un effondrement total du système électrique cubain.

Cette ambivalence reflète une stratégie de pression mesurée, davantage tournée vers l'obtention de concessions que vers la création d'une crise humanitaire immédiate.

Archivé dans :

Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.