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Mientras le gouvernement cubain insiste sur la présentation de son alliance avec Moscou comme un soutien stratégique face aux États-Unis, une analyse révèle une réalité moins épique : pour le Kremlin, Cuba est aujourd'hui plus un symbole politique qu'un allié capable d'être protégé en pratique.
Un expert en questions russes avertit que, si Washington décide d'intensifier la pression sur l'île, Moscou disposerait de peu de marge au-delà du discours, étant piégé par la guerre en Ukraine et ses propres limites économiques et militaires.
La mise en garde apparaît dans un article publié par Eurasia Daily Monitor, de la fondation américaine influente The Jamestown Foundation, signé par l'analyste Serguéi Sukhankin, spécialiste de la politique étrangère russe et conseiller en sécurité internationale. Le texte soutient qu'après l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, Cuba s'est affirmé comme l'un des partenaires les plus fidèles de Moscou sur le plan politique, mais aussi comme l'un des plus fragiles sur le plan matériel.
Selon l'analyse, la relation entre les deux pays a principalement servi à alimenter la narration russe d'un monde "multipolaire" et à démontrer que le Kremlin conserve encore des alliés dans l'hémisphère occidental, à une distance relativement proche des États-Unis. Cependant, cette valeur est plus symbolique que réelle.
La coopération économique, qui englobe des secteurs tels que l'énergie, l'infrastructure, l'agriculture ou le tourisme, a eu un impact limité et fonctionne davantage comme un complément au discours géopolitique que comme une source concrète de bénéfices.
Au cours des dernières années, Moscou a utilisé Cuba comme une plateforme pour expérimenter des mécanismes financiers alternatifs au système occidental, tels que l'utilisation du rouble dans les transactions bilatérales ou l'introduction des cartes Mir, en plus de positionner l'île comme porte d'entrée pour exporter la technologie russe vers le marché latino-américain. Pourtant, la détérioration même de l'économie cubaine et les ressources de plus en plus rares de la Russie ont empêché que cette coopération se traduise par un soulagement tangible pour la population de l'île.
L'article souligne que la préoccupation du Kremlin n'est pas économique, mais réputationnelle. Perdre Cuba comme partenaire aurait un fort impact idéologique tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Russie, notamment parmi les pays du soi-disant Sud Global qui voient Moscou comme un contrepoids à Washington. Dans ce contexte, des analystes russes cités dans le rapport avertissent qu'une éventuelle chute de Cuba affaiblirait sérieusement le discours de la multipolarité que promeut le Kremlin.
Les récentes déclarations de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, Maria Zakharova, reflètent cette inquiétude. Mi-janvier, elle a qualifié de « chantage inacceptable » le langage employé par le président américain Donald Trump envers La Havane, après que ce dernier a exhorté le régime cubain à conclure un accord « tant qu'il n'est pas trop tard », suite à l'arrestation de Nicolás Maduro au Venezuela.
L'analyse indique que la priorité absolue du Kremlin demeure la guerre en Ukraine, ce qui a conduit Moscou à reléguer ou abandonner d'autres alliés stratégiques dans différentes régions du monde. Dans ce contexte, si les États-Unis décident de durcir leur position envers Cuba, la réponse russe ne dépasserait guère des déclarations publiques et des gestes diplomatiques.
À cela s'ajoute la coopération militaire entre les deux pays, renforcée en octobre 2025 par la ratification d'un accord bilatéral qui établit des échanges de spécialistes, des exercices conjoints et une coordination en matière de sécurité. Bien que dans des cercles ultranationalistes russes, on ait commencé à spéculer sur un éventuel déploiement d'armement avancé sur l'île, le rapport lui-même considère que ces idées sont plus proches de la propagande que d'une possibilité réelle.
Pour Sukhankin, le dilemme de Moscou est clair : Cuba reste un symbole puissant de résistance historique face aux États-Unis, mais les symboles, avertit-il, "s'effondrent si personne ne les protège". Et dans le contexte actuel, tout indique que la Russie n'est plus en mesure de le faire.
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